- 22 janvier 2020
Joshua Bell, Orchestre de Paris, Karina Canellakis
Jean Sibelius, Concerto pour violon - Dmitri Chostakovitch, Symphonie N° 10
Philharmonie de Paris
C'est toujours un réel plaisir d'assister à un concert de Joshua Bell. D'abord, parce que son jeu est fait d'une délicatesse rare, élégant, léger, joyeux. D'une forme d'humilité, ou de simplicité, qui lui donne cette capacité à s'effacer derrière l'oeuvre qu'il interprète.
En gros, le contraire de ce qu'en fait Maxim Vengerov. Et c'est là qu'a été, en ce qui me concerne, le souci. Le souvenir absolument intact de son interprétation en ces lieux il y a un peu plus de trois ans (premier et deuxième soir, permettez) m'a tout de suite attrapé l'oreille. Level exigeance : total. J'ai déjà eu, sur ce blog, l'occasion de dire que c'était cuit, que je serais dorénavant incapable d'écouter cette "le" Sibelius sans que me revienne le son du violon de Vengerov. Je le confirme.
Pour autant, Joshua Bell n'a pas démérité, loin de là. Plutôt convaincant, et tout particulièrement dans les deuxième et troisième mouvements, il a confirmé ce sentiment dont je vous parlais plus haut : le réel plaisir de l'écouter.
Côté péripéties, à présent. D'abord, je vous parle ici d'un concert auquel nous avons bien failli ne pas assister. A quelques minutes du début du concert, Renaud a la bonne idée de remarquer que lui manquent et son portefeuille et son téléphone. Sortant de la salle dégoûtés, persuadés d'avoir perdu ces éléments rudement embêtants à perdre, on se sépare pour aller voir s'ils ne sont pas là où nous nous sommes arrêtés quelques instants sur le chemin de nos places. Moi dans les contre-allées intérieures de la salle, lui celles à l'extérieur. Rien là où je cherche, je sors de la salle sans demander la contremarque qui permet de revenir.
Dehors, pas de Renaud. OK ! Il n'est pas où nous devions nous retrouver, il n'est pas là où nous devions nous retrouver, l'horreur à son comble. Téléphone mis sur silencieux pour éviter la bévue pendant le concert, je ne vois pas tout de suite qu'il m'appelle. Je finis tout de même par le constater, ce qui veut dire qu'il a retrouvé son téléphone. Posé avec son larfeuille sur un muret du petit coin où l'on s'en fume un petit dernier avant d'entrer dans la salle ! Immense ouf, je le rejoins...
Or, persuadé que le matos est perdu, je suis sorti sans la contremarque. Et voilà que je tombe sur l'un des portiers les plus zélés de l'histoire des salles de concert. J'ai mon billet, il n'en veut pas, il veut la contremarque. Je concentre tous mes moyens pour retrouver ce qu'il faut de calme et expliquer à ce portier que ceci puis cela égale maintenant. Non, la contremarque. Mais enfin, le concert s'apprête à débuter... La contremarque ! Il accepte finalement d'appeler sa responsable, qui constate ma bonne foi, et me dit... de me dépêcher car le spectacle est sur le point de commencer. Sans blague !?
Allez, ça fait des souvenirs ! Plus agréables après coup que les larsens et sifflements insupportables qui se sont faits entendre durant tout le concert. Sur Chosta, quand ça envoie, ça gêne pas forcément. Mais dans les moments les plus délicats de Sibelius, atroce !
DK, 23 février 2020
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[Concert] Le Concert des Nations, Jordy Savall @ Philharmonie de Paris
- 15 octobre 2019
Le Concert des Nations, Jordy Savall
Ludwig van Beethoven, Symphonies N° 3 "Eroica" et N° 5
Philharmonie de Paris
Que d'élégance, que de douceur. Magique.
Le Concert des Nations, Jordy Savall
Ludwig van Beethoven, Symphonies N° 3 "Eroica" et N° 5
Philharmonie de Paris
Que d'élégance, que de douceur. Magique.
[Concert] Elisabeth Leonskaja, Orchestre National du Capitole de Toulouse, Tugan Sokhiev @ Philharmonie de Paris
- 11 juin 2019
Elisabeth Leonskaja, Orchestre National du Capitole de Toulouse, Tugan Sokhiev
Alexandre Borodine, Dans les steppes d'Asie Centrale - Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 4 - Modeste Moussorgski, Tableaux d'une exposition
Philharmonie de Paris
Ce qu'il y a de merveilleux, c'est lorsque madame Elisabeth Leonskaja, après avoir reçu un bouquet de roses (dans le ton de la soirée, assez modeste), décroche une rose du bouquet pour l'offrir au premier violon, en garde une deuxième pour elle, et dépose le reste du bouquet sur le piano, tourné en direction du public. Il y autant d'humilité que de noblesse dans ce geste. J'y vois beaucoup d'humanité - au sens communiste du terme : généreuse, partageuse, altruiste, presque altérophile (néologisme un peu lourd).
Bien joli concert (programme de choix), interprété avec beaucoup d'élégance, et une vraie dose de raffinement dans les Tableaux, par l'Orchestre du Capitole. Un Concerto qui ne transporte pas, mais qui charme vraiment. Du rythme mais sans outrance, la légèreté de Leonskaja soulignée par ses petits jeux sur les tempos, mention spéciale au haut-bois, remarquable, au contraire des flutes et des cors, pas au niveau. Quant à Borodine et sa somptueuse marche quelque-part entre ici et Samarcande pour débuter le programme, c'était parfait !
DK, en rentrant.
Elisabeth Leonskaja, Orchestre National du Capitole de Toulouse, Tugan Sokhiev
Alexandre Borodine, Dans les steppes d'Asie Centrale - Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 4 - Modeste Moussorgski, Tableaux d'une exposition
Philharmonie de Paris
Ce qu'il y a de merveilleux, c'est lorsque madame Elisabeth Leonskaja, après avoir reçu un bouquet de roses (dans le ton de la soirée, assez modeste), décroche une rose du bouquet pour l'offrir au premier violon, en garde une deuxième pour elle, et dépose le reste du bouquet sur le piano, tourné en direction du public. Il y autant d'humilité que de noblesse dans ce geste. J'y vois beaucoup d'humanité - au sens communiste du terme : généreuse, partageuse, altruiste, presque altérophile (néologisme un peu lourd).
Bien joli concert (programme de choix), interprété avec beaucoup d'élégance, et une vraie dose de raffinement dans les Tableaux, par l'Orchestre du Capitole. Un Concerto qui ne transporte pas, mais qui charme vraiment. Du rythme mais sans outrance, la légèreté de Leonskaja soulignée par ses petits jeux sur les tempos, mention spéciale au haut-bois, remarquable, au contraire des flutes et des cors, pas au niveau. Quant à Borodine et sa somptueuse marche quelque-part entre ici et Samarcande pour débuter le programme, c'était parfait !
DK, en rentrant.
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[Concert] Les Dissonances @ Philharmonie de Paris
- 9 avril 2019
Les Dissonances, David Grimal
Igor Stravinski, Concerto pour violon - Dmitri Chostakovitch, Symphonie N° 11 "L'année 1905"
Philharmonie de Paris
Inoubliable symphonie ! Brillant bis après le concerto (Stravinski, faut s'appeler Léo pour en être dingue, non ?). Un superbe concert. Gâché...
L'horreur absolue : des ultrasons tout le long du concert, insupportables pendant le concerto. Probablement liés à la retransmission vidéo, disponible ici. Honteux.
DK, qui ne DKolère pas.
Les Dissonances, David Grimal
Igor Stravinski, Concerto pour violon - Dmitri Chostakovitch, Symphonie N° 11 "L'année 1905"
Philharmonie de Paris
Inoubliable symphonie ! Brillant bis après le concerto (Stravinski, faut s'appeler Léo pour en être dingue, non ?). Un superbe concert. Gâché...
L'horreur absolue : des ultrasons tout le long du concert, insupportables pendant le concerto. Probablement liés à la retransmission vidéo, disponible ici. Honteux.
