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[Concert] Ange @ Le Trianon

- 31 janvier 2020

Ange
Toute une vie d'Ange
Le Trianon (Paris)

Dix ans depuis mon premier concert de Ange. C'était à l'Olympia, pour les quarante ans de ce tout jeune homme du rock progressif français. Depuis, il y a eu l'Alhambra, par deux fois, le Café de la Danse il y a peu, le Bataclan - souvenir très fort -, le Trianon il n'y a pas si longtemps. Dix ans plus tard, à l'occasion des cinquante ans du groupe, Ange retrouvait Le Trianon, pour ce qui, de toute évidence, fut le meilleur de leurs concerts auquel j'ai pu assister. Quel anniversaire !

D'abord un petit mot sur la salle. On est à mille lieues du quarantième anniv' et de l'ambiance ultra coinços de l'Olympia. Là, ce ne sont que les imbibés pour de bon qui sont là. Un public conquis et heureux d'être là (parmi lequel, me fit remarquer Max, on fait presque figure de jeunots, youpi !),voilà une très bonne base pour une soirée mémorable.

Que dire de la première partie... "Surprise", que l'on annonçait... J'y avais pensé... Je n'osais y croire... Mais si ! Tristan Décamps ! Tout de blanc vêtu, tel un enchanteur, il éblouit les lieux de sa voix fabuleuse - autrement en forme qu'au Café de la Danse. Botticelli Serenade et le Bal des Laze (quand on arrive en retard, on ne sait pas tout...), deux merveilles pour tout de suite donner le la. C'est à une immense soirée que l'on va assister.

Début du concert, noir dans la salle... Et la voix de Christian qui, depuis la coulisse, nous donne le frisson avec Caricatures. Merveilleux. Soudain, la lumière jaillit de la guitare d'Hassan. Le solo de Le chien la poubelle et la rose ! Et revoilà Tristan pour Dignité, qu'il a merveilleusement revisitée il y a peu avec Francis ! De frissons en frissons, je quitte la Terre, je ne redescendrai que deux heures et trente minutes plus tard.

Lorsque Christian entre enfin sur scène, c'est pour être aussitôt entouré par Francis, son frère, et Daniel Haas, à la basse. L'émotion est immense sur "Le soir du diable". Et ce que j'avais tant espéré il y a dix ans pour la Quarantième Rugissante est en train de se produire ; la reformation du groupe originel. Malheureusement, Christian annoncera bien vite que Jean-Michel Brézovar, malade, ne sera pas de la partie (quid de Gérard Jelsch ?). Un brin de déception, rapidement emporté par une setlist remarquable, parcours dans une carrière fabuleuse.

Et la présence d'autres anciens membres de l'aventure Ange qui, ce soir, jubile - cinquante berges, nom de dieu ! Serge Cuenot, Laurent Sigrist, Fabrice Bony... Mais le grand plaisir, indéniablement, c'est de retrouver Caroline Crozat - qui s'amusera d'un "reviens, Caro !" lancé par quelqu'un dans la salle, avec un "c'est tentant", très tentant. Elle nous offrira notamment une version de Fou, accompagné par l'accordéon de Francis, tout à fait anthologique !

Moments inoubliables : une interprétation de Réveille-toi par Tristan absolument poignante, qui m'amène à poser une nouvelle fois la question : Tristan Décamps n'est-il pas, actuellement, le meilleur interprète de la chanson française ? Et puis, cet Hymne à la vie fabuleux, avec tout le monde sur scène, et puis un peu plus d'émotion que d'habitude, peut-être... Christian qui nous dit bien comme à l'accoutumée "à toujours sur le rêve", mais qui oublie le "à bientôt sur la vie" qui le précède... La gorge qui se serre un peu. Pourtant, indéniablement, une soirée pleine d'une énergie incroyable, une soirée pleine de vie !

Merci Ange, merci !

(Je vais me livrer à un exercice que les gens de UPDLM n'apprécient guère, je leur en demande excuse dès maintenant, mais pour rien oublier de cette soirée unique...)

