Affichage des articles dont le libellé est Orchestre de Paris. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Orchestre de Paris. Afficher tous les articles

[Concert] Joshua Bell, Orchestre de Paris, Karina Canellakis @ Philharmonie de Paris

- 22 janvier 2020

Joshua Bell, Orchestre de Paris, Karina Canellakis
Jean Sibelius, Concerto pour violon - Dmitri Chostakovitch, Symphonie N° 10
Philharmonie de Paris

C'est toujours un réel plaisir d'assister à un concert de Joshua Bell. D'abord, parce que son jeu est fait d'une délicatesse rare, élégant, léger, joyeux. D'une forme d'humilité, ou de simplicité, qui lui donne cette capacité à s'effacer derrière l'oeuvre qu'il interprète.

En gros, le contraire de ce qu'en fait Maxim Vengerov. Et c'est là qu'a été, en ce qui me concerne, le souci. Le souvenir absolument intact de son interprétation en ces lieux il y a un peu plus de trois ans (premier et deuxième soir, permettez) m'a tout de suite attrapé l'oreille. Level exigeance : total. J'ai déjà eu, sur ce blog, l'occasion de dire que c'était cuit, que je serais dorénavant incapable d'écouter cette "le" Sibelius sans que me revienne le son du violon de Vengerov. Je le confirme.

Pour autant, Joshua Bell n'a pas démérité, loin de là. Plutôt convaincant, et tout particulièrement dans les deuxième et troisième mouvements, il a confirmé ce sentiment dont je vous parlais plus haut : le réel plaisir de l'écouter.

Côté péripéties, à présent. D'abord, je vous parle ici d'un concert auquel nous avons bien failli ne pas assister. A quelques minutes du début du concert, Renaud a la bonne idée de remarquer que lui manquent et son portefeuille et son téléphone. Sortant de la salle dégoûtés, persuadés d'avoir perdu ces éléments rudement embêtants à perdre, on se sépare pour aller voir s'ils ne sont pas là où nous nous sommes arrêtés quelques instants sur le chemin de nos places. Moi dans les contre-allées intérieures de la salle, lui celles à l'extérieur. Rien là où je cherche, je sors de la salle sans demander la contremarque qui permet de revenir.

Dehors, pas de Renaud. OK ! Il n'est pas où nous devions nous retrouver, il n'est pas là où nous devions nous retrouver, l'horreur à son comble. Téléphone mis sur silencieux pour éviter la bévue pendant le concert, je ne vois pas tout de suite qu'il m'appelle. Je finis tout de même par le constater, ce qui veut dire qu'il a retrouvé son téléphone. Posé avec son larfeuille sur un muret du petit coin où l'on s'en fume un petit dernier avant d'entrer dans la salle ! Immense ouf, je le rejoins...

Or, persuadé que le matos est perdu, je suis sorti sans la contremarque. Et voilà que je tombe sur l'un des portiers les plus zélés de l'histoire des salles de concert. J'ai mon billet, il n'en veut pas, il veut la contremarque. Je concentre tous mes moyens pour retrouver ce qu'il faut de calme et expliquer à ce portier que ceci puis cela égale maintenant. Non, la contremarque. Mais enfin, le concert s'apprête à débuter... La contremarque ! Il accepte finalement d'appeler sa responsable, qui constate ma bonne foi, et me dit... de me dépêcher car le spectacle est sur le point de commencer. Sans blague !?

Allez, ça fait des souvenirs ! Plus agréables après coup que les larsens et sifflements insupportables qui se sont faits entendre durant tout le concert. Sur Chosta, quand ça envoie, ça gêne pas forcément. Mais dans les moments les plus délicats de Sibelius, atroce !


DK, 23 février 2020

[Concert] Nelson Goerner, Orchestre de Paris, Paavo Järvi @ Philharmonie de Paris

- 23 janvier 2019

Nelson Goerner (suppléant Radu Lupu), Orchestre de Paris, Paavo Järvi
Franz Liszt, Mephisto-walzer - Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 4 - Alexandre Scriabine, Symphoie N° 2
Philharmonie de Paris

(chronique riche et très littéraire à suivre ->) C'était un peu la cata' quand même, hein ?!

DK, fort longtemps après (faut dire)

[Concert] Ian Bostridge, Daniel Harding, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris

- 10 octobre 2018

Ian Bostridge, Daniel Harding, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris
Jean-Philippe Rameau, Hippolyte et Aricie, suite orchestrale - Benjamin Britten, Les Illuminations - Félix Mendelssohn, Symphonie N° 5 "Réformation"
Philharmonie de Paris

Tandis que Julien gazouille ceci : "La musique planante de Britten illumine la rudesse rustique et écorchée des vers de Rimbaud dans une interprétation émouvante de Ian Bostridge avec Daniel Harding et l'Orchestre de Paris à la Philharmonie de Paris", je serai pour ma part moins politique. Pas le concert de l'année - mais comment "passer après" Mahler par le Boston ? -, mais une soirée largement sauvée par le plaisir de retrouver DJ Harding, en pleine forme, et celui d'entendre du Rimbaud, à travers la voix remarquable de Ian Bostridge.