DK, qui ne DKolère pas.
[Concert] Khatia Buniatishvili @ Philharmonie de Paris
- 25 mars 2019
Khatia Buniatishvili
Franz Schubert, Sonate D960 - Franz Schubert / Franz Liszt, Ständchen, Gretchen am Spinnrade, Erlkönig - Franz Liszt, Etude d'exécution transcendante N° 4 "Mazeppa", Rhapsodie hongroise N° 6
Philharmonie de Paris
Khatia flamboie !
DK, souvenir palpable (désolé)
Khatia Buniatishvili
Franz Schubert, Sonate D960 - Franz Schubert / Franz Liszt, Ständchen, Gretchen am Spinnrade, Erlkönig - Franz Liszt, Etude d'exécution transcendante N° 4 "Mazeppa", Rhapsodie hongroise N° 6
Philharmonie de Paris
Khatia flamboie !
DK, souvenir palpable (désolé)
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[Concert] Maurizio Pollini @ Philharmonie de Paris
- 26 février 2019
Maurizio Pollini
Frédéric Chopin, Nocturne Op. 62 N° 1 et 2, Polonaise Op. 44, Mazurka Op. 59 N° 3, Berceuse Op. 57, Scherzo Op. 39 - Claude Debussy, Préludes (livre I)
Philharmonie de Paris
Maurizio Pollini : le charme divin - si l'on accepte que rien n'est divin que le coeur des hommes et des femmes.
DK, pas si loin dans le souvenir...
Maurizio Pollini
Frédéric Chopin, Nocturne Op. 62 N° 1 et 2, Polonaise Op. 44, Mazurka Op. 59 N° 3, Berceuse Op. 57, Scherzo Op. 39 - Claude Debussy, Préludes (livre I)
Philharmonie de Paris
Maurizio Pollini : le charme divin - si l'on accepte que rien n'est divin que le coeur des hommes et des femmes.
DK, pas si loin dans le souvenir...
[Concert] Nelson Goerner, Orchestre de Paris, Paavo Järvi @ Philharmonie de Paris
- 23 janvier 2019
Nelson Goerner (suppléant Radu Lupu), Orchestre de Paris, Paavo Järvi
Franz Liszt, Mephisto-walzer - Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 4 - Alexandre Scriabine, Symphoie N° 2
Philharmonie de Paris
(chronique riche et très littéraire à suivre ->) C'était un peu la cata' quand même, hein ?!
DK, fort longtemps après (faut dire)
Nelson Goerner (suppléant Radu Lupu), Orchestre de Paris, Paavo Järvi
Franz Liszt, Mephisto-walzer - Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 4 - Alexandre Scriabine, Symphoie N° 2
Philharmonie de Paris
(chronique riche et très littéraire à suivre ->) C'était un peu la cata' quand même, hein ?!
DK, fort longtemps après (faut dire)
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[Concert] Cédric Tiberghien, Orchestre National d'Ile de France, Enrique Mazzola @ Philharmonie de Paris
- 16 octobre 2018
Cédric Tiberghien, Orchestre National d'Ile de France, Enrique Mazzola
Gioacchino Rossini, Guillaume Tell (ouverture) - Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 3 et Symphonie N° 5
Philharmonie de Paris
cette chronique sera menée sur le même tempo que celui sur lequel fut joué ce Concerto 3 de Ludovic de Bonn. Sensibilité qui vire à la niaiserie, aucune originalité dans les moments seuls, guère peu de consistance dans tout ça. Soirée à oublier.
DK, le 17 octobre 2018
Cédric Tiberghien, Orchestre National d'Ile de France, Enrique Mazzola
Gioacchino Rossini, Guillaume Tell (ouverture) - Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 3 et Symphonie N° 5
Philharmonie de Paris
cette chronique sera menée sur le même tempo que celui sur lequel fut joué ce Concerto 3 de Ludovic de Bonn. Sensibilité qui vire à la niaiserie, aucune originalité dans les moments seuls, guère peu de consistance dans tout ça. Soirée à oublier.
DK, le 17 octobre 2018
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[Concert] Ian Bostridge, Daniel Harding, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris
- 10 octobre 2018
Ian Bostridge, Daniel Harding, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris
Jean-Philippe Rameau, Hippolyte et Aricie, suite orchestrale - Benjamin Britten, Les Illuminations - Félix Mendelssohn, Symphonie N° 5 "Réformation"
Philharmonie de Paris
Tandis que Julien gazouille ceci : "La musique planante de Britten illumine la rudesse rustique et écorchée des vers de Rimbaud dans une interprétation émouvante de Ian Bostridge avec Daniel Harding et l'Orchestre de Paris à la Philharmonie de Paris", je serai pour ma part moins politique. Pas le concert de l'année - mais comment "passer après" Mahler par le Boston ? -, mais une soirée largement sauvée par le plaisir de retrouver DJ Harding, en pleine forme, et celui d'entendre du Rimbaud, à travers la voix remarquable de Ian Bostridge.
Pas le programme le plus alléchant, c'est vrai. Même si deux des trois oeuvres sont assez récentes, le ton est au baroque, avec une suite pour orchestre de Jean-Philippe Rameau, une pièce vocale de Benjamin Britten aux accents d'oratorio, et une symphonie de Félix Mendelssohn rendant hommage à Bach... Etait-ce la meilleure chose à faire pour honorer la mémoire du Jean-Seb de Leipzig ? C'est lourd, c'est ampoulé, ça ressemble à un pogoteur qui se met au menuet. Guère surpris de lire dans le livret du concert que c'est une oeuvre que Mendelssohn délaissa.
Et alors, pour ne rien arranger, encore une prestation bien peu enthousiasmante de l'Orchestre de Paris. Toujours ce cruel manque de nuance, quel dommage. Et Philippe Aïche au Premier violon... Qu'est-ce que ça grince ! C'est dur à dire, mais avec ce genre de prestation, on comprend aisément pourquoi DJ Harding n'a pas souhaité renouveler son contrat de directeur musical. Il quittera ses fonctions à la fin de la saison. On le regrette déjà !
Restera tout de même la magnifique émotion transmise par la voix de Ian Bostridge, qui, en effet, avec beaucoup de retenue et d'élégance, a illuminé les Illuminations.
DK, le 11 octobre 2018
Ian Bostridge, Daniel Harding, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris
Jean-Philippe Rameau, Hippolyte et Aricie, suite orchestrale - Benjamin Britten, Les Illuminations - Félix Mendelssohn, Symphonie N° 5 "Réformation"
Philharmonie de Paris
Tandis que Julien gazouille ceci : "La musique planante de Britten illumine la rudesse rustique et écorchée des vers de Rimbaud dans une interprétation émouvante de Ian Bostridge avec Daniel Harding et l'Orchestre de Paris à la Philharmonie de Paris", je serai pour ma part moins politique. Pas le concert de l'année - mais comment "passer après" Mahler par le Boston ? -, mais une soirée largement sauvée par le plaisir de retrouver DJ Harding, en pleine forme, et celui d'entendre du Rimbaud, à travers la voix remarquable de Ian Bostridge.
Pas le programme le plus alléchant, c'est vrai. Même si deux des trois oeuvres sont assez récentes, le ton est au baroque, avec une suite pour orchestre de Jean-Philippe Rameau, une pièce vocale de Benjamin Britten aux accents d'oratorio, et une symphonie de Félix Mendelssohn rendant hommage à Bach... Etait-ce la meilleure chose à faire pour honorer la mémoire du Jean-Seb de Leipzig ? C'est lourd, c'est ampoulé, ça ressemble à un pogoteur qui se met au menuet. Guère surpris de lire dans le livret du concert que c'est une oeuvre que Mendelssohn délaissa.
