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[Concert] Emmanuel Ax, Yo-Yo Ma, Leonidas Kavakos @ Philharmonie de Paris

- 7 septembre 2018

Emmanuel Ax, Yo-Yo Ma, Leonidas Kavakos
Johannes Brahms, Trios pour piano et cordes No 2 (Op.87), No 3 (Op.101) et No 1 (Op. 8)
Philharmonie de Paris

Julien a raison. Débuter la saison avec un concert de musique de chambre, c'est une façon délicate de se replonger dans le bain. Avec une affiche somptueuse, c'est encore mieux ! Emmanuel Ax, Yo-Yo Ma, Leonidas Kavakos, trois solistes de renom réunis pour jouer les trois Trios de Brahms, un programme alléchant qui a tenu toutes ses promesses.

Ce n'est pas la première fois que nous avions le plaisir d'entendre en ces lieux ces trois oeuvres, l'ami de quarante ans et moi. Données il y a un peu plus de deux ans, je les avais découvertes alors, et avais immanquablement succombé à leur charme, avec une préférence pour le Premier. Kavakos était déjà de la partie. Et le décalage entre son coup d'archet assez lourd, ses sonorités puissantes, et le jeu tout en délicatesse de ses deux acolytes d'alors, Lugansky et Capuçon le jeune, m'avait posé problème.

Associé à Ax, dont je connais et apprécie la fermeté du toucher, et au renommé Yo-Yo Ma, cela pouvait tout de même donner quelque chose de pas mal du tout. Et ce fut le cas. Première oeuvre jouée, le Deuxième Trio, un seul mot pour définir cette interprétation : perfection. Époustouflants sur le plan technique, d'une justesse incroyable sur le plan de l'émotion, équilibre complet entre chacun des trois instruments. Moment de grâce absolue - une spectatrice n'a pu contenir son désir d'applaudir à la fin du deuxième mouvement, le lent, pour le plus grand plaisir des artistes.

Le Troisième Trio, deuxième oeuvre de la soirée, va forcément souffrir un peu de la comparaison avec ce qui vient d'arriver. Peut-être un peu de fatigue. C'est très beau, mais la magie n'opère pas de la même manière. Après l'entracte, vient enfin le Premier Trio, bel et bien mon préféré. Si j'avais les compétences pour le faire, je vous dirais volontiers que, si le Troisième est vraiment le plus Brahmsien des trois, les accents Schumanniens du Premier sont sans doute ce qui me le rend charmant.

S'il n'atteindra pas la grâce quasi absolue touchée lors du Deuxième - le premier, quoi -, le trio retrouve sa pleine puissance, et nous éblouit. Le concert s'achève sur un Schubert en bis et une salle conquise, pour moitié debout.

*

Petit plaisir en sus, le changement d'annonce d'avant concert, avec une amorce d'une efficacité redoutable (pas de spoiler ici), et la suppression de l'accent US ridicule sur "Philharmonie de Paris" pendant l'annonce en anglais américain. Pas plus emballé que ça par le programme de la saison 2018/19, mais si les quelques rendez-vous pris sont de la même facture, on va se régaler. Manquerait plus que Frédo revienne... 

DK, le 8 septembre 2018

[Concert] Lars Vogt, Daniel Harding, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris

- 9 mai 2018

Lars Vogt, Daniel Harding, Orchestre de Paris
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 3 - Johannes Brahms, Symphonie N° 3
Philharmonie de Paris

Madame Maria Joao Pires ayant suspendu sa carrière, c'est à Lars Vogt que revenait la tâche d'accompagner DJ Harding et l'Orchestre de Paris pour une soirée sous le signe du 3 : troisième concerto pour piano de Ludovic de Bonn, troisième symphonie de Johannes (Aimez-vous...) Brahms. Une bien belle soirée, de très beaux moments, d'autres moins emballants, qui, au final, l'emporteraient s'il n'y avait le plaisir inaltérable d'écouter de la musique, et deux superbes oeuvres dans une salle fabuleuse. De ses prémices au romantisme le plus abouti...