Pas le programme le plus alléchant, c'est vrai. Même si deux des trois oeuvres sont assez récentes, le ton est au baroque, avec une suite pour orchestre de Jean-Philippe Rameau, une pièce vocale de Benjamin Britten aux accents d'oratorio, et une symphonie de Félix Mendelssohn rendant hommage à Bach... Etait-ce la meilleure chose à faire pour honorer la mémoire du Jean-Seb de Leipzig ? C'est lourd, c'est ampoulé, ça ressemble à un pogoteur qui se met au menuet. Guère surpris de lire dans le livret du concert que c'est une oeuvre que Mendelssohn délaissa.

Et alors, pour ne rien arranger, encore une prestation bien peu enthousiasmante de l'Orchestre de Paris. Toujours ce cruel manque de nuance, quel dommage. Et Philippe Aïche au Premier violon... Qu'est-ce que ça grince ! C'est dur à dire, mais avec ce genre de prestation, on comprend aisément pourquoi DJ Harding n'a pas souhaité renouveler son contrat de directeur musical. Il quittera ses fonctions à la fin de la saison. On le regrette déjà !

Restera tout de même la magnifique émotion transmise par la voix de Ian Bostridge, qui, en effet, avec beaucoup de retenue et d'élégance, a illuminé les Illuminations.

DK, le 11 octobre 2018

[Concert] Andras Schiff, David Zinman, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris

- 23 mai 2018

Andras Schiff, David Zinman, Orchestre de Paris
Arthur Honegger, Symphonie N° 2 - Charles Koechlin, Le livre de la jungle (les Bandar-Log) - Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 4
Philharmonie de Paris

La première partie, ne m'en voulez pas mais nous passerons rapidement (même si la Symphonie de Honegger, oeuvre pour les seules cordes à l'exception de quelques mesures de trompette, mérite d'être réécoutée)... C'est pour mon concerto préféré de Ludovic de Bonn que j'étais à la Philhar' l'autre soir. Et c'est comme tapis dans l'ombre que j'étais entré dans la salle. Prêt à pester contre son incapacité à faire quelque chose de qualité avec les oeuvres auxquelles il s'attaque, à rager un "ah, l'Orchestre de l'Opéra, c'est autre chose !" tout en mauvaise foi (bien entendu), à dire les pires horreurs au sujet de l'Orchestre de Paris. Bien vite, le bougon a compris qu'il devrait rester dans l'ombre. Car c'est un très beau concerto que nous ont donnés Andras Schiff et notre régional de l'étape.

Dès les premières mesures, on est dans le ton. La légèreté, surtout. Parfois pataud (comme lors de la première partie, par exemple), l'orchestre semble cette fois touché par la grâce. Les attaques sont justes, les enchainements pleins de douceur, c'est un régal. Même le violon de Philippe Aiche enchante. Une mention toute particulière aux cors, d'une précision redoutable. Les esprits chagrins pourront peut-être lui trouver un manque de fantaisie. Pour ma part, cette interprétation m'a réconciliée avec l'Orchestre de Paris.

A ses côtés, Andras Schiff va faire bien plus que suppléer la défection (assez mystérieuse) de Maria Joao Pires. Parfois un peu lourd dans son exécution (qui ne l'est pas pour celui qui a la version de Pollini pour référence ?), c'est dans son moment seul qu'il va me ravir. S'amusant avec les airs de ce premier mouvement, répétés avec une gravité très Beethovenienne, déclinés dans une succession d'envolées mélodiques aux expressions Mozartiennes, avant de s'évanouir dans une sorte de torpeur toute en intériorité... Superbe ! - franc succès et deux bis à la clé.

Mettez de côté le mouvement de moulinet incessant des bras du chef Zinman... C'était une belle soirée, LvB à l'honneur !

DK, le 28 mai 2018

[Concert] Lars Vogt, Daniel Harding, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris

- 9 mai 2018

Lars Vogt, Daniel Harding, Orchestre de Paris
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 3 - Johannes Brahms, Symphonie N° 3
Philharmonie de Paris

Madame Maria Joao Pires ayant suspendu sa carrière, c'est à Lars Vogt que revenait la tâche d'accompagner DJ Harding et l'Orchestre de Paris pour une soirée sous le signe du 3 : troisième concerto pour piano de Ludovic de Bonn, troisième symphonie de Johannes (Aimez-vous...) Brahms. Une bien belle soirée, de très beaux moments, d'autres moins emballants, qui, au final, l'emporteraient s'il n'y avait le plaisir inaltérable d'écouter de la musique, et deux superbes oeuvres dans une salle fabuleuse. De ses prémices au romantisme le plus abouti...

Au rayon des (très) belles surprises, le premier mouvement du Concerto. Dès les premières notes se sent la volonté de DJ Harding d'insuffler une vraie énergie à cette oeuvre. La cadence est vive, un brin déstabilisante. Et si Lars Vogt joue le jeu, malgré des premières notes manquant un peu de délié, c'est l'Orchestre de Paris qui a du mal, et qui se traine. Les cordes sont presque fades, les vents roulent au diesel, seuls les cuivres proposent de belles couleurs.

C'est de la partie seule de Lars Vogt que va venir le ravissement. Il se sert de l'énergie impulsée depuis le début pour une attaque très ferme, pleine, chantante. Puis, sans que l'on ne s'en rende compte, s'installe une légèreté sans cesse contrariée, très Debussienne. La surprise est complète, complètement enthousiasmante. Ce sera le moment de grâce de la soirée - avec le Rondo peut-être, auquel Vogt donnera les mêmes accents...