La setlist : Caricatures (Christian, a cappella) - Le chien la poubelle et la rose (solo final) - Dignité (Tristan) - Le soir du diable - Fils de lumière - Les longues nuits d'Isaac (groupe vocal "Choeur de chauffe") - Sur la trace des fées - Ode à Emile - Réveille-toi (Tristan) - Captain coeur de miel - Vu d'un chien - La gare de Troyes - Fou (Caroline et Francis, accordéon) - (Je ne suis) Là pour personne - Crever d'amour (Caroline et Tristan) - La ballon de Billy - L'eau qui dort (?) - Le rêve est à rêver - Quasimodo - Les collines roses - A l'ombre des pictogrammes - Ces gens-là - Hymne à la vie (collégiale)


DK, le 23 février 2020

[Concert] Saez @ Bercy

- 3 décembre 2019

Saez
Tournée Le Manifeste (suite)
Palais Omnisport de Paris Bercy (Accorhotels Arena)

Ah, l'Damien sur son trône au milieu de la scène de Bercy !

Tel le dernier des nababs, l'artiste a pris place dans un fauteuil cossu, accotoirs et piètement dorés, revêtement cuir rouge. Confortablement installé, sa splendide bedaine posée sur les cuisses, il va passer le plus clair du concert assis, régulièrement alimenté en guitares et whisky par un roadie. Point de coquetterie dans cette posture : suite à un malaise en plein concert il y a quelques jours (l'obligeant à annuler ce concert), il semble, d'après quelques allusions en début de concert, qu'un avis médical lui a été donné pour qu'il se ménage ainsi. Assis.

Et pour tout dire, ça lui va plutôt bien. Plus qu'un roi, il a des allures de vieux sage, presque de griot, autour duquel une foule est rassemblée pour l'écouter. Et la magie va opérer. Qu'importe le nombre, en s'adressant à la foule (Bercy, c'est pas les Bouffes du Nord, hein ?), c'est à chacun et à chacune qu'il va parler. Parce qu'il sait faire cela, le poète. Parce qu'il sait comment te rugir où il faut, le chanteur. Parce que c'est Damien, quoi. Et que c'est bon de le retrouver !

Alors oui, on a du mal à le reconnaitre de profil, mais quand on se le prend en pleine face, aucun doute, c'est bien lui. Une demi-heure seul à la guitare pour démarrer, puis une setlist équilibrée (la part belle à J'accuse tout de même, pour mon plus grand plaisir). Des moments attendus, d'autres plus surprenants, ça tient plus que bien la route - moment fort sur Cigarette et Pilule. Des musiciens au top. Si l'on veut pinailler, on peut évoquer le mixage, son pas top. Réel ravissement, un Damien en pleine forme sur le plan vocal, comme rarement dynamique - un paradoxe alors qu'il a annoncé que son prochain album sera exclusivement instrumental.

Et puis, Bercy. Un peu trop grand pour deux fans avec qui je parlais avant de sortir, pourquoi pas. Mais l'émotion est là pour qui a vu le gars au stade de graine au Café de la Danse, été 2000, puis, de l'Elysée Montmartre aux Zeniths, en passant par les Bataclan, Cigale, Bouffes du Nord, Grand Rex, ne l'a jamais perdu de vue. Oui, j'y suis allé de ma petit larme. Le voilà, dix-neuf ans plus tard, à s'époumoner avec talent dans un Bercy qui a fait le plein. Bercy, man ! Dix-neuf ans plus tard, man ! - damn ! Et toujours pas la moindre télé, la moindre radio, à peine une ou deux interviews à la presse écrite tous les cinq ans. Ça vaut tous les doigts levés que tu veux, ça.

Ah ! On serait bien restés une heure de plus... 2h30 de concert, ça a un petit goût de trop peu. Quelques regrets notables : Ma petite couturière, Ma religieuse, Marie ou Marilyn, gueuler "Fuck you Goldman Sachs" sur Fin des mondes, plus improbable mais pourquoi pas Rock'n'roll star ou Les infidèles ? Ouais, un peu court. Probablement que le récent malaise y est aussi pour quelque chose. Peut-être le gros bidon un peu...

C'était une bien belle soirée. Et, à vous dire la vérité, il me manque déjà. Merci Damien, et reviens vite.


DK, 4 décembre 2019

PS - Tu m'as manqué, ma poulette. Toi aussi, Betty.