Au rayon des (très) belles surprises, le premier mouvement du Concerto. Dès les premières notes se sent la volonté de DJ Harding d'insuffler une vraie énergie à cette oeuvre. La cadence est vive, un brin déstabilisante. Et si Lars Vogt joue le jeu, malgré des premières notes manquant un peu de délié, c'est l'Orchestre de Paris qui a du mal, et qui se traine. Les cordes sont presque fades, les vents roulent au diesel, seuls les cuivres proposent de belles couleurs.

C'est de la partie seule de Lars Vogt que va venir le ravissement. Il se sert de l'énergie impulsée depuis le début pour une attaque très ferme, pleine, chantante. Puis, sans que l'on ne s'en rende compte, s'installe une légèreté sans cesse contrariée, très Debussienne. La surprise est complète, complètement enthousiasmante. Ce sera le moment de grâce de la soirée - avec le Rondo peut-être, auquel Vogt donnera les mêmes accents...

Dans la deuxième partie, on s'ennuierait presque s'il ne s'agissait pas d'une oeuvre  exprimant de splendides émotions. Le décalage entre la volonté de DJ Harding et ce que lui rend l'Orchestre est à certains moments quasi palpable. Et l'on ne sait finalement pour qui avoir de la peine : celui qui voudrait nous émerveiller ou ceux qui ne parviennent pas à suivre.

Tout cela ne nous empêchera pas de profiter du plaisir d'un bis, d'encore un peu de DJ Harding...

DK, le 13 mai 2018

[Concert] Khatia Buniatishvili @ Philharmonie de Paris

- 6 février 2018

Khatia Buniatishvili
Johannes Brahms, Sonate N° 3 - Piot Ilitch Tchaikovski, Casse noisette - Franz Liszt, Mephisto & Rhapsodie espagnole
Philharmonie de Paris

Parfois, sans que l'on sache vraiment pourquoi, l'industrie musicale - au sens large - propulse au devant de la scène un ou une artiste qu'elle nous présente comme son nouveau joyau. Il ou elle est en général plutôt jeune, sympathique - dans une certaine idée que l'on se fait de la sympathie dans ces milieux -, présente bien, charismatique lors des interviews... Un bon produit, quoi. Si jamais il ou elle est dotée d'un réel talent, ce n'est que mieux. Mais rassurez-vous, dans le cas contraire, cela n'empêchera pas ce monde du marketing d'en faire sa vitrine. Je pourrais citer un ou deux noms dont on entend bien trop parler dans les médias au regard de ce que leur talent donne sur scène, je passe.

Il faudra plus que Khatia Buniatishvili pour me convaincre que c'est sur leur musicalité que se font les réputations des musiciens de nos jours. Je dois néanmoins reconnaitre que c'est une prestation pour le moins convaincante qu'a livrée la pianiste "à la mode" ce soir-là.

Son entrée, d'abord. Vu comme elle maitrise l'exercice, on imagine qu'elle n'est pas dupe, et qu'elle sait bien que c'est tout autant la star médiatique que la pianiste qui est attendue - je pourrais vous raconter les bavardages d'avant-concert autour de moi. Elle entre, salue rapidement tout autour d'elle, s'assied et joue. Qu'importe si les applauses ne sont pas finies, qu'importe si elle n'est pas bien installée (elle rectifiera rapidement son assise tout en jouant), elle semble être là pour le piano, le piano et rien d'autre. (D')entrée appréciable.

Et là, c'est parti ! Tout d'abord la sonate de Brahms (Robert Schumann dit de cette oeuvre qu'elle ressemblait à une symphonie cachée), qui lui permet d'emblée d'étaler toutes les facettes de son jeu. Sa haute technicité, sa vigueur dans les moments les plus amples - l'attaque du premier mouvement -, sa délicatesse dans les nuances - un mouvement lent d'une émotion incroyable. Les intentions sont justes, le toucher est clair, tout est limpide, c'est très beau. Avec Tchaïkovski, elle ajoute une dose de virtuose, histoire de bien scotcher tout le monde. Vingt minutes d'entracte, histoire de reprendre nos esprits.