Dans la deuxième partie, on s'ennuierait presque s'il ne s'agissait pas d'une oeuvre  exprimant de splendides émotions. Le décalage entre la volonté de DJ Harding et ce que lui rend l'Orchestre est à certains moments quasi palpable. Et l'on ne sait finalement pour qui avoir de la peine : celui qui voudrait nous émerveiller ou ceux qui ne parviennent pas à suivre.

Tout cela ne nous empêchera pas de profiter du plaisir d'un bis, d'encore un peu de DJ Harding...

DK, le 13 mai 2018

[Concert] Piotr Anderszewki, Jonathan Nott, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris

- 24 janvier 2018

Piotr Anderszewki, Jonathan Nott, Orchestre de Paris
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 1 - Franz Schubert, Symphonie N° 9
Philharmonie de Paris

Un concert comme un bon vieux repas de famille. Dans le rôle du plat bien traditionnel - mettons, un pot-au-feu -, un concerto de Ludwig et la Grande symphonie de Schubert. Dans le rôle du cousin sympa mais un peu lourd... sympa, hein ?.. mais un peu lourd... l'Orchestre de Paris. Dans le rôle des "nouvelles têtes", trop discrets pour qu'on en sache bien plus à leur sujet en repartant, Piotr Anderszewski au piano et Jonathan Nott à la baguette. Dans le rôle du lieu qu'il est toujours bon de retrouver, la salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris. Soirée sympa, tu ressors content, m'enfin c'était pas non plus l'éclate, quoi.

Le concerto ? Interprétation de qualité, malgré de vraies carences en termes de grâce dans le toucher du pianiste - qui en est pourtant capable, comme son brillant bis (Leos Janacek, Sur un sentier recouvert - livre II) l'a prouvé. La symphonie ? Rythmée mais manquant cruellement d'énergie. Le souvenir de la superbe interprétation donnée par le Gewandhaus et le maestro Blomstedt il y a quelques semaines était encore trop vif dans ma mémoire pour que l'Orchestre de Paris ne souffre de la concurrence. Toujours un peu pareil avec ce dernier : plutôt convaincant dans les moments énergiques, beaucoup moins dans les moments plus calme, et au final bien du mal à maintenir une unité tout au long de l'oeuvre.

Pas la folie, c'est clair, mais une chouette soirée tout de même.

DK, le 30 janvier 2018

[Concert] Akiko Suwanai, Paavo Jarvi, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris

- 29 novembre 2017

Akiko Suwanai, Paavo Järvi, Orchestre de Paris
Jean Sibelius, Concerto pour violon - Dimitri Chostakovitch, Symphonie N° 7 "Leningrad"
Philharmonie de Paris

Je crois que c'est cuit. Je ne pourrai sans doute plus jamais écouter le Concerto pour violon de Sibelius sans que me remonte comme une chose indépassable ce qu'en fit Maxim Vengerov la saison dernière (voir ici et ici). A ce jeu de l'inévitable comparaison, Janine Jansen, déjà avec Paavo Jarvi, s'en était plutôt bien sortie en mars dernier. Cette fois, avec Akiko Suwanai, ça coince.

Elle aurait pourtant pu bénéficier de l'effet Jarvi. Le retour de "notre" ancien directeur musical, c'est toujours un petit évènement pour nous autres (pas vrai, Frédo ?). Et cela le restera, tant ce qu'il a fait de la Symphonie Leningrad est remarquable - la jouer quelques jours après le centenaire de la Révolution d'Octobre, en soit, c'est à saluer.

A cette oeuvre d'une énergie et d'une intensité incroyables (vu le sujet, il ne peut pas en être autrement), Maestro Jarvi a su donner sa patte, cette volonté d'insuffler douceur et nuances, sans rien trahir de l'intention de l'oeuvre, au contraire, pour la sublimer (la Valse Triste qu'il nous avait accordé en guise de rappel la saison dernière était un modèle du genre). Parfaitement soutenu en cela par un pupitre des bois très en forme, et d'une manière générale un Orchestre de Paris au rendez-vous...

... de cette deuxième partie. Car lui non plus n'a pas particulièrement brillé dans son interprétation du Sibelius. Certes, il n'y est qu'un second rôle, et la partition du soliste éclipse tout le reste. Mais comme la star avait bien du mal à remplir son rôle de star... Pas mal de pains, une aisance technique limitée, quelques jolis moments, mais, à mon goût, un hors-sujet total sur le plan de l'émotion. C'est comme si elle était restée pendant toute l'oeuvre sur la retenue qu'exigent les premières mesures (très joliment interprétées cela dit). Problématique dans les parties poignantes ou incisives. Un rappel, dont on se serait bien passé, un mouvement d'une sonate de Bach sans aucun relief.

Heureusement, Chostakovitch...


DK, le 30 novembre 2017

[Concert] Edgar Moreau, Lahav Shani, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris

- 20 septembre 2017

Edgar Moreau, Lahav Shani, Orchestre de Paris
Serge Prokofiev, Guerre et paix (ouverture) - Dimitri Chostakovitch, Concerto pour violoncelle No 1 - Piotr Ilyitch Tchaïkovski, Symphonie No 6 "Pathétique"
Philharmonie de Paris

De nous deux, c'est mon gars sûr Oeillet Rouge qui est sorti le plus emballé de la Philharmonie ce soir-là. Je pensais donc qu'il allait désannoncer ça. Mais comme ce n'est pas le cas, je m'y colle.