Et alors, pour ne rien arranger, encore une prestation bien peu enthousiasmante de l'Orchestre de Paris. Toujours ce cruel manque de nuance, quel dommage. Et Philippe Aïche au Premier violon... Qu'est-ce que ça grince ! C'est dur à dire, mais avec ce genre de prestation, on comprend aisément pourquoi DJ Harding n'a pas souhaité renouveler son contrat de directeur musical. Il quittera ses fonctions à la fin de la saison. On le regrette déjà !
Restera tout de même la magnifique émotion transmise par la voix de Ian Bostridge, qui, en effet, avec beaucoup de retenue et d'élégance, a illuminé les Illuminations.
DK, le 11 octobre 2018
[Concert] Boston Symphony Orchestra, Andris Nelsons @ Philharmonie de Paris
- 15 septembre 2018Boston Symphony Orchestra (dir.: Andris Nelsons), Maitrise de Radio France, Choeur des femmes de Radio France, Susan Graham
Gustav Mahler, Symphonie N° 3
Philharmonie de Paris
"Une fois encore, je ne gagnerai pas un sous avec ma Troisième Symphonie car les gens ne comprendront rien et ne voudront rien savoir de cette gaieté. Elle plane au-dessus du monde de combat et de douleur de la Première et de la Deuxième et ne peut être conçue que comme leur résultat." - Gustav Mahler
Samedi soir, je découvrais, de la meilleure façon qui soit, en vivant, la Symphonie N° 3 de Gustav Mahler. Eh bien, savez-vous ce que j'ai fait aussitôt rentré chez moi ? J'ai écouté une nouvelle fois la Symphonie N° 3 de Gustav Mahler. J'ai tenté ainsi d'en avoir le coeur, et de trancher une question qui s'était agrippé à moi dans les dernières mesures de l'oeuvre : cette Symphonie N° 3 de Gustav Mahler ne serait-elle pas la plus belle oeuvre musicale que je connaisse ? Peut-être pas. Mais pas loin.
Selon les mots de son auteur, le récit de cette symphonie ("Le fait que je l’appelle Symphonie ne signifie pas grand-chose car elle n’a rien de commun avec la forme habituelle. Le terme symphonie veut dire pour moi : construire un monde avec tous les moyens techniques existants.", G. Mahler) est Le songe d'un matin d'été.
Si une gaieté revendiquée va bel et bien habiter une large part de l'oeuvre, tout particulièrement en son Premier mouvement (trente minutes, un continent entier), c'est sur une marche pleine de gravité, entonnée par les cors, que Mahler nous fait entrer dans ce troisième monde. Il intitule cette introduction L'éveil de Pan, dieu de la nature et des troupeaux chez les Grecs. Henry-Louis de la Grange, "the" référence niveau Mahler, décrit ces premières mesures comme un "portail monumental".
Mais très vite, un changement de ton complet nous surprend. Tout en légèreté, d'un pas plein d'entrain, l'orchestre s'élance, et nous entraine dans le sillage du cortège de Bacchus. Aussitôt, l'été nous submerge. C'est foisonnant de mélodies simples, joyeuses, populaires, c'est d'une densité étourdissante, c'est d'une richesse remarquable, c'est chantant, c'est dansant. Même les accents parfois militaires n'y font rien. Cet incroyable Premier mouvement est un prodigieux tourbillon de grâce. Il va me falloir du temps pour m'en remettre.
Après cette bouleversante première partie, c'est aux pensées que lui content tour à tour les fleurs des champs, les animaux de la forêt, l'homme, les anges, et enfin l'amour, que Mahler va donner musique. Parmi ces cinq mouvements, celui dédié aux animaux de la forêt (3è mouv.) est un autre moment de splendeur rare. Ils sont là, ces animaux, devant nous, ou tout près, tant nous les entendons distinctement. Et ils nous charment, ils nous amusent, ils nous enjouent.
Magie pure, lorsque, du lointain (mettre un musicien en retrait de l'orchestre, un effet dont semble friand Mahler, puisque déjà utilisé lors de la Première - on s'en souvient, hein Frédo ?), nous parvient ce qui ressemble à un brame de cerf, incarné par un cuivre (le cor de postillon... faut le savoir... faut le connaitre déjà...) placé en arrière de la salle. La merveilleuse acoustique de la salle Pierre Boulez permet à son long solo d'exprimer toute sa solennité. La salle est littéralement happée. Un moment d'une beauté rare.
Les fleurs de champs (2ème mouv.) inspireront à Mahler une sorte de valse, énergique sur ses dernières mesures. Pour l'homme (4è mouv.), il fera chanter les mots de Nietzsche par une voix féminine, pour quelques instants d'une extrême gravité. Tranchant terriblement avec le mouvement suivant, celui des Anges (5è mouv.), oratorio entonné par une chorale de voix féminines et d'enfants. Quant à l'amour (6è mouv.), il permet au programme de s'achever sur une touche de douceur, inouie.
Il faut dire que si l'émotion de cette oeuvre nous parvint pleinement, c'est que l'interprétation livrée par le Boston Symphony, Andris Nelsons et les autres, fut absolument magistrale. Tout, y compris les petites imperfections ici ou là (un peu de fausseté de la premier violon dans le premier mouvement, les attaques de certains cuivres, y compris du cor de postillon, pas irréprochables non plus), semblait dédié à un seul parti-pris : l'émotion. Message parfaitement reçu par une salle conquise, et qui salua longuement et chaleureusement les musiciens.
Alors, s'il faut répondre à la question posée au début de cet article, la réponse est non. Il ne s'agit pas de la plus belle oeuvre musicale que je connaisse. D'abord, la religiosité du propos m'empêcherait de la placer devant L'imaginaire de Léo Ferré, par exemple. Ensuite, parce qu'il n'y a rien à faire, je ne m'entends pas bien avec le lyrique, et moins encore les voix de femmes. Mais cette Symphonie N° 3 de Mahler est définitivement une merveille absolue. Aussi gaie soit-elle.
DK, le 17 septembre 2018
BOULEZ ENSEMBLE ~ Daniel Barenboim @Philharmonie de Paris
Webern/ Schumann / Boulez
Daniel Barenboim à la baguette et au piano pour ce concert placé sous l égide de Boulez avec sur Incises qui s'avère une pièce dynamique et rythmée, complexe comme l' explique Barenboim avant de nous proposer en supplément de programme et en introduction la pièce Incises pour piano seul. Avec ses trois pôles de percussions, harpes et pianos sur Incises est une agréable surprise que la salle presque pleine a salué avec justesse.
Mais c' est l enchanteur Quintette pour piano et cordes n°44 de R. Schumann et son deuxième mouvement in modo d'una marcia très habilement interprété qui m'a transporté et baigné dans une sérénité rare. La musique s' impose comme une magistrale source d'apaisement... provisoire mais intense.
Retour en solitaire à la philharmonie de Paris donc, avant je l'espere de nombreux duos avec Davou cette saison!
F. Bons
Daniel Barenboim à la baguette et au piano pour ce concert placé sous l égide de Boulez avec sur Incises qui s'avère une pièce dynamique et rythmée, complexe comme l' explique Barenboim avant de nous proposer en supplément de programme et en introduction la pièce Incises pour piano seul. Avec ses trois pôles de percussions, harpes et pianos sur Incises est une agréable surprise que la salle presque pleine a salué avec justesse.
Mais c' est l enchanteur Quintette pour piano et cordes n°44 de R. Schumann et son deuxième mouvement in modo d'una marcia très habilement interprété qui m'a transporté et baigné dans une sérénité rare. La musique s' impose comme une magistrale source d'apaisement... provisoire mais intense.
Retour en solitaire à la philharmonie de Paris donc, avant je l'espere de nombreux duos avec Davou cette saison!
F. Bons
[Concert] Emmanuel Ax, Yo-Yo Ma, Leonidas Kavakos @ Philharmonie de Paris
- 7 septembre 2018
Emmanuel Ax, Yo-Yo Ma, Leonidas Kavakos
Johannes Brahms, Trios pour piano et cordes No 2 (Op.87), No 3 (Op.101) et No 1 (Op. 8)
Philharmonie de Paris
Julien a raison. Débuter la saison avec un concert de musique de chambre, c'est une façon délicate de se replonger dans le bain. Avec une affiche somptueuse, c'est encore mieux ! Emmanuel Ax, Yo-Yo Ma, Leonidas Kavakos, trois solistes de renom réunis pour jouer les trois Trios de Brahms, un programme alléchant qui a tenu toutes ses promesses.