Et on repart avec Liszt ! Son piano danse, virevolte, nous envoute, la magie opère. Evidemment, le répertoire plus virtuose de cette deuxième partie de programme lui permet des envolées incroyables. Mais on la suit, on ne peut faire autrement. Et quel plaisir !

Alors oui, tout au long de la soirée, son expression corporelle nous charme - et je parle ici moins de son physique tout en sensualité que des élans de sa tête ou de son buste, le mouvement de ses cheveux, et bien évidemment le ballet de ses bras et ses mains. Mais c'est par ce jeu plein d'éclat, de douceur, de conviction, que Khatia nous met tous dans sa poche. Franc succès, amplement mérité. Un très beau concert.

DK, le 14 février 2018

[Concert] Maxim Vengrov, Roustem Saïtkoulov @ Philharmonie de Paris

- 28 septembre 2017

Maxim Vengrov, Roustem Saïtkoulov
Johannes Brahms, Scherzo de la Sonate FAE, Sonate No 3 - Georges Enesco, Sonate No 2 - César Franck, Sonate
Philharmonie de Paris

Je pourrais vous raconter ma soirée à la Philharmonie, mais je vais me contenter du concert. Le souvenir de la fabuleuse soirée de janvier dernier encore très vif dans ma mémoire, je ne pouvais louper le retour du Maestro Vengerov et son compère Roustem Saïtkoulov en ce lieu tant aimé. Je dois même dire que je l'attendais avec impatience. Alors, est-ce d'avoir trop envisagé ce moment, une trop forte attente, mais je n'ai malheureusement pas retrouvé toute la magie dans laquelle ces deux-là nous avaient plongés cet hiver.

Peut-être le programme, joli mais pas non plus renversant. J'exagère. D'abord, ce Scherzo de la Sonate FAE, c'est une vraie bombe ! Mise en jambe parfaite. Mais déjà, Vengerov ne me fait pas une énorme impression. Je ne m'en rends pas encore bien compte, pris par le plaisir d'écouter cet air. C'est sur la Sonate No 3 que je vais tiquer. D'inhabituels pains techniques qui vont me crisper. Et puis, je ne sais pas bien pourquoi, je ne rentre pas dedans. Pas grave : comme il ne souffre qu'à peine de quelques petits moments disgracieux, le plaisir du coup d'archet de Vengerov, délicat et majestueux, à la fois chantant et grave, se suffit à lui-même.

M'enfin, toujours est-il que j'entre un peu à reculons dans Enesco. Vengerov ne retrouve pas tout de suite sa magie, en revanche l'oeuvre - que je découvre - me conquiert : ravissante d'un point de vue harmonique. Je commence à me détendre. Et je fais bien, car dans la deuxième partie, il ne sera plus question de pinailler ici ou là. C'est fabuleux. La Sonate de Franck, parmi mes oeuvres préférées dans ce qui se fait pour violon et piano, et son interprétation... Le charme opère totalement.

Si c'est à la fin du bal que l'on paie les musiciens, ajoutons deux petits regrets. Pas un air en solo du Maestro, et pas de surprise dans les bis : quatre, mais les mêmes qu'en janvier. Dommage ! Pas de quoi altérer le plaisir d'écouter Maxim Vengerov. Plaisir partagé par le public parisien... En partie seulement : affluence relativement faible (70% de remplissage grand maximum), et un paquet de gens qui se barrent dès la fin du premier rappel. Oh, Paris ! C'est Vengerov quand même !