Non parce que ce n'était peut-être pas le concert de l'année, mais c'était quand même pas mal, cette soirée russe. D'abord, l'ouverture de Guerre et Paix, signée Prokofiev, pas mal, pas mal... pas délirant non plus. Puis le Concerto pour violoncelle de Chostakovitch, décidément à l'honneur en ce début de saison. Moment sublime pour Frédo... Moi, j'ai eu un peu plus de mal à suivre. Il faut se le dire une bonne fois pour toutes : l'arrière scène pour le violoncelle, c'est une idée à proscrire. Durant toute l'oeuvre, j'ai vu le tout jeune Edgar Moreau se démener avec son instrument sans vraiment percevoir ce qu'il en faisait. Frustration, guère compensée par le moment Bach en guise de rappel.

Seconde partie avec la Symphonie No 6 dite "Pathétique" de Tchaïkovski. Quelle merveille que ce troisième mouvement. Particulièrement bien interprété par "notre" orchestre. Ah, dans les parties toniques, il répond parfaitement présent, et c'est bon ! C'est dans les moments plus tendres, plus nuancés, qu'il a quand même du mal à me convaincre. Des attaques incertaines, un peu fébriles. M'enfin... Convaincante prestation en revanche de Lahav Shani, qui mène les siens sans partition mais avec une vraie ardeur.


Demain, c'est le retour de Maestro Vengerov. Can't wait !

DK, le 27 septembre 2017

[Concert] Daniel Harding, Orchstre de Paris @ Philharmonie de Paris

- 6 septembre 2017

Daniel Harding, Orchestre de Paris
Henry Purcell, Musique pour les funérailles de la Reine Mary - Gustav Mahler, Symphonie No 6 "Tragique"
Philharmonie de Paris

D'accord, notre orchestre local n'est pas le plus grand de son époque - sinon la saison 2017/18 de la Philharmonie de Paris n'aurait pas été ouverte par le Berliner -, il lui manque sans doute un petit quelque chose dans la pâte sonore pour cela. D'accord, la comparaison avec la fabuleuse version livrée par le LSO et Sir Rattle la saison dernière allait être difficile à tenir. Pour autant, c'est une belle soirée de rentrée, énergique, dynamique, moderne aussi, que nous ont offerts l'Orchestre de Paris et son directeur musical, DJ Harding. Public parisien ravi, Fred et moi idem.

Harding, c'est mon nouveau chouchou - incroyable comme il me fait penser à Marius. Je n'ai donc aucun mal à dire que c'est avant tout à son talent que nous devons le plaisir de cette soirée. D'abord, un choix d'oeuvres qui porte clairement sa griffe. La très vibrante et "so british" Musique pour les funérailles de la reine Mary de Purcell en introduction ; une symphonie de Mahler, la merveilleuse No 6 dite Tragique - assurément le choix de celui qui vient d'être nommé chef  émérite du Mahler Chamber Orchestra, après en avoir été le directeur musical cinq saisons durant. Un superbe programme.

Ensuite, une interprétation pleine de justesse. Beaucoup de délicatesse, de douceur, pour Purcell - des lèvres, il accompagne le choeur qu'il est en train de diriger. Puis l'énergie, la vitalité, la force pour Mahler - et là, ce n'est plus par un simple mouvement des lèvres qu'il accompagne son équipe, c'est tout son corps qui plonge dans la musique. Totalement habité du début à la fin. Il part vers Mahler, il fonce vers lui. Et il nous emmène. Et il se démène, il n'arrête pas. Pris par l'élan d'un moment fougueux lors du superbe Finale, il envoie sa baguette voler derrière lui. La salle s'en amuse. Lui en saisit une autre aussitôt, et repart vers sa prochaine envolée. Et l'orchestre s'en sort plutôt bien à le suivre.

Il y a encore ce parti-pris au moment d'enchainer les oeuvres, réelle touche de modernité. A la fin de son dernier air, le choeur qui vient d'interpréter la Musique pour les funérailles se retire sur la marche finale. Inhabituel, surprenant, on ne comprend pas trop. Mais DJ Harding nous donne bien vite la raison. A peine un silence entre le moment où s'achève la première oeuvre et celui où débute la suivante ! Pas d'applaudissements, - évidemment - pas d'entracte, pas de perte de rythme, bim ! il enchaine. D'un instant à l'autre, la marche de Purcell a laissé place à la marche de Mahler. Bien sûr que la durée très réduite de l'oeuvre jouée en "introduction" aide à cela. Mais bien plus qu'un effet de circonstances, il y a une vraie fraicheur dans cette façon de défaire les codes - l'expression d'une forme d'humilité aussi.

C'était un beau concert de rentrée pour ce tout jeune cinquantenaire qu'est l'Orchestre de Paris. Souhaitons-lui un heureux jubilé !