Ce n'est pas la première fois que nous avions le plaisir d'entendre en ces lieux ces trois oeuvres, l'ami de quarante ans et moi. Données il y a un peu plus de deux ans, je les avais découvertes alors, et avais immanquablement succombé à leur charme, avec une préférence pour le Premier. Kavakos était déjà de la partie. Et le décalage entre son coup d'archet assez lourd, ses sonorités puissantes, et le jeu tout en délicatesse de ses deux acolytes d'alors, Lugansky et Capuçon le jeune, m'avait posé problème.
Associé à Ax, dont je connais et apprécie la fermeté du toucher, et au renommé Yo-Yo Ma, cela pouvait tout de même donner quelque chose de pas mal du tout. Et ce fut le cas. Première oeuvre jouée, le Deuxième Trio, un seul mot pour définir cette interprétation : perfection. Époustouflants sur le plan technique, d'une justesse incroyable sur le plan de l'émotion, équilibre complet entre chacun des trois instruments. Moment de grâce absolue - une spectatrice n'a pu contenir son désir d'applaudir à la fin du deuxième mouvement, le lent, pour le plus grand plaisir des artistes.
Le Troisième Trio, deuxième oeuvre de la soirée, va forcément souffrir un peu de la comparaison avec ce qui vient d'arriver. Peut-être un peu de fatigue. C'est très beau, mais la magie n'opère pas de la même manière. Après l'entracte, vient enfin le Premier Trio, bel et bien mon préféré. Si j'avais les compétences pour le faire, je vous dirais volontiers que, si le Troisième est vraiment le plus Brahmsien des trois, les accents Schumanniens du Premier sont sans doute ce qui me le rend charmant.
S'il n'atteindra pas la grâce quasi absolue touchée lors du Deuxième - le premier, quoi -, le trio retrouve sa pleine puissance, et nous éblouit. Le concert s'achève sur un Schubert en bis et une salle conquise, pour moitié debout.
*
Emmanuel Ax, Yo-Yo Ma, Leonidas Kavakos
Johannes Brahms, Trios pour piano et cordes No 2 (Op.87), No 3 (Op.101) et No 1 (Op. 8)
Philharmonie de Paris
Julien a raison. Débuter la saison avec un concert de musique de chambre, c'est une façon délicate de se replonger dans le bain. Avec une affiche somptueuse, c'est encore mieux ! Emmanuel Ax, Yo-Yo Ma, Leonidas Kavakos, trois solistes de renom réunis pour jouer les trois Trios de Brahms, un programme alléchant qui a tenu toutes ses promesses.
Ce n'est pas la première fois que nous avions le plaisir d'entendre en ces lieux ces trois oeuvres, l'ami de quarante ans et moi. Données il y a un peu plus de deux ans, je les avais découvertes alors, et avais immanquablement succombé à leur charme, avec une préférence pour le Premier. Kavakos était déjà de la partie. Et le décalage entre son coup d'archet assez lourd, ses sonorités puissantes, et le jeu tout en délicatesse de ses deux acolytes d'alors, Lugansky et Capuçon le jeune, m'avait posé problème.
Associé à Ax, dont je connais et apprécie la fermeté du toucher, et au renommé Yo-Yo Ma, cela pouvait tout de même donner quelque chose de pas mal du tout. Et ce fut le cas. Première oeuvre jouée, le Deuxième Trio, un seul mot pour définir cette interprétation : perfection. Époustouflants sur le plan technique, d'une justesse incroyable sur le plan de l'émotion, équilibre complet entre chacun des trois instruments. Moment de grâce absolue - une spectatrice n'a pu contenir son désir d'applaudir à la fin du deuxième mouvement, le lent, pour le plus grand plaisir des artistes.
Le Troisième Trio, deuxième oeuvre de la soirée, va forcément souffrir un peu de la comparaison avec ce qui vient d'arriver. Peut-être un peu de fatigue. C'est très beau, mais la magie n'opère pas de la même manière. Après l'entracte, vient enfin le Premier Trio, bel et bien mon préféré. Si j'avais les compétences pour le faire, je vous dirais volontiers que, si le Troisième est vraiment le plus Brahmsien des trois, les accents Schumanniens du Premier sont sans doute ce qui me le rend charmant.
S'il n'atteindra pas la grâce quasi absolue touchée lors du Deuxième - le premier, quoi -, le trio retrouve sa pleine puissance, et nous éblouit. Le concert s'achève sur un Schubert en bis et une salle conquise, pour moitié debout.
*
Petit plaisir en sus, le changement d'annonce d'avant concert, avec une amorce d'une efficacité redoutable (pas de spoiler ici), et la suppression de l'accent US ridicule sur "Philharmonie de Paris" pendant l'annonce en anglais américain. Pas plus emballé que ça par le programme de la saison 2018/19, mais si les quelques rendez-vous pris sont de la même facture, on va se régaler. Manquerait plus que Frédo revienne...
DK, le 8 septembre 2018
[Concert] Andras Schiff, David Zinman, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris
- 23 mai 2018
Andras Schiff, David Zinman, Orchestre de Paris
Arthur Honegger, Symphonie N° 2 - Charles Koechlin, Le livre de la jungle (les Bandar-Log) - Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 4
Philharmonie de Paris
La première partie, ne m'en voulez pas mais nous passerons rapidement (même si la Symphonie de Honegger, oeuvre pour les seules cordes à l'exception de quelques mesures de trompette, mérite d'être réécoutée)... C'est pour mon concerto préféré de Ludovic de Bonn que j'étais à la Philhar' l'autre soir. Et c'est comme tapis dans l'ombre que j'étais entré dans la salle. Prêt à pester contre son incapacité à faire quelque chose de qualité avec les oeuvres auxquelles il s'attaque, à rager un "ah, l'Orchestre de l'Opéra, c'est autre chose !" tout en mauvaise foi (bien entendu), à dire les pires horreurs au sujet de l'Orchestre de Paris. Bien vite, le bougon a compris qu'il devrait rester dans l'ombre. Car c'est un très beau concerto que nous ont donnés Andras Schiff et notre régional de l'étape.
Dès les premières mesures, on est dans le ton. La légèreté, surtout. Parfois pataud (comme lors de la première partie, par exemple), l'orchestre semble cette fois touché par la grâce. Les attaques sont justes, les enchainements pleins de douceur, c'est un régal. Même le violon de Philippe Aiche enchante. Une mention toute particulière aux cors, d'une précision redoutable. Les esprits chagrins pourront peut-être lui trouver un manque de fantaisie. Pour ma part, cette interprétation m'a réconciliée avec l'Orchestre de Paris.
A ses côtés, Andras Schiff va faire bien plus que suppléer la défection (assez mystérieuse) de Maria Joao Pires. Parfois un peu lourd dans son exécution (qui ne l'est pas pour celui qui a la version de Pollini pour référence ?), c'est dans son moment seul qu'il va me ravir. S'amusant avec les airs de ce premier mouvement, répétés avec une gravité très Beethovenienne, déclinés dans une succession d'envolées mélodiques aux expressions Mozartiennes, avant de s'évanouir dans une sorte de torpeur toute en intériorité... Superbe ! - franc succès et deux bis à la clé.
Mettez de côté le mouvement de moulinet incessant des bras du chef Zinman... C'était une belle soirée, LvB à l'honneur !