DK, le 29 septembre 2017


[Concert] Nicholas Angelich @ Philharmonie de Paris

- 6 juin 2017

Nicholas Angelich
Joseph Haydn, Variations en fa mineur Hob XVII.6 - Ludwig van Beethoven, Sonate n°21 Op.53 "Waldstein" - Johannes Brahms, Variations sur un thème de Paganini, op. 35
Philharmonie de Paris

On avait rencontré Nicholas Angelich un soir de Brahms en mars dernier. Il était alors un peu - beaucoup - dans l'ombre d'un violoniste qui aime bien la lumière. Une position qui semblait lui convenir, un peu en retrait derrière la vitrine. Hier soir, le pianiste était seul sur scène. De quoi nous permettre de prendre la pleine mesure de son talent. Un toucher dynamique, de la virtuosité sans grandiloquence, beaucoup de lyrisme, irréprochable sur le plan technique. Très beau récital de Mister Angelich, salué chaudement par un public moins nombreux qu'à l'accoutumée mais généreux dans ses applaudissements. Il y avait de quoi.

Il faut dire que le programme était absolument top. Trois découvertes emballantes : des variations de Haydn au charme mélodique incroyable, d'autres de Brahms sur le glorieux 24è caprice de Paganini, et cette Sonate Waldstein de Ludovic van B. - le premier mouvement*... Claque magistrale ! Tout ce que j'aime dans la musique de Beethoven y est. Jetez-y une oreille quand vous pourrez.

* Sur Wikipédia, c'est très bien dit : Le début de cet Allegro est à cet égard très parlant. Le cycle harmonique parcouru par le premier thème, en croches, est en quelque sorte un cycle de couleurs. De la même façon, le saut dans l'aigu mélodique (mesure 4) est une touche lumineuse qui apparait sur le grommellement de la basse. Lors de la réexposition du thème, celui-ci passe en double croches : il s'agit ici de bien plus qu'une nouvelle présentation harmonique du thème, c'est d'un nouveau matériau sonore, dense et vibratoire. Ce thème réapparaitra plusieurs fois, à chaque fois sous un nouveau visage, plus intense.

DK, le 7 juin 2017

[Concert] Renaud Capuçon, Nicholas Angelich @ Philharmonie de Paris

- 13 mars 2017

Renaud Capuçon, Nicholas Angelich
Johannes Brahms, Sonates pour violon et piano N° 1, 2 et 3
Philharmonie de Paris

Renaud Capuçon était de retour à Paris, en compagnie de Nicholas Angelich, pour un récital totalement dédié à Brahms, l'intégrale (trois œuvres) des sonates pour violon et piano. Une entame de concert un brin hasardeuse, presque incohérente, Capuçon lourd sur son archet, souvent à la traine derrière Angelich, le tout manquant cruellement de liant. Heureusement, le régional de l'étape se détend dans le troisième mouvement (allegro grazioso), parvient enfin à exprimer toute la profondeur de l’œuvre. Dans les deux sonates suivantes, plus douces, Angelich et lui entrent pleinement dans le moment, et livrent notamment un très beau deuxième mouvement (andante tranquillo - vivace di qui andante). Beaucoup plus technique, riche en nuances, la troisième sonate permet aux deux musiciens de laisser parler leur talent, sans en faire trop côté Capuçon (ce que je redoutais). La maitrise est cette fois réelle, et l'on sent à quel point ces deux-là se connaissent et sont habitués à jouer ensemble.

Beau concert. Pas non plus la folie. Du reste, des applaudissements finaux pas plus nourris que ça.

DK, le 13 mars 2017

[Concert] Maxim Vengrov, Roustem Saïtkoulov @ Philharmonie de Paris

- 16 janvier 2017

Maxim Vengerov, Roustem Saïtkoulov
Programme dans l'article - (Bis : Kreisler, Caprice viennois et Tambourin chinois - Brahms, Valse hongroise N° 2 - Fauré, Après un rêve)
Philharmonie de Paris

Quelle soirée ! Après l'inoubliable double soirée consacrée au concerto pour violon de Sibelius, Maxim Vengerov était de retour à la Philharmonie de Paris, pour un récital en compagnie de Roustem Saïtkoulov au piano. Pour un nouveau moment de grâce.