DK, le 7 septembre 2017


[Concert] Jan Lisiecki, Jukka Pekka Saraste, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris

- 20 avril 2017

Jan Lisiecki, Jukka Pekka Saraste, Orchestre de Paris
Frédéric Chopin, Concerto pour piano N° 2 - Dmitri Chostakovitch, Symphonie N° 8
Philharmonie de Paris

Julien, qui avait vu ce même concert la veille, nous avait prévenus. SMS reçu : "C'était quelque chose, ce Chosta ! Magnifique, concentré, très bien sonnant, mais sans aucune concession à l'effet immédiat. Dense, expressif, oppressant. Noyés dans la musique nous sommes. Et la fin extatique. Apaisement ? Non, dissolution, effacement, disparition. Franchement, rarement vu l'Orchestre de Paris sonner comme ça". Et Chopin ? "Le jeune pianiste polonais est un longiligne ange blond à croquer. Virtuose, beaucoup de ruptures dynamiques, c'est du Mozart dans le mouvement lent, du Beethoven dans le troisième, et du Liszt dans le premier. Il est grand donc quand il met la puissance, ça envoie. Un peu mécanique, mais carré et enlevé".

Un concert qui inspire autant l'ami, on allait se régaler, avec Fredo. Et cela n'a pas manqué. Un Concerto N° 2 de Chopin absolument superbe - moi qui ne suis pas plus Chopin que ça, totalement charmé, notamment, c'est vrai, par le mouvement lent. Époustouflant de précision, ce Jan Lisiecki, des pianissimos de toute beauté, chaque note est donnée avec précision et douceur. Un virtuose mais qui sait tout de même s'effacer derrière l'oeuvre. Un brin mécanique, c'est vrai, pas désagréable non plus. Il méritait sans doute un peu plus de gens qui applaudissent et un peu moins de gens qui toussent...

Et quel morceau, cette Symphonie N° 8 ! Julien a tout dit. Et c'est vrai que l'Orchestre de Paris s'en sort plutôt pas mal. Cela dit, l'oeuvre, poignante et très expressive, lui permet de briller. Le coup de baguette de Jukka-Pekka Saraste y est peut-être également pour quelque chose. Une très belle soirée, encore une fois. Bon résumé de Fredo : "Puissance et gravité de Chosta et sous les tilleuls verts de la promenade Chopin et les violons qui bruissent"

DK,  avec JB et FB

Afterwork - Mozart l'éternel ~~ Philharmonie de Paris




Sérénade n°13 en sol majeur "Petite musique de Nuit", K 525
Bella mia fiamma, Air de concert, K 528
Symphonie n° 38 en ré majeur "Prague", K 504

Soirée Mozart théâtralisée à la découverte de trois œuvres dont la symphonie N° 38 dite de Prague sous la baguette d'un jeune chef de l'orchestre de Paris, Andrei Feher, qui dirigea aussi le bel air de concert interprété par la soprano Sandrine Piau.

FB

[Concert] Renaud Capuçon, Daniel Harding, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris

- 25 janvier 2017

Renaud Capuçon, Daniel Harding, Orchestre de Paris
Ludwig van Beethoven, Concerto pour violon ; Leonore II - Jörg Widmann, Babylon-Suite
Philharmonie de Paris

Un comité de rédaction très élargi de La désannonce s'était donné rendez-vous (sans vraiment le vouloir d'ailleurs, pardon Fredo...) hier soir pour la venue de Renaud Capuçon, le musicien classique frenchie du moment, à la Philharmonie de Paris, le Concerto pour violon de Ludovic de Bonn au programme. Avis partagés après ce concert.

Pour ma part, loin d'être conquis, mais j'ai été plutôt charmé par le jeu de Renaud Capuçon, un son feutré (j'ai lu quelque part patiné, oui c'est pas mal), dans le même esprit que celui de son frère Gautier au violoncelle. Quelques faussetés au démarrage du deuxième mouvement (Larghetto), des parties manquant de lyrisme ou de puissance - peut-être que son jeu convient mieux à la musique de chambre... Mais ce qu'il a proposé dans sa partie solo du premier mouvement (Allegro ma non troppo), cette façon d'aller frôler les bordures de l'harmonie, mélopées inattendues pleines de mélancolie, ce moment m'a beaucoup touché. D'une manière générale, il faut en convenir, la vitrine est trompeuse par rapport à ce qu'il y a en boutique.

Un point qui fait l'unanimité, la prestation bien peu convaincante de l'Orchestre de Paris. C'est lourd, ça se traîne, c'est pas précis, quel dommage ! Dj Harding a beau s'employer à la baguette, la machine ne suit pas. Un Leonore qui ne laissera pas un souvenir impérissable. Quant à la création, Babylone-Suite, ça se laisse écouter, c'est pas déplaisant, c'est pas emballant - il faut bien un grand nom en première partie pour attirer le public vers ce type d'oeuvre. Et que d'artifices ! Le xylophone joué avec un archet... Mouais... Toujours pas client, désolé.


Cela dit, en cherchant à décrire ce que j'étais en train d'écouter... Me sont revenus les mots des critiques de 1806 au sujet du Concerto de Beethoven au lendemain de sa création : qu'il était un "vacarme continuel entretenu par quelques instruments". Admettons qu'il ne soit pas le plus beau concerto pour violon de l'histoire de la musique, qui oserait le décrire ainsi de nos jours ? De quelle manière réécoutera-t-on la musique de notre époque dans cinq ou six époques ? Peut-être qu'il faut que je change d'oreilles des fois.