[Concert] Cali @ Théâtre (TLP) Déjazet

- 16 novembre 2018

Cali
Tournée Cali chante Léo Ferré
Théâtre Déjazet (Paris 3è)

Du Léo au Déjazet - et même si c'est par quelqu'un d'autre, et même si le lieu n'est plus ce qu'il était -, c'était immanquable ! Au cours de la tournée consécutive à la sortie d'un album de reprises de Léo Ferré, le chanteur Cali était de passage à Paris, pour une date dans la dernière salle de spectacle encore en activité du boulevard du crime, le Théâtre Déjazet. Un lieu marqué par Léo, qui y fit de nombreux concerts du temps où l'endroit était encore le TLP, pour Théâtre Libertaire de Paris (ou Théâtre Léo de Paris pour les intimes). Y revenir vingt-six ans après y avoir vu Léo, pour y entendre du Léo, l'émotion serait forcément au rendez-vous. Ça n'a pas loupé.

Le premier des deux grands moments d'émotion est en fait double. Quand, au début du concert, le noir vient de se faire, c'est la voix de Léo qui sort de l'obscurité et ouvre la soirée : Préface, texte corrosif diffusé intégralement, retentit dans les haut-parleurs. Et quand, à la fin du concert, Cali revient sur scène, et qu'il entame la lecture de Lorsque tu me liras, c'est la voix de Léo qui revient, se superpose à la sienne, finit par prendre sa place - Cali retourne en coulisses sans une dernière salve d'applaudissemnts - , et conclut la soirée.

Etait-ce une manière de lucidité, de nous dire qu'il n'était pas dupe, qu'il savait que, pour nombre d'entre nous, le souvenir de Léo éclipserait sa présence ? En tout cas, un très beau parti-pris artistique, hommage plein d'humilité.

Deuxième moment d'émotion, forcément très intense, quand, au détour de l'inattendu, Mathieu Ferré, le fils de Léo, se met à réciter L'amour est dans l'escalier, texte de Léo qu'il dit en conclusion du disque de Cali. Lecture entamée depuis les coulisses, et conclue sur scène, une fois que la timidité semble contenue. Semble... Sa voix, d'habitude pleine d'assurance, s'effiloche à chacun des pas qui le mènent à la scène. Assez de connivences personnelles avec lui pour être bouleversé, et l'applaudir plus qu'il ne faut.

Guillaume, mon collègue présent ce soir-là, m'a fait remarquer deux choses : la première, c'est qu'il est monté sur scène avec un tee-shirt qui ressemble à rien, celui qu'il portait avant et pendant le concert, quand il était encore simple spectateur. La deuxième, c'est que, étonnamment, Cali n'a pas annoncé qui il était.

Pour le reste, ce fut évidemment un beau concert, durant lequel Cali interpréta l'intégralité de l'album, avec beaucoup d'énergie et une émotion sincère et palpable. Belle audace que de faire un album de reprises de Léo, bel effort que de poursuivre ce travail avec une tournée complète. Bravo à lui.

A la sortie, on se trouve un rade avec Guillaume pour boire deux ou trois bières. On s'installe, sans faire gaffe, une petite table dans un coin. On refait le concert, on médit à peine, on enchaine les demis, et on finit par constater : au-dessus de Guillaume, la photo Léo - Brassens - Brel ! Faut le faire, non ?

DK, le 22 janvier 2019 (repris d'un Live-Report du 17 novembre 2018)

[Concert] Lofofora @ La Maroquinerie

- 7 juin 2018

Lofofora
Simple appareil tour
La Maroquinerie (Paris XXè)

Déjà lors de l’annonce de la sortie imminente d’un nouvel album acoustique de Lofofora, on avait de quoi être dubitatif. Alors quand on aime depuis longtemps ce fer de lance de la scène hardcore-métal-punk de chez nous, l’idée d’un concert sans grosses guitares laissait pour le moins perplexe.

Puis l’arrivée de l’album a vite rassuré. Le groupe qu’on connait est bien là, inspiré et affuté. De même l’arrivée à La Maroquinerie ce jeudi : le public rock parigot est au rendez-vous. Salle pleine et chaude, vibrante d’un enthousiasme mérité pour Still, la première partie plus ricaine que nature. Yeeeeha.

Mais les choses sérieuses ne tardent pas, et l’entrée dans le concert se fait par le début du nouvel album, Les boites, premier morceau à la hauteur, c’est une habitude depuis longtemps chez Lofo, suivi d’un L’appétit de circonstance, ici comme sur l’album. Bien sûr, on attend aussi les vieilles chansons mises au régime sans satu ni disto, ça commence dès le troisième morceau, Pyromane, puis ça monte crescendo dans la fréquence et l’intensité pour culminer lors d’un Autopilote et d’un Pornolitique où tout le monde oublie être venu à un concert acoustique. L’épreuve du contraire, album studio précédant ce Simple Appareil, est le plus cité, mais c’est bien Le fond et la forme qui finit d’embraser la fosse.