DK, le 28 mai 2018
Andras Schiff, David Zinman, Orchestre de Paris
Arthur Honegger, Symphonie N° 2 - Charles Koechlin, Le livre de la jungle (les Bandar-Log) - Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 4
Philharmonie de Paris
La première partie, ne m'en voulez pas mais nous passerons rapidement (même si la Symphonie de Honegger, oeuvre pour les seules cordes à l'exception de quelques mesures de trompette, mérite d'être réécoutée)... C'est pour mon concerto préféré de Ludovic de Bonn que j'étais à la Philhar' l'autre soir. Et c'est comme tapis dans l'ombre que j'étais entré dans la salle. Prêt à pester contre son incapacité à faire quelque chose de qualité avec les oeuvres auxquelles il s'attaque, à rager un "ah, l'Orchestre de l'Opéra, c'est autre chose !" tout en mauvaise foi (bien entendu), à dire les pires horreurs au sujet de l'Orchestre de Paris. Bien vite, le bougon a compris qu'il devrait rester dans l'ombre. Car c'est un très beau concerto que nous ont donnés Andras Schiff et notre régional de l'étape.
Dès les premières mesures, on est dans le ton. La légèreté, surtout. Parfois pataud (comme lors de la première partie, par exemple), l'orchestre semble cette fois touché par la grâce. Les attaques sont justes, les enchainements pleins de douceur, c'est un régal. Même le violon de Philippe Aiche enchante. Une mention toute particulière aux cors, d'une précision redoutable. Les esprits chagrins pourront peut-être lui trouver un manque de fantaisie. Pour ma part, cette interprétation m'a réconciliée avec l'Orchestre de Paris.
A ses côtés, Andras Schiff va faire bien plus que suppléer la défection (assez mystérieuse) de Maria Joao Pires. Parfois un peu lourd dans son exécution (qui ne l'est pas pour celui qui a la version de Pollini pour référence ?), c'est dans son moment seul qu'il va me ravir. S'amusant avec les airs de ce premier mouvement, répétés avec une gravité très Beethovenienne, déclinés dans une succession d'envolées mélodiques aux expressions Mozartiennes, avant de s'évanouir dans une sorte de torpeur toute en intériorité... Superbe ! - franc succès et deux bis à la clé.
Mettez de côté le mouvement de moulinet incessant des bras du chef Zinman... C'était une belle soirée, LvB à l'honneur !
DK, le 28 mai 2018
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[Concert] Philippe Jordan, Orchestre de l'Opéra national de Paris @ Philharmonie de Paris
- 15 mai 2018
Philippe Jordan, Orchestre de l'Opéra national de Paris
Piotr Ilitch Tchaikovski, Symphonies N° 3 et 6
Philharmonie de Paris
Quelle clarté, quelle précision, quelle énergie, quelle douceur ! Brillant !
Philippe Jordan, Orchestre de l'Opéra national de Paris
Piotr Ilitch Tchaikovski, Symphonies N° 3 et 6
Philharmonie de Paris
Quelle clarté, quelle précision, quelle énergie, quelle douceur ! Brillant !
[Concert] Lars Vogt, Daniel Harding, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris
- 9 mai 2018
Lars Vogt, Daniel Harding, Orchestre de Paris
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 3 - Johannes Brahms, Symphonie N° 3
Philharmonie de Paris
Madame Maria Joao Pires ayant suspendu sa carrière, c'est à Lars Vogt que revenait la tâche d'accompagner DJ Harding et l'Orchestre de Paris pour une soirée sous le signe du 3 : troisième concerto pour piano de Ludovic de Bonn, troisième symphonie de Johannes (Aimez-vous...) Brahms. Une bien belle soirée, de très beaux moments, d'autres moins emballants, qui, au final, l'emporteraient s'il n'y avait le plaisir inaltérable d'écouter de la musique, et deux superbes oeuvres dans une salle fabuleuse. De ses prémices au romantisme le plus abouti...
Au rayon des (très) belles surprises, le premier mouvement du Concerto. Dès les premières notes se sent la volonté de DJ Harding d'insuffler une vraie énergie à cette oeuvre. La cadence est vive, un brin déstabilisante. Et si Lars Vogt joue le jeu, malgré des premières notes manquant un peu de délié, c'est l'Orchestre de Paris qui a du mal, et qui se traine. Les cordes sont presque fades, les vents roulent au diesel, seuls les cuivres proposent de belles couleurs.
C'est de la partie seule de Lars Vogt que va venir le ravissement. Il se sert de l'énergie impulsée depuis le début pour une attaque très ferme, pleine, chantante. Puis, sans que l'on ne s'en rende compte, s'installe une légèreté sans cesse contrariée, très Debussienne. La surprise est complète, complètement enthousiasmante. Ce sera le moment de grâce de la soirée - avec le Rondo peut-être, auquel Vogt donnera les mêmes accents...
Dans la deuxième partie, on s'ennuierait presque s'il ne s'agissait pas d'une oeuvre exprimant de splendides émotions. Le décalage entre la volonté de DJ Harding et ce que lui rend l'Orchestre est à certains moments quasi palpable. Et l'on ne sait finalement pour qui avoir de la peine : celui qui voudrait nous émerveiller ou ceux qui ne parviennent pas à suivre.
Tout cela ne nous empêchera pas de profiter du plaisir d'un bis, d'encore un peu de DJ Harding...
DK, le 13 mai 2018
Lars Vogt, Daniel Harding, Orchestre de Paris
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 3 - Johannes Brahms, Symphonie N° 3
Philharmonie de Paris
Madame Maria Joao Pires ayant suspendu sa carrière, c'est à Lars Vogt que revenait la tâche d'accompagner DJ Harding et l'Orchestre de Paris pour une soirée sous le signe du 3 : troisième concerto pour piano de Ludovic de Bonn, troisième symphonie de Johannes (Aimez-vous...) Brahms. Une bien belle soirée, de très beaux moments, d'autres moins emballants, qui, au final, l'emporteraient s'il n'y avait le plaisir inaltérable d'écouter de la musique, et deux superbes oeuvres dans une salle fabuleuse. De ses prémices au romantisme le plus abouti...
Au rayon des (très) belles surprises, le premier mouvement du Concerto. Dès les premières notes se sent la volonté de DJ Harding d'insuffler une vraie énergie à cette oeuvre. La cadence est vive, un brin déstabilisante. Et si Lars Vogt joue le jeu, malgré des premières notes manquant un peu de délié, c'est l'Orchestre de Paris qui a du mal, et qui se traine. Les cordes sont presque fades, les vents roulent au diesel, seuls les cuivres proposent de belles couleurs.
C'est de la partie seule de Lars Vogt que va venir le ravissement. Il se sert de l'énergie impulsée depuis le début pour une attaque très ferme, pleine, chantante. Puis, sans que l'on ne s'en rende compte, s'installe une légèreté sans cesse contrariée, très Debussienne. La surprise est complète, complètement enthousiasmante. Ce sera le moment de grâce de la soirée - avec le Rondo peut-être, auquel Vogt donnera les mêmes accents...
Dans la deuxième partie, on s'ennuierait presque s'il ne s'agissait pas d'une oeuvre exprimant de splendides émotions. Le décalage entre la volonté de DJ Harding et ce que lui rend l'Orchestre est à certains moments quasi palpable. Et l'on ne sait finalement pour qui avoir de la peine : celui qui voudrait nous émerveiller ou ceux qui ne parviennent pas à suivre.
Tout cela ne nous empêchera pas de profiter du plaisir d'un bis, d'encore un peu de DJ Harding...
DK, le 13 mai 2018
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[Concert] Khatia Buniatishvili @ Philharmonie de Paris
- 6 février 2018
Khatia Buniatishvili
Johannes Brahms, Sonate N° 3 - Piot Ilitch Tchaikovski, Casse noisette - Franz Liszt, Mephisto & Rhapsodie espagnole
Philharmonie de Paris
Parfois, sans que l'on sache vraiment pourquoi, l'industrie musicale - au sens large - propulse au devant de la scène un ou une artiste qu'elle nous présente comme son nouveau joyau. Il ou elle est en général plutôt jeune, sympathique - dans une certaine idée que l'on se fait de la sympathie dans ces milieux -, présente bien, charismatique lors des interviews... Un bon produit, quoi. Si jamais il ou elle est dotée d'un réel talent, ce n'est que mieux. Mais rassurez-vous, dans le cas contraire, cela n'empêchera pas ce monde du marketing d'en faire sa vitrine. Je pourrais citer un ou deux noms dont on entend bien trop parler dans les médias au regard de ce que leur talent donne sur scène, je passe.