Une première partie consacrée au répertoire classique, avec la Sonate pour violon et piano D. 574 "Duo" de Franz Schubert, très chantante, la Sonate pour violon et piano N° 7 de Ludwig van Beethoven, plus profonde. Première partie qui aurait pu me laisser sur ma faim, ayant trouvé le génie un brin en dessous de ce dont on le sait capable, ayant peur de ne pas être revenu de la soirée avec Sayaka Shoji. Fred avait raison, il s'agissait d'un répertoire dans lequel le virtuose s'exprime moins que celui qui nous attendait en deuxième partie. Et ça n'a pas loupé.

Ravissement total d'entrée avec cette Sonate pour violon et piano de Maurice Ravel totalement tonitruante. Et le talent de Vengerov explose devant nous. Un premier mouvement (Allegretto) pour nous plonger dans la grâce, un deuxième (Blues) pour nous éblouir de toute sa maitrise technique - exceptionnelle maitrise dans le jeu arco -, un troisième (Perpetuum mobile) pour nous faire perdre toute forme de repère... et lui avec nous... et c'est fou ! Ce n'est plus du violon, ce n'est plus de la musique, c'est autre chose.

Dans la foulée, il revient seul, comme pour enfoncer le clou. Et non, nous n'avions pas rêvé, cet homme, qui est là devant nous, porte la virtuosité au-delà de ce que nous envisagions. Nous vivons un moment merveilleux. La magie opère. Délirante Étude polyphonique N° 6 "Die letzte Rose" de Ernst - ça ne tousse plus trop là, hein ?.. Époustouflant ! Les bravos fusent aussitôt son archet baissé. Le gars nous a tous conquis. Le Cantabile Op. 17 de Paganini, et puis pas moins de quatre rappels ! - l'occasion de relever que cet immense artiste n'a pas l'air d'être gêné par l'acoustique du lieu, et par là-même tordre le cou aux voix aigres nostalgiques de l'Ouest parisien.

Un spectateur y est allé de son "Spassiba !" à la fin du dernier rappel. Le Maestro ayant fait l'effort de parler français, c'est presque désobligeant. M'enfin, il avait raison. Merci Maxim Vengerov.




(Photos : DK, FS, DK)

DK, le 17 janvier 2017

[Concert] Tugan Sokhiev, Orchestre National du Capitole de Toulouse, Sunwook Kim, Guy Braunstein, Istvan Vardai @ Philharmonie de Paris

- 18 novembre 2016

Tugan Sokhiev, Orchestre national du Capitole de Toulouse, Sunwook Kim, Guy Braunstein, Istvan Vardai
Hugues Dufourt, Ur-Geräusch - Ludwig van Beethoven, Triple concerto - Johannes Brahms, Symphonie N° 4
Philharmonie de Paris

"Orchestres en fête", je veux bien ! On ne peut pas dire pour autant que la musique ait vraiment été à la fête, hier soir, à la Philharmonie de Paris. Avant de livrer les quelques déceptions avec lesquelles je suis rentré - d'être un peu dur, voire pire -, je vais d'emblée évoquer les points positifs et les satisfactions de la soirée. Oui, ce que je vais dire par la suite ne m'a pas empêché de vivre un agréable moment de musique.

Le son très clair et dynamique de l'Orchestre national du Capitole de Toulouse, et la très belle interprétation donnée de cette Symphonie N° 4 (quelle merveille de tristesse et d'énergie, elle est faite par ce Brahms qui s'est débarrassé des grandes influences, qui ne joue plus que sa propre partition). Le pianiste Sunwook Kim, que je savais peu soucieux des convenances, et qui salue l'arrière-scène en premier - c'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi... Le plaisir, en soi, de cette acoustique incroyable (pas la moindre perturbation, youpi !). Le bonheur d'emmener celui qui m'a fait, celui qui a fait pas mal de mes goûts du coup, voir l’œuvre à laquelle il est le plus associé dans mon esprit (après je ne sais quelle chanson de Jean Ferrat quand même) - mais ça, c'est autre chose.