L’honneur est sauf côté pogo et brailleries, mais il faut reconnaître qu’une fois la mèche de la fête rock allumée dans le public, difficile pour beaucoup de se calmer suffisamment vite pour pleinement recevoir les nouvelles chansons minimalistes quand elles repointent le bout de l’intro. Dommage pour Les Anges, par exemple.


Mais l’énergie du groupe comme du public reprend vite le dessus pour ne plus voir le temps passer jusqu’à la fin. Pas de faux rappel, ça fait plaisir, mais plein d’émotion avec le morceau Sven dédié au guitariste de Parabellum mort l’an dernier, enchainé sur le dernier morceau de Simple Appareil, Le Martyr, dont le final prend tout son sens en conclusion de cette belle transe ayant une fois de plus saisi tout un concert de Lofofora, décidément en pleine forme, même sans jouer les gros bras sonores.

Impressionnant de maitrise et de volonté, le groupe prouve définitivement que toute l’énergie qu’il insuffle ne vient pas (que) de ses amplis.

Setlist : Les boites, L’appétit, Pyromane, Contre les murs, Troubadour, Les gens, La dose, La splendeur, L’histoire ancienne, Autopilote, Les anges, Enfant du chaos, Pornolitique, Double A, Le forçat, Le fond et la forme, Sven, Le martyr

Max, le 9 juin 2018

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Première chronique sacrément chiadée ! Une bonne nouvelle que tu rejoignes enfin l'équipe de La Désannonce, Max. Ta présence va permettre de varier un peu les genres abordés ici, et ta plume apporter un peu de fraicheur. Je supprime mon post consacré à ce même concert, non sans redire le plaisir que j'ai eu d'être dans cette ambiance, et la formidable osmose ressentie tout au long de la soirée entre le groupe et le public présent dans un lieu favorable à la convivialité. Merci à Reuno et Phil, merci à toi, Max. Bises à Elie, troisième larron de cette chouette soirée, bises aux girls. - DK

[Concert] Ange @ Café de la Danse

(appareil photo oublié)
- 4 juin 2018

Ange
Heureux Tour
Le Café de la Danse (Paris 11è)

En Franche-Comté, tout vieillit bien ! Les arbres, le fromage, la littérature... Prenez Hugo, ça n'a pas pris une ride, Les Misérables ! Eh bien pour le rock, c'est pareil. A l'occasion du Heureux Tour, le groupe Ange - un tout jeune homme ! - faisait escale à Paris, du coté du Café de la Danse, pour le plus grand plaisir de son public de la capitale, sans doute tout aussi impatient que moi de laisser la poésie et les saturations de la compagnie Décamps, Décamps and Friends nous ensorceler. Un rendez-vous qui a tenu toutes ses promesses, mais qui aurait peut-être pu aller au-delà...

Passée la première partie - une sorte de Vianney en un peu moins con peut-être -, c'est dans une chaleur suffocante que le concert débute. D'emblée, plus question de mariner dans la torpeur des lieux. L'énergie nous saisit. Une alternance de chansons récentes et de classiques, toutes accueillies avec le même enthousiasme, le choix des chansons est équilibré, même s'il manque un peu d'originalité. Son pas mal, j'ai trouvé les voix un peu surmixées, mais Max qui découvrait Ange sur scène m'a dit que cela lui avait permis de mieux saisir les paroles.

Christian démarre tranquillement, mais tourne rapidement à plein régime. Tristan se démène entre ses trois claviers et ses parties chantées. Hassan est au rendez-vous, inébranlable du haut de son talent. Thierry est dans le groove, comme d'hab'. La batterie de Benoit est peut-être un brin sous-mixée, elle, mais toujours aussi carré, l'gars. C'est du bon, on est dedans. Allez, c'est vrai que parfois, ça ferait du bien d'entendre la voix de Caroline Crozat, m'enfin... Il fait très chaud dans la salle, et l'ambiance l'est tout autant - bien plus chaude qu'à l'Alhambra, et même qu'au Trianon.

