[Théâtre] Le Suicidé (Berliner Ensemble, Jean Bellorini) @ Théâtre Gérard Philippe CDN

- 14 octobre 2016

Berliner Ensemble (mise en scène : Jean Bellorini)
Nikolaï Erdman, Le Suicidé (version allemande)
Théâtre Gérard Philippe (TGP) - CDN

Au début, j'ai eu un peu peur. Arriver un peu malade, l'esprit encombré, pour deux heures de théâtre (ce qui n'est pas ma spécialité, c'est pourquoi je me garderai de toute analyse artistique), qui plus est auf Deutsch, c'est pas l'idéal. Mais bon, pour Bellorini... Au début, j'ai eu un peu peur. Fredo a vu qu'il ne restait plus que quelques places à la vente. "Bah c'est le Berliner Ensemble, la troupe créée par Berthold Brecht !" Ouais donc, la salle va être bondée, on va peut-être pas choper la petite banquette qu'on aime bien. Allez, on met ce genre de considérations de côté... Au début, j'ai eu un peu peur. Les premières minutes, les premiers tableaux, je ne retrouvais pas ce que je peux identifier comme la patte Bellorini. A peine de lumière, bien vite la musique, aucun doute, c'est lui. Mais mon état, la langue (cette idiote idée de renoncer d'emblée, et d'ignorer les surtitres auf Französich, allez je comprendrai ce que je peux avec les bribes de ce qui me reste... J'entrave que dalle... Ah si, tiens, "Genossen", "camarades"...), le tout se mêlant, je n'y étais pas. J'ai eu peur, un petit moment.

Puis vient cette superbe scène du banquet, et tout bascule. Les musiciens quittent leur balcon en arrière-scène et rejoignent les comédiens et comédiennes, ils les entourent - à vrai dire, c'est le moment où mon esprit les intègre enfin. Les convives s'installent - le jeune marxiste après les autres... Ah, qu'ils sont snobs, ces avant-gardistes ! Le cérémonial de la distribution des verres donne le ton. Et c'est parti pour un moment de vie où chacun se lâche, Semione Semionovitch le premier. Et lorsque tout le monde se saoule à grands coups de refrains populaires généreusement entonnés, et lorsque c'est sur "Creep" de Radiohead que son héros va se livrer à un improbable numéro de catharsis, lorsque tout cela semble évident, et charmant, et fou, c'est que la magie Bellorini opère, qu'il n'y a plus qu'à se laisser faire.

Émouvante intervention de la belle-mère de Semione, texte rajouté à l’œuvre pour rappeler la censure que subit cette oeuvre, et l'opprobre de son auteur, Nikolaï Erdman. La scène du tuba, au tout début, pleine d'humour et de tendresse. Et puis la neige... - comme une signature ? Un peu moins épatante que le reste, cette scénographie avec les néons. Et encore... Big up Bellorini !

PS - Jugée "politiquement fausse et extrêmement réactionnaire", cette pièce de 1928 sera interdite par le pouvoir soviétique jusqu'en 1987, dix-sept ans après la mort de son auteur...

PS - Pensez à rappeler à vos amis et amies de Seine Saint-Denis qu'ils bénéficient d'un tarif réduit au TGP.

DK, le 15 octobre 2016

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