Il faudra plus que Khatia Buniatishvili pour me convaincre que c'est sur leur musicalité que se font les réputations des musiciens de nos jours. Je dois néanmoins reconnaitre que c'est une prestation pour le moins convaincante qu'a livrée la pianiste "à la mode" ce soir-là.
Son entrée, d'abord. Vu comme elle maitrise l'exercice, on imagine qu'elle n'est pas dupe, et qu'elle sait bien que c'est tout autant la star médiatique que la pianiste qui est attendue - je pourrais vous raconter les bavardages d'avant-concert autour de moi. Elle entre, salue rapidement tout autour d'elle, s'assied et joue. Qu'importe si les applauses ne sont pas finies, qu'importe si elle n'est pas bien installée (elle rectifiera rapidement son assise tout en jouant), elle semble être là pour le piano, le piano et rien d'autre. (D')entrée appréciable.
Et là, c'est parti ! Tout d'abord la sonate de Brahms (Robert Schumann dit de cette oeuvre qu'elle ressemblait à une symphonie cachée), qui lui permet d'emblée d'étaler toutes les facettes de son jeu. Sa haute technicité, sa vigueur dans les moments les plus amples - l'attaque du premier mouvement -, sa délicatesse dans les nuances - un mouvement lent d'une émotion incroyable. Les intentions sont justes, le toucher est clair, tout est limpide, c'est très beau. Avec Tchaïkovski, elle ajoute une dose de virtuose, histoire de bien scotcher tout le monde. Vingt minutes d'entracte, histoire de reprendre nos esprits.
Et on repart avec Liszt ! Son piano danse, virevolte, nous envoute, la magie opère. Evidemment, le répertoire plus virtuose de cette deuxième partie de programme lui permet des envolées incroyables. Mais on la suit, on ne peut faire autrement. Et quel plaisir !
Alors oui, tout au long de la soirée, son expression corporelle nous charme - et je parle ici moins de son physique tout en sensualité que des élans de sa tête ou de son buste, le mouvement de ses cheveux, et bien évidemment le ballet de ses bras et ses mains. Mais c'est par ce jeu plein d'éclat, de douceur, de conviction, que Khatia nous met tous dans sa poche. Franc succès, amplement mérité. Un très beau concert.
DK, le 14 février 2018
Khatia Buniatishvili
Johannes Brahms, Sonate N° 3 - Piot Ilitch Tchaikovski, Casse noisette - Franz Liszt, Mephisto & Rhapsodie espagnole
Philharmonie de Paris
Parfois, sans que l'on sache vraiment pourquoi, l'industrie musicale - au sens large - propulse au devant de la scène un ou une artiste qu'elle nous présente comme son nouveau joyau. Il ou elle est en général plutôt jeune, sympathique - dans une certaine idée que l'on se fait de la sympathie dans ces milieux -, présente bien, charismatique lors des interviews... Un bon produit, quoi. Si jamais il ou elle est dotée d'un réel talent, ce n'est que mieux. Mais rassurez-vous, dans le cas contraire, cela n'empêchera pas ce monde du marketing d'en faire sa vitrine. Je pourrais citer un ou deux noms dont on entend bien trop parler dans les médias au regard de ce que leur talent donne sur scène, je passe.
Il faudra plus que Khatia Buniatishvili pour me convaincre que c'est sur leur musicalité que se font les réputations des musiciens de nos jours. Je dois néanmoins reconnaitre que c'est une prestation pour le moins convaincante qu'a livrée la pianiste "à la mode" ce soir-là.
Son entrée, d'abord. Vu comme elle maitrise l'exercice, on imagine qu'elle n'est pas dupe, et qu'elle sait bien que c'est tout autant la star médiatique que la pianiste qui est attendue - je pourrais vous raconter les bavardages d'avant-concert autour de moi. Elle entre, salue rapidement tout autour d'elle, s'assied et joue. Qu'importe si les applauses ne sont pas finies, qu'importe si elle n'est pas bien installée (elle rectifiera rapidement son assise tout en jouant), elle semble être là pour le piano, le piano et rien d'autre. (D')entrée appréciable.
Et là, c'est parti ! Tout d'abord la sonate de Brahms (Robert Schumann dit de cette oeuvre qu'elle ressemblait à une symphonie cachée), qui lui permet d'emblée d'étaler toutes les facettes de son jeu. Sa haute technicité, sa vigueur dans les moments les plus amples - l'attaque du premier mouvement -, sa délicatesse dans les nuances - un mouvement lent d'une émotion incroyable. Les intentions sont justes, le toucher est clair, tout est limpide, c'est très beau. Avec Tchaïkovski, elle ajoute une dose de virtuose, histoire de bien scotcher tout le monde. Vingt minutes d'entracte, histoire de reprendre nos esprits.
Et on repart avec Liszt ! Son piano danse, virevolte, nous envoute, la magie opère. Evidemment, le répertoire plus virtuose de cette deuxième partie de programme lui permet des envolées incroyables. Mais on la suit, on ne peut faire autrement. Et quel plaisir !
Alors oui, tout au long de la soirée, son expression corporelle nous charme - et je parle ici moins de son physique tout en sensualité que des élans de sa tête ou de son buste, le mouvement de ses cheveux, et bien évidemment le ballet de ses bras et ses mains. Mais c'est par ce jeu plein d'éclat, de douceur, de conviction, que Khatia nous met tous dans sa poche. Franc succès, amplement mérité. Un très beau concert.
DK, le 14 février 2018
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[Concert] David Grimal, Les Dissonances @ Cité de la musique
- 27 janvier 2018
Les Dissonances, David Grimal
Maurice Ravel, Pavane pour une infante défunte & Alborada del gracioso - Edouard Lalo, Symphonie espagnole - Claude Debussy, Iberia
Cité de la musique
La belle découverte du soir, ce ne fut pas la grâce de Les Dissonances, ensemble musical unique, et pas uniquement parce qu'il se passe de chef - quel bonheur, néanmoins. Ce ne fut pas non plus la virtuosité du coup d'archet de David Grimal, très chantant, plein de caractère, de délicatesse aussi. Non, cette belle découverte, ce fut la Symphonie espagnole de Edouard Lalo - étrangement intitulée, car cette oeuvre ressemble davantage à un long concerto pour violon qu'à une symphonie.
Après une Pavane manquant d'un brin de majestueux, voilà le moment du régal. De superbes harmonies, une savante alternance de moments enjoués, très symphoniques, et d'autres plus mélancoliques, hispanisants. Le charme opère tout au long, jusqu'au (bouquet) final, ce Rondo, moment sublime où la virtuosité du violoniste éclate devant nous. Fabuleux ! David Grimal nous enchante, nous transporte, nous élève vers des champs de grâce merveilleux.
Sur sa lancée, il nous délivre un rappel d'une émotion rare, le premier mouvement, intitulé L'Aurore de la Sonate N° 5 de Ysaye.
Conséquence de cette claque totale, je fus bien incapable de suivre quoique ce soit pendant la deuxième partie du concert. Navré Maurice, navré Claude - il me faudra absolument réécouter cette Iberia.
DK, le 5 février 2018
Merci à l'ensemble Les Dissonances.
Les Dissonances, David Grimal
Maurice Ravel, Pavane pour une infante défunte & Alborada del gracioso - Edouard Lalo, Symphonie espagnole - Claude Debussy, Iberia
Cité de la musique
La belle découverte du soir, ce ne fut pas la grâce de Les Dissonances, ensemble musical unique, et pas uniquement parce qu'il se passe de chef - quel bonheur, néanmoins. Ce ne fut pas non plus la virtuosité du coup d'archet de David Grimal, très chantant, plein de caractère, de délicatesse aussi. Non, cette belle découverte, ce fut la Symphonie espagnole de Edouard Lalo - étrangement intitulée, car cette oeuvre ressemble davantage à un long concerto pour violon qu'à une symphonie.