Tout se passe bien. Il manque juste une chose : un peu de surprise. Elle est là, dans la découverte des chansons récentes, mais elle manque un peu dans le choix des chansons anciennes (je ne parle pas ici des classiques comme l'Apprenti sorcier, le Chien ou le Captain). Y a Quasimodo certes, mais La gare de Troyes, la Ballade, déjà faites lors de tournées récentes... Le répertoire Ange ne manque pourtant pas de merveilles à remettre au goût du jour... A quand Les fous demandent un roi (le solo final par Hassan, ça doit être quelque chose) ou Caricatures ? On aimerait tellement les entendre à nouveau, ou tiens, que Tristan s'en empare, plutôt qu'il nous resserve une nouvelle fois son Harmonie, déjà au programme lors de la tournée précédente, et qui perd un brin de sa superbe - un petit manque de travail vocal ? C'est dommage !

Mais bon, il en aurait fallu bien plus pour gâcher cette belle soirée de rock'n'roll. Max convaincu... Même l'ami Ronan, croisé par hasard, était content de sa soirée... Mon sixième concert de Ange, un bon concert, sans aucun doute. Vivement le prochain. A bientôt sur la vie, à toujours sur le rêve.

DK, le 5 juin 2018
Pensées pour Jean-Dominique et Alban. Pensées pour Monsieur Richard.

[Concert] Dominique A @ Philharmonie de Paris

- 14 avril 2018

Dominique A
Philharmonie de Paris

A(h) ce gArs ! Il n'est pas le patron - bien trop humble dans tout ce qu'il fait, dans tout ce qu'il est, pour prétendre à un titre aussi ridicule. Il n'est l'héritier de personne - fruit de son époque, d'une forme d'intemporalité aussi. Il n'est la copie de rien, et moins encore de lui-même - totalement inimitable. Il ne fait pas beaucoup de bruit - faudrait-il qu'il en fasse davantage pour que ses contemporains perçoivent combien son talent est rare ? Il n'est ni du star-system, ni de la compromission. Il est là, avec nous, simplement. Un des tout grands de la chanson, Dominique A.

Magnifique concert samedi soir à la Philharmonie de Paris. En formation "électrique", accompagné de ceux qui semblent être les mêmes musiciens que lors de sa précédente tournée - deux batteurs, c'est notable et appréciable -, le ton est très vite donné : aucune concession faite au lieu, de la saturation, du gros son, de la sueur, du rock ! Une setlist très équilibrée, parcourant les différentes époques de sa création. La plus récente, la plus "volumineuse" en termes de son, forcément privilégiée du fait de la formation présente sur scène, mais un vrai travail de réorchestration pour les oeuvres plus anciennes, plus minimales (le même travail sur d'autres, plus récentes)... Surprenant ! Ravissant ! Terrible !

Et surtout, un Dominique A bel et bien présent pour nous. Sa voix, précise, semble inaltérable. Sa musique, pour laquelle il semble déborder de passion à chaque instant. Son charme, pas seulement sur ses déhanchés vigoureux (parfois très Morrisseyiens, non ?). Les échanges entre les chansons avec un public qu'il sait fidèle, nous qui sommes présents pour lui, des mots simples et tendres, faits de l'humilité qui le caractérise si bien.

Restera tout de même un mystère : la salle. Pourquoi ici et pas ailleurs ? Pourquoi opter pour un répertoire rock dans la salle Pierre Boulez, alors que son architecture comme son acoustique se seraient peut-être mieux prêtés à un programme plus intime, tel que celui prévu le lendemain à la Cité de la Musique ? Sa taille ? Mais avec une légère sonorisation, c'était parfait. Manière de récital post-punk, si vous voulez... On ne peut pas dire que le rendu acoustique fut une franche réussite - au contraire de celle du Châtelet lors de la précédente tournée. Pas de quoi nous empêcher de kiffer... Méchamment !

[Je dois bien dire que, si j'ai un grand regret, c'est qu'il ne disposât pas encore de cette salle en 2012, lors de la sortie de Vers les lueurs, et de la tournée avec l'orchestre d'instruments à vent et de cuivres qui l'accompagnait alors... Dans ce lieu, cela aurait été parfait.]

Un grand, Dominique A. Un grand merci, Dominique A.