Venons-en à ce qui fâche. Ce Triple concerto. Peut-être que j'en attendais trop, toujours est-il que je suis passé totalement à côté de ce qui a été joué. Et les faussetés de Guy Braunstein au violon n'y sont pas étrangères. Quelle lourdeur dans les coups d'archet, un vrai manque de nuance, plus encore d'émotion, et de vrais soucis de justesse. Franchement, si j'étais mal luné, je vous dirais bien qu'il m'a fait la même impression que le violoniste d'un orchestre mexicain dans un restau tex-mex de la banlieue de Belgrade. A côté de lui, Istvan Vardai et Sunwook Kim ont réussi à surnager, sans pour autant me régaler. Bon, il y a l’œuvre bien sûr, le joli son de l'ONCT...

Mais Ur-Geräusch, Hugues Dufourt... Oulalaaah ! Je reconnais bien volontiers que je suis assez hermétique à la musique spectrale et autres formes contemporaines - ses adeptes pourront donc bien cracher sur les propos réactionnaires que je vais tenir. Tant d'instruments pour si peu de musique ! Une incroyable panoplie déployée pour jouer Mister Dufourt - venu, en toute simplicité, nous saluer sur scène ; merci bien. Jusqu'à la batterie ! Mieux, le tambour à eau... "Oh, c'est d'un raffiné !" Tu parles ! Ridicule, ouais ?! Pas loin du prétentieux. Et ces pauvres instruments torturés, bien plus que mes oreilles ! La harpe parfois jouée cordes distendues... Trente minutes - trente-et-une de trop, si on ajoute celle à laquelle l'auteur a pensé l’œuvre - d'un mauvais film d'horreur de série B, ponctuées par des applaudissements plus que mouligas.

Eh ! Mais vous, Brahms...

DK, le 19 novembre 2016

[Concert] John Eliot Gardiner, Kristian Bezuidenhout, Orchestre Révolutionnaire et Romantique @ Philharmonie de Paris

- 11 novembre 2016

John Eliot Gardiner, Orchestre Révolutionnaire et Romantique, Kristian Bezuidenhout
Johannes Brahms, Sérénade N° 2 - Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 4 - Schubert, Symphonie N° 5
Philharmonie de Paris 

D'accord, n'est pas Maurizio Pollini qui veut. Oui, pour moi qui suis totalement amoureux du bien peu considéré et pourtant fabuleux Concerto pour piano n° 4 de Ludwig, la version que l'immense pianiste italien a enregistré avec le Wiener Philharmoniker dirigé par Karl Böhm, est LA référence indépassable, celle qui me tient prisonnier. Ce soir, c'est une superbe version (voir la fiche du concert sur le site de l'ORR) que nous ont proposés l'Orchestre RÉVOLUTIONNAIRE et Romantique, emmené par son créateur, John Eliot Gardiner, et accompagné du pianiste Kristian Bezuidenhout.

Joué sur une cadence très enlevée - compensée par la douceur du son produit par les instruments anciens -, ce qui donne à l’œuvre beaucoup de vigueur. Gentleman Bezuidenhout sur pianoforte, forcément, il n'a pas la simplicité toute en élégance de Pollini, mais indéniablement beaucoup de grâce - sa partie solo de premier mouvement (allegro moderato), très classique mais pleine d'émotion. Il lui arriva même d'en mettre un peu trop, comme dans son premier moment calme du troisième mouvement (rondo) - l'un des (si ce n'est le) moments qui m'émeuvent le plus dans ce que le génie de Bonn composa ; j'en entends un d'ici dire "toute Mozartienne" - sur laquelle, excès de légèreté, il passa à côté de certaines notes. Mais c'est pinailler, sans doute. Car c'est de tout coeur que Fredo et moi, et les gens autour, et tout le public, jusqu'à Mister Minister of zi Intérieur*, avons applaudi.