Après une Pavane manquant d'un brin de majestueux, voilà le moment du régal. De superbes harmonies, une savante alternance de moments enjoués, très symphoniques, et d'autres plus mélancoliques, hispanisants. Le charme opère tout au long, jusqu'au (bouquet) final, ce Rondo, moment sublime où la virtuosité du violoniste éclate devant nous. Fabuleux ! David Grimal nous enchante, nous transporte, nous élève vers des champs de grâce merveilleux.
Sur sa lancée, il nous délivre un rappel d'une émotion rare, le premier mouvement, intitulé L'Aurore de la Sonate N° 5 de Ysaye.
Conséquence de cette claque totale, je fus bien incapable de suivre quoique ce soit pendant la deuxième partie du concert. Navré Maurice, navré Claude - il me faudra absolument réécouter cette Iberia.
DK, le 5 février 2018
Merci à l'ensemble Les Dissonances.
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[Concert] Piotr Anderszewki, Jonathan Nott, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris
- 24 janvier 2018
Piotr Anderszewki, Jonathan Nott, Orchestre de Paris
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 1 - Franz Schubert, Symphonie N° 9
Philharmonie de Paris
Un concert comme un bon vieux repas de famille. Dans le rôle du plat bien traditionnel - mettons, un pot-au-feu -, un concerto de Ludwig et la Grande symphonie de Schubert. Dans le rôle du cousin sympa mais un peu lourd... sympa, hein ?.. mais un peu lourd... l'Orchestre de Paris. Dans le rôle des "nouvelles têtes", trop discrets pour qu'on en sache bien plus à leur sujet en repartant, Piotr Anderszewski au piano et Jonathan Nott à la baguette. Dans le rôle du lieu qu'il est toujours bon de retrouver, la salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris. Soirée sympa, tu ressors content, m'enfin c'était pas non plus l'éclate, quoi.
Le concerto ? Interprétation de qualité, malgré de vraies carences en termes de grâce dans le toucher du pianiste - qui en est pourtant capable, comme son brillant bis (Leos Janacek, Sur un sentier recouvert - livre II) l'a prouvé. La symphonie ? Rythmée mais manquant cruellement d'énergie. Le souvenir de la superbe interprétation donnée par le Gewandhaus et le maestro Blomstedt il y a quelques semaines était encore trop vif dans ma mémoire pour que l'Orchestre de Paris ne souffre de la concurrence. Toujours un peu pareil avec ce dernier : plutôt convaincant dans les moments énergiques, beaucoup moins dans les moments plus calme, et au final bien du mal à maintenir une unité tout au long de l'oeuvre.
Pas la folie, c'est clair, mais une chouette soirée tout de même.
DK, le 30 janvier 2018
Piotr Anderszewki, Jonathan Nott, Orchestre de Paris
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 1 - Franz Schubert, Symphonie N° 9
Philharmonie de Paris
Un concert comme un bon vieux repas de famille. Dans le rôle du plat bien traditionnel - mettons, un pot-au-feu -, un concerto de Ludwig et la Grande symphonie de Schubert. Dans le rôle du cousin sympa mais un peu lourd... sympa, hein ?.. mais un peu lourd... l'Orchestre de Paris. Dans le rôle des "nouvelles têtes", trop discrets pour qu'on en sache bien plus à leur sujet en repartant, Piotr Anderszewski au piano et Jonathan Nott à la baguette. Dans le rôle du lieu qu'il est toujours bon de retrouver, la salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris. Soirée sympa, tu ressors content, m'enfin c'était pas non plus l'éclate, quoi.
Le concerto ? Interprétation de qualité, malgré de vraies carences en termes de grâce dans le toucher du pianiste - qui en est pourtant capable, comme son brillant bis (Leos Janacek, Sur un sentier recouvert - livre II) l'a prouvé. La symphonie ? Rythmée mais manquant cruellement d'énergie. Le souvenir de la superbe interprétation donnée par le Gewandhaus et le maestro Blomstedt il y a quelques semaines était encore trop vif dans ma mémoire pour que l'Orchestre de Paris ne souffre de la concurrence. Toujours un peu pareil avec ce dernier : plutôt convaincant dans les moments énergiques, beaucoup moins dans les moments plus calme, et au final bien du mal à maintenir une unité tout au long de l'oeuvre.
Pas la folie, c'est clair, mais une chouette soirée tout de même.
DK, le 30 janvier 2018
[Concert] Akiko Suwanai, Paavo Jarvi, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris
- 29 novembre 2017
Akiko Suwanai, Paavo Järvi, Orchestre de Paris
Jean Sibelius, Concerto pour violon - Dimitri Chostakovitch, Symphonie N° 7 "Leningrad"
Philharmonie de Paris
Je crois que c'est cuit. Je ne pourrai sans doute plus jamais écouter le Concerto pour violon de Sibelius sans que me remonte comme une chose indépassable ce qu'en fit Maxim Vengerov la saison dernière (voir ici et ici). A ce jeu de l'inévitable comparaison, Janine Jansen, déjà avec Paavo Jarvi, s'en était plutôt bien sortie en mars dernier. Cette fois, avec Akiko Suwanai, ça coince.
Elle aurait pourtant pu bénéficier de l'effet Jarvi. Le retour de "notre" ancien directeur musical, c'est toujours un petit évènement pour nous autres (pas vrai, Frédo ?). Et cela le restera, tant ce qu'il a fait de la Symphonie Leningrad est remarquable - la jouer quelques jours après le centenaire de la Révolution d'Octobre, en soit, c'est à saluer.
A cette oeuvre d'une énergie et d'une intensité incroyables (vu le sujet, il ne peut pas en être autrement), Maestro Jarvi a su donner sa patte, cette volonté d'insuffler douceur et nuances, sans rien trahir de l'intention de l'oeuvre, au contraire, pour la sublimer (la Valse Triste qu'il nous avait accordé en guise de rappel la saison dernière était un modèle du genre). Parfaitement soutenu en cela par un pupitre des bois très en forme, et d'une manière générale un Orchestre de Paris au rendez-vous...
... de cette deuxième partie. Car lui non plus n'a pas particulièrement brillé dans son interprétation du Sibelius. Certes, il n'y est qu'un second rôle, et la partition du soliste éclipse tout le reste. Mais comme la star avait bien du mal à remplir son rôle de star... Pas mal de pains, une aisance technique limitée, quelques jolis moments, mais, à mon goût, un hors-sujet total sur le plan de l'émotion. C'est comme si elle était restée pendant toute l'oeuvre sur la retenue qu'exigent les premières mesures (très joliment interprétées cela dit). Problématique dans les parties poignantes ou incisives. Un rappel, dont on se serait bien passé, un mouvement d'une sonate de Bach sans aucun relief.
Heureusement, Chostakovitch...
DK, le 30 novembre 2017
Akiko Suwanai, Paavo Järvi, Orchestre de Paris
Jean Sibelius, Concerto pour violon - Dimitri Chostakovitch, Symphonie N° 7 "Leningrad"
Philharmonie de Paris
Je crois que c'est cuit. Je ne pourrai sans doute plus jamais écouter le Concerto pour violon de Sibelius sans que me remonte comme une chose indépassable ce qu'en fit Maxim Vengerov la saison dernière (voir ici et ici). A ce jeu de l'inévitable comparaison, Janine Jansen, déjà avec Paavo Jarvi, s'en était plutôt bien sortie en mars dernier. Cette fois, avec Akiko Suwanai, ça coince.
Elle aurait pourtant pu bénéficier de l'effet Jarvi. Le retour de "notre" ancien directeur musical, c'est toujours un petit évènement pour nous autres (pas vrai, Frédo ?). Et cela le restera, tant ce qu'il a fait de la Symphonie Leningrad est remarquable - la jouer quelques jours après le centenaire de la Révolution d'Octobre, en soit, c'est à saluer.