DK, le 17 avril 2018

[Concert] Noel Gallagher's High Flying Birds @ L'Olympia

- 4 avril 2018

Noel Gallagher's High Flying Birds
L'Olympia

Noel, impeccable. Bonne voix, très peu de faussetés, assez d'énergie pour arriver à faire bouger ses deux sourcils en même temps, humeur plutôt cool, bon choix de chansons, très bien. Son band, agrémenté de Gem Archer, ex-Oasis, impeccable - si je mets de côté cette joueuse de ciseaux (oui, oui) qui m'insupporte, et que j'imagine bien plus sur un stand du salon mondial du Quinoa que sur une scène rock. La scénographie toute en projections en arrière-scène, impeccable - même si les derniers rangs, dans lesquels, en bon agoraphobe que je suis, je me réfugie souvent, ne pouvaient profiter pleinement à cause du balcon. La salle, impeccable. La bière un peu chère mais ça va, le merchandising pas trop. Tout bien. Pourtant y a un truc qui ne colle pas.

Le concert est annoncé à 21h, à 20h59'55, le noir se fait. Les chansons s'enchainent dans une excellente restitution de ce qu'elles sont dans l'album, pas plus. Les "reprises" d'Oasis sont forcément l'occasion d'être un peu surpris, rien de transcendantal néanmoins. Pas la moindre réelle envolée flamboyante sur sa guitare. La setlist est jouée en parfaite copie de celle de la veille (elle a tourné sur les réseaux sociaux), rien n'a bougé. Très peu d'interactions avec la salle, les rares paroles à l'adresse du public sont archi-convenues - pas un mot sur le match de Manchester City en cours, son City, notre City, mais on a droit une énième fois au "j'ai écrit Don't look back in anger à Paris". Et puis cette fin sur All you need is love... limite ringard 2000.

Oh ! C'est quoi ce bordel, Noel ?! On parle rock'n'roll là ou quoi ?! On n'a pas payé une blinde pour comparer notre vieillissement au tien, gars. On est là pour le show ! Musique, sueur, cris, passion, la totale !On n'est pas au salon mondial du quinoa, bordel ! On est des lads ou quoi ?! On est des jeunes ou quoi ?! Car oui, la bonne surprise de la soirée, c'est nous, les jeunes dans la salle. Ambiance assez dingue ! Ca chante, ça danse, ça applaudit avec vigueur, ça se manifeste bien entre les chansons... Est-ce vraiment le même public hyper froid du Zenith en mars 2015 ? Probablement. Comme quoi...


Oui, parce que malgré tout, on a passé un bon moment. Tiens, ne serait-ce que pour avoir chanté tous ensemble Wonderwall, ce fut une très bonne soirée. Pour mon plaisir particulier de l'entendre jouer Half the world away plus encore. Et parce que Manchester est debout aussi quand tu chantes, we love you, Chief.

DK, le 12 avril 2018

[Concert] Robbie Williams @ Bercy POPB (Accorhotels Arena)

- 1er juillet 2017

Robbie Williams
Palais Omnisport de Paris Bercy (Accorhotels Arena)

Quatorze ans plus tard...

Non, c'est pas vrai. On est quatorze ans plus tôt, on n'a pas changé, on n'a pas pris de bide, on a de l'énergie à revendre, on est jeunes, pas un cheveu blanc, impecc'. La preuve, les chansons qu'on reprend tous en coeur sont les mêmes. Certes, le "Monkey" a laissé la place au "Motherfucker", mais ça, c'est un détail. Non, je vous assure, on est en 2003, il y a Robbie, il y a nous, il y a Bercy, et ce soir, c'est entertainment !

Erasure qui fait le warm-up... Attendez, ne me dites pas qu'on est en 1986 quand même ! Trois quarts d'heure d'une première partie pas mauvaise du tout, même si, sorti de "Oh l'amour !", on est tous largués. Andy Bell nous fait des petits speechs dans un français not so bad entre les chansons, cool. Mais on attend Robbie. Il arrive.

La sono entonne "Lose Yourself" d'Eminem. Oui, le titre est sorti l'an dernier, il cartonne depuis. Annonce de speaker à la manière d'un ring announcer de boxe, apparitions des sparring-partneuses, puis, sous son peignoir, voici le champion, prêt à lâcher les coups. Pas de round d'observation, il se jette à corps perdu dans le show. C'est le gars, c'est lui qu'on attendait.