DK, le 26 janvier 2017

[Concert] Elisabeth Leonskaja, Cornelius Meister, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris

- 11 janvier 2017

Invitation de dernière minute de Julien, concert surprise, et cette petite excitation particulière de ne pas en connaitre le programme - les goûts sûrs de l'ami de toujours en guise de garde fou. Aucun a-priori, savourer la musique comme elle vient. Et ça part bien ! Longue et lente entrée des cordes, pleine de solennité, puis un long thème porté par les cuivres, les cordes à nouveau, avant que tout s'emballe et que la musique prenne tout son corps. L'ouverture de Der Freischütz, opéra de Carl Maria von Weber. Découverte emballante, qui va parfaitement satisfaire mon goût pour cette période entre classique et romantique.

A la fin de cette première œuvre, les violonistes et eux seuls se lèvent. Un piano va donc rentrer. Ah ah ! Réfléchissons. Si cette ouverture en était bien une, qu'il y a une cohérence avec la suite du programme, on pourrait bien écouter du Ludovic de Bonn... Bingo ! Dès le premier accord, "L'empereur" ! Sourire de ravissement vers Julien qui me répond par un de ces regards pleins d'assurance qu'on lui connait bien. Son concerto pour piano de Beethoven préféré, celui dont il dit que le rondo "emporte tout !" Une très belle interprétation d'Elisabeth Leonskaja, au toucher très aérien. Un peu trop pour me transporter totalement (pas facile de "passer après" la magie Barenboim et l'énergie du Staatskapelle Berlin), mais je devais être l'un des seuls : le public a applaudi le premier mouvement (Allegro), et Julien était emballé !

Pour finir, suspense dévoilé, La petite sirène (Die Seejungfrau), fantaisie pour orchestre d'Alexander von Zemlinsky, d'après le conte d'Andersen. Une autre belle découverte que ce récit musical, mené d'une main de maitre par le jeune chef Cornelius Meister, et narré par un Orchestre de Paris plus en verve que lors de la première partie de programme - et Roland Daugareil est vraiment notre meilleur premier violon.

Elisabeth Leonskaja, Cornelius Meister, Orchestre de Paris 
Carl Maria von Weber, Der Freischütz (ouverture) - Ludwig von Beethoven, Concerto pour piano N° 5 - Alexander von Zelimsky, La petite sirène (Die Seejungfrau)
Philharmonie de Paris

DK, le 12 janvier 2017

[Concert] Joshua Bell, Daniel Harding, OdP @ Philharmonie de Paris

- 9 novembre 2016

Joshua Bell, Daniel Harding, Orchestre de Paris
Johannes Brahms, Concerto pour violon - Gustav Mahler, Symphonie N° 5
Philharmonie de Paris

Pour bien faire, il faudrait que je sollicite le moteur de recherche, qu'il me trouve une citation à la noix, d'un mec à la noix, qui dit THE chose essentielle, combien la musique a douci les beurres - en noix. Parce que c'est bien vrai. Une plongée dans le répertoire romantique, Brahms et Mahler dans toute leur flamboyance, prescription efficace pour se remettre d'une Nuit entre stupéfaction et accablement, l'élection de Trump. Revoir Joshua Bell après son enchanteur concerto de Tchaïkovsky la saison dernière, faire vraiment connaissance avec le nouveau directeur musical de notre orchestre, Daniel Harding, plein de bonnes raisons d'être enthousiaste. Ressorti conquis deux heures plus tard.

Joshua Bell précis, charmant, plein d'entrain, manquant peut-être un peu de présence ou d'amplitude dans ses parties solo - le pauvre passait après Vengerov. Renaud, qui était avec moi, l'a trouvé un peu lourd sur l'archet. Renaud, c'est mon pote violoniste qui fait du ciment et coupe des arbres, le tout à mains nues. Une version plutôt dynamique de ce superbe Concerto pour violon de Brahms, une très belle interprétation, qui relègue définitivement dans l'oubli le naufrage Gil Shaham d'il y a deux saisons - pas encore assez brillant pour me désenamourer de Sayaka Shoji (à voir ici).

Et ce moment avec Mahler ! Quel bonheur ! - ce blog ne refusera aucune facilité. Qui donc peut s'ennuyer avec la musique de ce génie, qui plus est lorsqu'elle est jouée devant lui ? Même s'ils n'émettaient plus le moindre son, même s'il n'y avait plus de musique, le seul mouvement des musiciens jouant Mahler nous enchanterait. Une Symphonie n° 5 que je ne connaissais pas aussi bien que le concerto, un chef dont je découvrais le jeu, les façons, la gestuelle. Et si le personnage est plus remuant que son prédécesseur, Flegmatic Paavo, son jeu est tout en rondeur, douceur dans les attaques et les fins de phrases, sans pour autant manquer de tonus quand il le faut, particulièrement sur les fins. Julien, assis pas loin - mais tout de même -, vous dirait qu'il est un peu passé à côté de l'Adagietto "Mort à Venise". Pour ma part, je dis un grand YEA à Daniel Harding.

Après... Quelques petites remarques et réflexions. J'ai l'impression que le public de Pleyel a fini par lever ses craintes, et se fait de plus en plus présent du côté de la Porte de Pantin. Voilà qui n'aide pas à calmer les toux, évidemment. Harding obligé de se raviser juste avant d'attaquer l'Adagietto - très doux dans ses premières mesures, que le silence se fasse pour qu'il commence, cela ne relève pas du caprice de star. Voilà qui n'aide pas non plus à ce qu'un public plus populaire y prenne ses habitudes. On me dira que c'est inévitable - je ne m'y résoudrai pas.