Et pour Brahms, une sérénade sans violons très convaincante, et pour Schubert, une symphonie à la créativité timide, œuvres que je découvrais. Charmé par le son plein de délicatesse de l'ORR.

L'Orchestre RÉVOLUTIONNAIRE et Romantique, c'est Mister John Eliot Gardiner qui lui a donné vie en 1989. Une dénomination française pour une formation bien british, qui tente de rendre à la musique ses aspects d'époque. C'est pour cela que ce sont des instruments anciens qui sont utilisés. Et peut-être est-ce pour cela aussi que les violonistes ont joué la symphonie debout, à creuser. Mister Gardiner, un tout jeune homme qui, à la fin du concert, fait sauter ses instruments à vent... " jump " ! Merci à lui, merci à eux et elles, une très belle soirée.


Après... Fredo aussi, il l'entend, la machinerie ! Ah ! On va surveiller.

* Et tout le gotha du premier rang, il se reconnaitra.

DK, le 12 novembre 2016

[Concert] John Eliot Gardiner, Kristian Bezuidenhout, Orchestre Révolutionnaire et Romantique @ Philharmon... [Photos by FB]


FB, le 11 novembre 2016

[Concert] Joshua Bell, Daniel Harding, OdP @ Philharmonie de Paris

- 9 novembre 2016

Joshua Bell, Daniel Harding, Orchestre de Paris
Johannes Brahms, Concerto pour violon - Gustav Mahler, Symphonie N° 5
Philharmonie de Paris

Pour bien faire, il faudrait que je sollicite le moteur de recherche, qu'il me trouve une citation à la noix, d'un mec à la noix, qui dit THE chose essentielle, combien la musique a douci les beurres - en noix. Parce que c'est bien vrai. Une plongée dans le répertoire romantique, Brahms et Mahler dans toute leur flamboyance, prescription efficace pour se remettre d'une Nuit entre stupéfaction et accablement, l'élection de Trump. Revoir Joshua Bell après son enchanteur concerto de Tchaïkovsky la saison dernière, faire vraiment connaissance avec le nouveau directeur musical de notre orchestre, Daniel Harding, plein de bonnes raisons d'être enthousiaste. Ressorti conquis deux heures plus tard.

Joshua Bell précis, charmant, plein d'entrain, manquant peut-être un peu de présence ou d'amplitude dans ses parties solo - le pauvre passait après Vengerov. Renaud, qui était avec moi, l'a trouvé un peu lourd sur l'archet. Renaud, c'est mon pote violoniste qui fait du ciment et coupe des arbres, le tout à mains nues. Une version plutôt dynamique de ce superbe Concerto pour violon de Brahms, une très belle interprétation, qui relègue définitivement dans l'oubli le naufrage Gil Shaham d'il y a deux saisons - pas encore assez brillant pour me désenamourer de Sayaka Shoji (à voir ici).

Et ce moment avec Mahler ! Quel bonheur ! - ce blog ne refusera aucune facilité. Qui donc peut s'ennuyer avec la musique de ce génie, qui plus est lorsqu'elle est jouée devant lui ? Même s'ils n'émettaient plus le moindre son, même s'il n'y avait plus de musique, le seul mouvement des musiciens jouant Mahler nous enchanterait. Une Symphonie n° 5 que je ne connaissais pas aussi bien que le concerto, un chef dont je découvrais le jeu, les façons, la gestuelle. Et si le personnage est plus remuant que son prédécesseur, Flegmatic Paavo, son jeu est tout en rondeur, douceur dans les attaques et les fins de phrases, sans pour autant manquer de tonus quand il le faut, particulièrement sur les fins. Julien, assis pas loin - mais tout de même -, vous dirait qu'il est un peu passé à côté de l'Adagietto "Mort à Venise". Pour ma part, je dis un grand YEA à Daniel Harding.

