[Concert] Cali @ Théâtre (TLP) Déjazet

- 16 novembre 2018

Cali
Tournée Cali chante Léo Ferré
Théâtre Déjazet (Paris 3è)

Du Léo au Déjazet - et même si c'est par quelqu'un d'autre, et même si le lieu n'est plus ce qu'il était -, c'était immanquable ! Au cours de la tournée consécutive à la sortie d'un album de reprises de Léo Ferré, le chanteur Cali était de passage à Paris, pour une date dans la dernière salle de spectacle encore en activité du boulevard du crime, le Théâtre Déjazet. Un lieu marqué par Léo, qui y fit de nombreux concerts du temps où l'endroit était encore le TLP, pour Théâtre Libertaire de Paris (ou Théâtre Léo de Paris pour les intimes). Y revenir vingt-six ans après y avoir vu Léo, pour y entendre du Léo, l'émotion serait forcément au rendez-vous. Ça n'a pas loupé.

Le premier des deux grands moments d'émotion est en fait double. Quand, au début du concert, le noir vient de se faire, c'est la voix de Léo qui sort de l'obscurité et ouvre la soirée : Préface, texte corrosif diffusé intégralement, retentit dans les haut-parleurs. Et quand, à la fin du concert, Cali revient sur scène, et qu'il entame la lecture de Lorsque tu me liras, c'est la voix de Léo qui revient, se superpose à la sienne, finit par prendre sa place - Cali retourne en coulisses sans une dernière salve d'applaudissemnts - , et conclut la soirée.

Etait-ce une manière de lucidité, de nous dire qu'il n'était pas dupe, qu'il savait que, pour nombre d'entre nous, le souvenir de Léo éclipserait sa présence ? En tout cas, un très beau parti-pris artistique, hommage plein d'humilité.

Deuxième moment d'émotion, forcément très intense, quand, au détour de l'inattendu, Mathieu Ferré, le fils de Léo, se met à réciter L'amour est dans l'escalier, texte de Léo qu'il dit en conclusion du disque de Cali. Lecture entamée depuis les coulisses, et conclue sur scène, une fois que la timidité semble contenue. Semble... Sa voix, d'habitude pleine d'assurance, s'effiloche à chacun des pas qui le mènent à la scène. Assez de connivences personnelles avec lui pour être bouleversé, et l'applaudir plus qu'il ne faut.

Guillaume, mon collègue présent ce soir-là, m'a fait remarquer deux choses : la première, c'est qu'il est monté sur scène avec un tee-shirt qui ressemble à rien, celui qu'il portait avant et pendant le concert, quand il était encore simple spectateur. La deuxième, c'est que, étonnamment, Cali n'a pas annoncé qui il était.

Pour le reste, ce fut évidemment un beau concert, durant lequel Cali interpréta l'intégralité de l'album, avec beaucoup d'énergie et une émotion sincère et palpable. Belle audace que de faire un album de reprises de Léo, bel effort que de poursuivre ce travail avec une tournée complète. Bravo à lui.

A la sortie, on se trouve un rade avec Guillaume pour boire deux ou trois bières. On s'installe, sans faire gaffe, une petite table dans un coin. On refait le concert, on médit à peine, on enchaine les demis, et on finit par constater : au-dessus de Guillaume, la photo Léo - Brassens - Brel ! Faut le faire, non ?

DK, le 22 janvier 2019 (repris d'un Live-Report du 17 novembre 2018)