L'Orchestre, pleine forme. Bon, ce n'est pas une Rolls non plus, notre orchestre de Paname. Mais il semble dans un vrai bon mood cette saison - même si le trompettiste fait quelques couacs un peu grrrrrk, il est chaleureusement applaudi, alors... Roule, Fredo ! Un petit coup de coeur pour Lola Descours, basson et contrebasson, ah ouais. Et puis, ce bruit de machinerie ! Aie aie aie ! Venant probablement d'un système de régulation de l'air... Couvert par la timbale quand elle joue à peine, mais criard quand le violon joue seul ! Comme ça n'a pas l'air de déranger grand monde... On verra.

Ah oui... Siffloter un truc pendant que Bell ou qui vous voulez joue... Mais... Non. Non, tout court.

DK, le 10 novembre 2016

[Concert] Maxim Vengerov, Christoph Enschenbach, OdP @ Philharmonie de Paris (2ème soir)

- 6 octobre 2016

Maxim Vengerov, Christoph Eschenbach, Orchestre de Paris
Jean Sibelius, Concerto pour violon  (Op. 47) - Antonin Dvorak, Symphonie N° 8 (Op. 88)
Philharmonie de Paris

Vengerov et "son concerto" deux soirs de suite à Paris... Je me suis fait un (gros) plaisir.

Avec, au passage, l'occasion d'esquisser une réponse à cette question : un artiste appelé à jouer, et rejouer, et rejouer encore, une oeuvre en particulier, oeuvre qu'il finit nécessairement par dominer totalement, se contente-t-il de se reposer sur son immense talent pour dérouler sa mécanique impeccable, réciter sa leçon non sans une forme d'automatisme, ou, maestro mais non moins homme, est-il lui aussi tantôt porté, tantôt contenu par l'unique de chaque jour ? Maxim Vengerov n'est évidemment pas une machine. Il est un homme, un artiste exceptionnel, traversé par des élans géniaux et des moments de fragilité. Mais, de quelque côté qu'on le prenne, il nous irradie de son talent. Une entame de premier mouvement presque imprécise avant de se lâcher totalement et le conclure de manière magistrale - une nouvelle fois applaudi. Un deuxième mouvement parfaitement exécuté - il est sans plus, ce mouvement, non ? Un troisième à nouveau éblouissant. Encore merci, Monsieur Vengerov.

Et puis cette symphonie de Dvorak, tout de même. Pleine d'entrain, un premier mouvement truffé de mélodies joyeuses, à commencer par la ritournelle de la flûte ; un deuxième plus romantique, faisant la part belle aux violoncelles ; l'improbable reprise, totalement survoltée, du thème à la fin du troisième ; le brâme des cors lorsque le quatrième mouvement explose. Qu'elles font du bien, ces oeuvres aux accents populaires ! Bref, ça m'a donné envie de creuser un peu ce qu'a fait Dvorak. Encore une très belle soirée, dans un très beau lieu - on ne s'en lasse pas.

PS - Dis, Vengerov deux soirs de suite, ça ne m'aurait même pas suffi pour m'offrir une part de Gad et Kev... Et à ce prix là, tu l'entends respirer !

PS - Dites, les gens dont le hobby est de venir au spectacle pour tousser, s'il vous plait, trouvez un autre passe-temps. Je sais pas moi, allez chasser le Pokemon Ciraupourlhattouxe, vous le trouverez sous une croix verte qui clignote (souvent). OK, Fred me dit que le fait que le public ne rajeunisse pas n'arrange rien. Allez, les jeunes ! On se mobilise !

DK, le 8 octobre 2016

[Concert] Maxim Vengerov, Christoph Enschenbach, OdP @ Philharmonie de Paris

- 5 octobre 2016

Maxim Vengerov, Christoph Eschenbach, Orchestre de Paris
Jean Sibelius, Concerto pour violon  (Op. 47) - Antonin Dvorak, Symphonie N° 8 (Op. 88)
Philharmonie de Paris

"C'était parfait !"

Maxim Vengerov et le concerto pour violon de Jean Sibelius, l'un des plus grands violonistes de notre époque qui s'emploie sur l'un des chefs-d’œuvre de la musique (il en est presque un dépositaire puisqu'il est l'un des rares violonistes autorisés par la famille de Sibelius à en jouer la partition originelle), de quelle plus belle rentrée pouvais-je rêver ? (salut Daniel B., pardon Martha A.) L'attente était très forte. Le résultat a dépassé toutes mes espérances. Et je n'hésite pas à le dire - conscient que l'utilisation de ce mot exige une énorme prudence : si ce que Vengerov a fait ce soir a souvent tutoyé la perfection, ce qu'il a fait de la première partie du troisième mouvement était absolument parfait.

Qu'est-ce donc qui se passe dans un Maxim Vengerov quand il joue son concerto ? Quelles sont toutes ces choses - des notes, des mots, des pulsions, des forces... lui seul le sait - qui lui parviennent, le charment, l'étreignent, le pénètrent, le dominent, le bousculent, jusqu'à ce qu'il fasse virevolter son petit violon de trois cents piges, pour nous mener vers des firmaments de grâce. Un premier mouvement époustouflant - à fort juste titre applaudi... (La moindre des choses de la part d'un public qui a applaudi Gil Shaham après le premier mouvement de son bien médiocre concerto de Brahms lors de la saison dernière.) Un deuxième mouvement plus mélancolique - durant lequel le maitre nous gratifiera d'une fausse note... magnifique, forcément. Quant au troisième mouvement, il aurait fallu qu'il dure, et dure encore. Merci Maxim Vengerov - et pour le Bach en rappel.