Après... Quelques petites remarques et réflexions. J'ai l'impression que le public de Pleyel a fini par lever ses craintes, et se fait de plus en plus présent du côté de la Porte de Pantin. Voilà qui n'aide pas à calmer les toux, évidemment. Harding obligé de se raviser juste avant d'attaquer l'Adagietto - très doux dans ses premières mesures, que le silence se fasse pour qu'il commence, cela ne relève pas du caprice de star. Voilà qui n'aide pas non plus à ce qu'un public plus populaire y prenne ses habitudes. On me dira que c'est inévitable - je ne m'y résoudrai pas.

L'Orchestre, pleine forme. Bon, ce n'est pas une Rolls non plus, notre orchestre de Paname. Mais il semble dans un vrai bon mood cette saison - même si le trompettiste fait quelques couacs un peu grrrrrk, il est chaleureusement applaudi, alors... Roule, Fredo ! Un petit coup de coeur pour Lola Descours, basson et contrebasson, ah ouais. Et puis, ce bruit de machinerie ! Aie aie aie ! Venant probablement d'un système de régulation de l'air... Couvert par la timbale quand elle joue à peine, mais criard quand le violon joue seul ! Comme ça n'a pas l'air de déranger grand monde... On verra.

Ah oui... Siffloter un truc pendant que Bell ou qui vous voulez joue... Mais... Non. Non, tout court.

DK, le 10 novembre 2016

[Concert] Lugansky, Capuçon, Kavakos @ Philharmonie de Paris

- 7 juin 2016

Nikolaï Lugansky - Gautier Capuçon - Leonidas Kavakos
Brahms, Trio pour piano et cordes No 3 (Op. 101) No 2 (Op. 87) No 1 (Op. 8)
Philharmonie de Paris

Vrai plaisir que de découvrir les trois trios pour piano, violon et violoncelle de Johannes Brahms, joués dans l'ordre inverse de leur création. Ma préférence va au No 1, sans doute le plus classique, mais dont les deux premiers mouvements (harmonies superbes de la mélodie dans le premier, l'attaque et la prestance du deuxième) m'ont totalement absorbés. Le No 2, plus sombre, parfois même torturé, est pourtant celui qui m'a le moins conquis. Le No 3 est très beau, très léger, plein d'entrain - celui que les experts et expertes en Brahms présentent comme le plus brillant, le plus Brahmsien des trois.

Bien du mal à rentrer dedans. Non pas parce qu'il était joué en premier, mais surtout parce que la musique de Leonidas Kavakos et moi, ça n'a pas collé ce soir. Je l'ai trouvé d'emblée très lourd sur son archet, un son assez gras - le pauvre, j'ai encore l'inouïe délicatesse de Gidon Kremer dans les oreilles. Je me suis longtemps demandé pourquoi il s'obligeait à jouer si fort. Alors qu'à ses côtés, Nikolaï Lugansky et Gautier Capuçon avançaient avec une délicatesse qui ne les a pas quittés de toute la soirée. Peut-être avait-il besoin de se chauffer, je l'ai trouvé beaucoup plus doux sur les trios suivants. (Sans non plus frissonner... Si ce n'est pour une ou deux faussetés, pas dramatiques, mais assez nettes... Ok, des influences amicales me rendent très exigeant en la matière...)

PS : Aie ! Il y a comme une sorte de bruit parasite, un petit sifflement, comme l'ultrason d'un moteur (d'une clim ?), qu'on perçoit de temps en temps. Inquiétant (pénible bien sûr, mais un éventuel point d'appui pour les grincheux réacs qui n'attendent que ça, que la modernité affiche des faiblesses pour lui rentrer dedans). A surveiller...

DK, 8 juin 2016