Deux heures d'un show parfaitement rodé, hyper carré, millimétré, au cordeau. Parfois, on hésite un peu. On est en 2003, mais c'est vrai qu'il a un peu forci, notre héros du soir, c'est vrai que la voix déraille de temps en temps. C'est lui, c'est bien lui, on le reconnait, c'est sûr. Généreux, il se dépense sans compter d'un bout à l'autre de l'immense scène, et tout le long de la rampe installée au milieu de la fosse. Fusionnel avec son public, il sait que c'est autant le chanteur que l'homme que nous sommes venus voir. Il donne tout.

Entre deux tubes, il nous raconte un peu sa vie. Ses concerts, ses mômes, les années qui sont passées... Ah oui ? Mais pourtant... A bien y regarder, il passe pas mal de temps sur les sièges, fauteuils, canapés qui apparaissent et disparaissent ici ou là. Tiens, c'est vrai qu'on pourrait s'asseoir un peu... Non ! On est jeune, on est en 2003, on cartonne ! Moment d'émotion particulier, l'arrivée sur scène de "papa" : Monsieur Williams père venu chanter en duo "Sweet Caroline" avec son fiston.

Pas beaucoup d'autres surprises. Le concert se déroule, c'est très bien, c'est très propre... trop. Robbie est là, il fait le boulot, pas davantage - faut dire, les concerts de 4 heures de Damien Saez, ça rend exigeant. Mais on prend. Parce qu'on est content d'être en 2003. Jusqu'à ce "Strong", dont il a adapté les paroles il y a quelques semaines. "I'm strong" devenu "we're strong", en hommage aux victimes de l'attentat commis à la Manchester Arena. C'est à elles, à celles de Londres, à celles de Paris, que la chanson est dédiée.

Oui, nous sommes effectivement en 2017. Et comme il dit : "I'm still on stage, you're still in the audience, the place is still full". Fuck you, Daesh !

[Concert] Saez @ Zenith de Paris

- 22 avril 2017

Damien Saez
Zénith de Paris

Tu as bien raison, Fredo, "au sommet de son art scénique", ce Damien. Quel concert ! Une dinguerie ! Quatre heures de poésie, de musique, de chaleur, mots qui claquent, saturations qui enivrent. Un artiste concentré et qui se donne, des musiciens appliqués et qui se donnent, un public présent, bien présent, et qui se donne. La musique n'est peut-être alors plus qu'un prétexte. C'est une furieuse envie de vie qui nous porte. Entre rage et mélancolie, oui, ami, "joie de vivre, simplement".

Le noir se fait sur un immense écran qui se déploie. C'est une jeune femme qui nous reçoit dans son endroit de solitude. Elle nous en confie un peu - de douceur aussi, même si ce n'est probablement pas son intention. Il fait Nuit, bien sûr. Elle nous regarde, ou par la fenêtre. Elle parle. Elle nous parle. Et dans ce qu'elle dit, on ne distingue pas vraiment le doux du dingue, le tendre du cruel. Mais il y a sa voix, sa bouche, son regard. L'instant a fait le charme, ou l'inverse. Elle nous emporte. A moins que ce soit cette mélodie au piano qui vient de poindre derrière l'image, et qui peu à peu la dépasse. La jeune femme à sa fenêtre va nous quitter, la lumière se faire sur le piano. La mélodie, c'est lui. C'est l'artiste. Il n'est pas entré sur scène. Il nous a rejoint. C'est parti.

D'abord, il est seul - enfin on est cinq mille - on est seul. A la manière d'un chef d'orchestre, il prend place derrière un pupitre. Il attrape sa guitare et attaque avec son dernier album. Cicatrices en forme de chansons, chansons en forme d'hommage. On est au Zénith, et puis au Bataclan. On est cette jeunesse qui s'est relevée de ça - qui se relève de tout - mais qui boite encore un peu dans sa tête. On n'est plus tout à fait jeunes, et les jeunes non plus. Mais on est debout. Et ce soir, on va chanter, on va danser, on va hurler, on va boire, on va s'aimer, on va vivre, bon dieu ! On va leur gueuler, nos "Fuck you Goldman Sachs" ! On va les prier, toutes les Betty ! On va les brûler, les P'tits Sous ! On va peut-être pas être d'accord sur tout ce qu'il raconte, l'artiste. Mais on est là, en plein. Quel pied !