L'Orchestre de Paris, qui a eu parfois du mal à se tenir dans les moments calmes du concerto, s'en donnera ensuite à coeur joie avec Dvorak, porté par une énergie qu'il avait un brin perdu en fin de saison dernière.  Quelle soirée ! Et le plaisir de retrouver cette salle qui m'avait manquée n'y est pas pour rien.

A suivre...

*
Relativement épargné jusqu'à présent, j'ai été confronté, pas directement mais presque, à l'un de ces spécimens d'un autre temps, public de "feu" Pleyel, disciples de Franck Ferrand, l'une de ces vieilles bourge' chagrinées, si ce n'est totalement paniquées, de devoir aller jusqu'en lisière du 9-3 pour écouter de la musique "civilisée". Pas contente, la madame ! Objet de son courroux ? Un scandale, jugez-en : un employé de la salle avait eu l'outrecuidance de... lui tendre un questionnaire destiné à connaitre notre ressenti ! (Oui oui, je sais...)

Elle apostrophe une ouvreuse et prend à témoin une autre spectatrice qui attend dans la coursive. "Oh mais vous vous rendez compte ?! On n'aurait jamais eu droit à ça à Pleyel ! Un questionnaire ! Et pour savoir qui je suis, mes coordonnées, des détails sur ma vie... Enfin ! Et puis ces questionnaires sont destinés aux gens qui ne viennent jamais au concert, pas à moi !"

Dans un autre cadre, dans lequel je m'adresse à un autre public que celui qui allait jusqu'alors écouter du classique dans les lieux dédiés, un public plus populaire, qui ressemble davantage à celui qui réside aux alentours de la Philharmonie par exemple, il m'arrive régulièrement de l'inviter à fréquenter cette salle - et notamment parce que les plus petits tarifs sont vraiment petits, et n'y sont pas synonymes d'éloignement ou d'inconfort. Si j'insiste auprès de ce public, qui pendant longtemps n'avait pas les moyens, et n'a donc pas l'idée, moins encore l'habitude d'y aller, c'est parce qu'à mesure qu'il y viendra, s'éloigneront peu à peu ces dinosaures égotiques et pédants.

DK, 6 octobre 2016

[Concert] Herbert Blomstedt, OdP @ Philharmonie de Paris

- 9 juin 2016

Herbert Blomstedt, Till Fellner, Orchestre de Paris
Beethoven, Concerto pour piano No 5 "Empereur" (Op. 73) - Mahler, Symphonie No 1 "Titan"
Philharmonie de Paris

Quel succès ! Et il faut le dire, c'est assez mérité. Affluence des grands soirs, pour un programme très classique de chez classique. Lorsque l'on vient écouter le plus connu des concertos pour piano de Beethoven et la plus fameuse des symphonies de Mahler, On ne part pas à l'aventure. On vient se blottir dans le sûr, dans l'appris, dans un certain confort. On ne cherche pas à être bousculé-e, mais bien plutôt dorloté-e. Et on peut le dire, le chef Herbert Blomstedt (un tout jeune homme), l'Orchestre de Paris, et l'appelé de la dernière minute, Till Fellner, venu suppléer Richard Goode, ont su parfaitement répondre à cette attente.

Un concerto interprété sur un rythme, me semble-t-il, assez lent, conférant à l’œuvre toute sa solennité. Till Fellner, dont le brio technique a un brin desservi l'inspiration artistique dans le premier mouvement, a su parfaitement profiter de l'adagio pour plonger dans le parti-pris voulu par Herbert Blomstedt, soutenu par un Orchestre de Paris très en forme : de la grâce, de la grâce, de la grâce. Ce en quoi je crois qu'il a bien raison. Malgré cela, je persiste à trouver ce concerto Empereur splendide mais un brin trop militaire - bon, si tous et toutes les militaires pouvaient être portés par autant de douceur et d'élégance...

Et puis, Titan ! Alors c'est vrai, et Fred avait vu le coup venir. Il fallait presque un "miracle" (très à cheval sur l'athéisme, il n'a certainement pas utilisé ce mot, mais je m'y aventure, tant pis) pour dépasser la lumineuse interprétation livrée par le San Francisco Symphony en début de saison - très grosse claque ce soir-là. Pas de "miracle". Par excès d'enthousiasme, je pourrais dire que ce n'est pas passé loin. Par excès inverse, que l'Orchestre de Paris a fait ce qu'il a pu. Au final, la patte de Blomstedt nous a tous conquise. A tel point que le public lui a épargné un sixième (!) rappel sur scène.

Et puis, il faut quand même le dire. De quelque côté qu'on la prenne, cette grande salle de la Philharmonie de Paris est vraiment très belle. (Du reste, pas de nouvelles du petit sifflement... Ouf ! J'en connais certains qui prêts à courir au bureau des remboursements ! En même temps, c'est pas sur du Mahler qu'il peut faire le poids... M'enfin, ouf ! quand même...)

DK, 10 juin 2016