A cette oeuvre d'une énergie et d'une intensité incroyables (vu le sujet, il ne peut pas en être autrement), Maestro Jarvi a su donner sa patte, cette volonté d'insuffler douceur et nuances, sans rien trahir de l'intention de l'oeuvre, au contraire, pour la sublimer (la Valse Triste qu'il nous avait accordé en guise de rappel la saison dernière était un modèle du genre). Parfaitement soutenu en cela par un pupitre des bois très en forme, et d'une manière générale un Orchestre de Paris au rendez-vous...
... de cette deuxième partie. Car lui non plus n'a pas particulièrement brillé dans son interprétation du Sibelius. Certes, il n'y est qu'un second rôle, et la partition du soliste éclipse tout le reste. Mais comme la star avait bien du mal à remplir son rôle de star... Pas mal de pains, une aisance technique limitée, quelques jolis moments, mais, à mon goût, un hors-sujet total sur le plan de l'émotion. C'est comme si elle était restée pendant toute l'oeuvre sur la retenue qu'exigent les premières mesures (très joliment interprétées cela dit). Problématique dans les parties poignantes ou incisives. Un rappel, dont on se serait bien passé, un mouvement d'une sonate de Bach sans aucun relief.
Heureusement, Chostakovitch...
DK, le 30 novembre 2017
[Concert] Murray Perahia, Acamedy of Saint Martin in the Fields @ Philharmonie de Paris
- 6 novembre 2017
Murray Perahia, Acamedy of Saint Martin in the Fields
Ludwig van Beethoven, Romance N° 2, Symphonie N° 1, Concerto pour piano N° 5 "L'Empereur"
Philharmonie de Paris
Peut-être que j'en attendais trop... Murray Perahia et son Academy of Saint Martin in the Fields étaient de retour à Paris pour boucler la boucle, et conclure le cycle des concertos de Ludovic de Bonn entamé lors de la saison passée. Si ses représentations parisiennes m'avaient charmées sans me faire grimper jusqu'à la canopée - nom de la plateforme oblongue située au-dessus de la scène -, ce qu'ils avaient fait du Concerto N° 4 au Barbican de Londres m'avait totalement bouleversé - une chance incroyable d'y être. C'est rattrapé par le souvenir de ce moment magique que je suis entré dans la salle Pierre Boulez. J'avais tort.
D'abord parce que le programme n'était pas le même : un concerto associé à d'autres types d'oeuvres au lieu de deux concertos enchainés. Ensuite, parce que le concerto en question, le 5, n'est vraiment pas mon préféré. Son mouvement lent, majestueux, superbe, bien sûr, mais l'ensemble est un brin trop martial pour moi. Enfin, parce que chaque soir est différent, et que, depuis le cerveau de l'artiste jusqu'aux tripes de celui ou celle qui l'écoute, il y a une somme d'éléments qui font l'alchimie ou qui ne la font pas. Le courant a eu du mal à passer entre le héros de ma saison 2016/17 et moi ce soir. Pas grave, c'était un vrai plaisir de le revoir, et un beau concert.
D'ailleurs, il n'était pas si mal, cet Empereur. Imbibé de grâce, plein de rondeur, comme pour en estomper la dimension militaire. Surprenant dans un premier temps, très agréable en fait. C'est dans le mouvement lent que j'ai décroché. Lent... Très lent... Voire lourd, comme Perahia sur son piano. Non, ça ne l'a pas fait - c'était cuit pour le Rondo aussi, agréable à écouter néanmoins.
Et cette Romance N° 2, pas si mal non plus. Tomo Keller a eu quelques attaques un peu molles, incertaines, au début de l'oeuvre, mais s'est bien détendu par la suite. Très délicat - je dirais bien un peu trop, mais je ne l'ai jamais entendue par personne d'autre que Itzhak Perlman, "deux salles, deux ambiances", du point du vue du coup d'archet... Une belle interprétation, pleine de douceur.
Mais, pour moi - et je crois qu'il en est de même pour Max et Edmée présents ce soir - la belle surprise de la soirée, c'est cette Symphonie N° 1. Pas la plus connue, mais qui gagne à l'être. Beaucoup de légèreté (très Mozartienne), de la vigueur quand il le faut, notamment dans ce Scherzo (3ème mouv., qui est en fait un Menuet, le seul de toute l"oeuvre symphonique de LVB) au rythme tonitruant, ou dans son Finale qui regorge de musique. Le tout interprété par un ensemble cohérent, et qui joue sans chef - notez-le bien car c'est important. Le grand moment de la soirée.
Allez, c'est probablement un bon souvenir qui restera - quand même !
DK, le jour des cent ans de la Révolution d'Octobre
Murray Perahia, Acamedy of Saint Martin in the Fields
Ludwig van Beethoven, Romance N° 2, Symphonie N° 1, Concerto pour piano N° 5 "L'Empereur"
Philharmonie de Paris
Peut-être que j'en attendais trop... Murray Perahia et son Academy of Saint Martin in the Fields étaient de retour à Paris pour boucler la boucle, et conclure le cycle des concertos de Ludovic de Bonn entamé lors de la saison passée. Si ses représentations parisiennes m'avaient charmées sans me faire grimper jusqu'à la canopée - nom de la plateforme oblongue située au-dessus de la scène -, ce qu'ils avaient fait du Concerto N° 4 au Barbican de Londres m'avait totalement bouleversé - une chance incroyable d'y être. C'est rattrapé par le souvenir de ce moment magique que je suis entré dans la salle Pierre Boulez. J'avais tort.
D'abord parce que le programme n'était pas le même : un concerto associé à d'autres types d'oeuvres au lieu de deux concertos enchainés. Ensuite, parce que le concerto en question, le 5, n'est vraiment pas mon préféré. Son mouvement lent, majestueux, superbe, bien sûr, mais l'ensemble est un brin trop martial pour moi. Enfin, parce que chaque soir est différent, et que, depuis le cerveau de l'artiste jusqu'aux tripes de celui ou celle qui l'écoute, il y a une somme d'éléments qui font l'alchimie ou qui ne la font pas. Le courant a eu du mal à passer entre le héros de ma saison 2016/17 et moi ce soir. Pas grave, c'était un vrai plaisir de le revoir, et un beau concert.
D'ailleurs, il n'était pas si mal, cet Empereur. Imbibé de grâce, plein de rondeur, comme pour en estomper la dimension militaire. Surprenant dans un premier temps, très agréable en fait. C'est dans le mouvement lent que j'ai décroché. Lent... Très lent... Voire lourd, comme Perahia sur son piano. Non, ça ne l'a pas fait - c'était cuit pour le Rondo aussi, agréable à écouter néanmoins.
Et cette Romance N° 2, pas si mal non plus. Tomo Keller a eu quelques attaques un peu molles, incertaines, au début de l'oeuvre, mais s'est bien détendu par la suite. Très délicat - je dirais bien un peu trop, mais je ne l'ai jamais entendue par personne d'autre que Itzhak Perlman, "deux salles, deux ambiances", du point du vue du coup d'archet... Une belle interprétation, pleine de douceur.
Mais, pour moi - et je crois qu'il en est de même pour Max et Edmée présents ce soir - la belle surprise de la soirée, c'est cette Symphonie N° 1. Pas la plus connue, mais qui gagne à l'être. Beaucoup de légèreté (très Mozartienne), de la vigueur quand il le faut, notamment dans ce Scherzo (3ème mouv., qui est en fait un Menuet, le seul de toute l"oeuvre symphonique de LVB) au rythme tonitruant, ou dans son Finale qui regorge de musique. Le tout interprété par un ensemble cohérent, et qui joue sans chef - notez-le bien car c'est important. Le grand moment de la soirée.
Allez, c'est probablement un bon souvenir qui restera - quand même !
DK, le jour des cent ans de la Révolution d'Octobre


