Le noir à nouveau. C'est un peu brutal pour les plus chauds dans la salle. A leur décharge, ils ne savent pas encore que près de trois heures de spectacle nous attendent encore. La jeune femme revient. Dans ses mots, toute une part de douceur s'est cette fois effacée. Qui est-elle ? Que fait-elle à cette fenêtre ? Pas vraiment le temps de comprendre. Damien Saez et ses musiciens nous récupèrent lentement, dans un calme qui cache la tempête. Oui, les coups vont pleuvoir. Lettre apolitique, Marianne, Fils de France, J'accuse, Pilule, Cigarette, Peuple manifestant, Ma petite couturière... La sociale en prend pour son grade, et ses représentants avec. Il y a des choses simplistes, d'autres maladroites, mais comme ça fait du bien de retrouver ce chanteur qui n'a rien perdu de sa rage, tout au contraire. Bordel, que ça fait du bien !

Ivresse totale sur Rue d'la soif - Bonnie. Fosse et gradins en feu, j'ai rarement vu le Zénith bouger autant - Jamais ? Peut-être pour Die Antwoord il y a deux ans ou le tout premier Renaud en 1984... Damien Saez énergique, musiciens inspirés - l'accordéon apporte un vrai quelque chose -, son impeccable. Tout est au top ! Peut-être cette dernière vidéo projetée un peu en trop - et pas seulement parce que la jeune femme à la fenêtre a laissé la place à un jeune homme près d'un radiateur. La dernière partie est d'une autre émotion encore. On sait qu'il va bien avoir une fin, ce moment de vie que l'on savoure. Alors on se laisse aller à la mélancolie. Jeunesse lève-toi, parce que demain ils votent. J'veux qu'on baise sur ma tombe, parce que l'éternité. Marguerite, Putains vous m'aurez plus, you know ?! - elle sait. La lutte, parce que c'est vivre. Jeune et con, pas loin de vingt piges qui nous narguent. Et Tu y crois... devenu Tu y as cru... Bah tiens !

On y a cru, oui. Il y a dix-sept ans, en l'an 2000, un petit gars chanteur, venu de Dijon, "là où même les chiens s'ennuient", débarque par la télé, chez Gaël Leforestier sur La Cinquième. Et chacun de notre côté, va comprendre, Fred comme moi, on se le prend en pleine tronche. Déjà entre rage et mélancolie, déjà un viveur. On a cru en lui, et il ne nous a pas déçus. Merci Damien Saez !

DK


PS - Un truc assez dingue quand même. Quinze ans entre son premier Zénith et celui-ci, et on dirait que son public n'a pas vieilli. Les rangs des tempes grisonnantes sont un peu plus remplis, d'accord. Mais la jeunesse, celle qui se donne en fosse, celle qui s'ambiance avant que l'artiste vienne, celle qui remue pendant tout le show, celle qui n'hésite pas à pogoter, elle est là ! Et pas qu'en fosse ! Pour tout dire, si on faisait déjà office de vieux au Café de la Danse en 2000, les choses ne se sont pas arrangées. Tant mieux ! Jeunesse, lève-toi !

Damien Saez ~~ Le Zénith de Paris


 Damien Saez, au sommet de son art scénique, accompagné d'une troupe d'une infinie justesse (guitares, batterie, basse et accordéon), nous a offert son meilleur concert depuis 2002 (et avec David notre carte de fidélité est exhaustive) ; un pur moment de partage de quatre heures dans l’allégresse de la musique, porté par un son équilibré. La joie de la rencontre rayonnait sur scène pour cette dernière escale de la tournée 2017 du Manifeste. Et le public ne s'y est pas trompé, portant à bout de bras cet "enfant qui écrivait des poèmes". Joie de la révolte, de la rébellion, joie de l'amour et de la poésie, joie de l'alcool et de l' amitié. Joie de vivre, simplement.


A nous, repartis au large de l'attente, de patienter jusqu' au prochain port!

FB

[Concert] Mika @ POPB Bercy (accorhotels arena)

Love Love Me !

- 27 mai 2016

Mika / Palais Omnisport de Paris-Bercy (accorhotels arena)

2h35 à danser, à courir, bien sûr à chanter, parfaitement juste, des chansons dont la technicité ne saurait échapper à celui ou celle qui s'amusera à en fredonner une. Mika, artiste incroyable, showman ravissant !

Merci à ECP.

DK, 28 mai 2016

~ Aubercail - Aubervilliers ~

OTTILIE B ☆
JEREMIE BOSSONE ☆
LES HURLEMENTS DE LEO
Une agréable découverte : Jeremie Bossone. Tendre et acide, violent et poétique...
F B