- 27 mai 2017
Paroles gelées (d'après François Rabelais)
Mise en scène : Jean Bellorini
Théâtre Gérard Philipe (TGP) - CDN Saint-Denis
-- ATTENTION ! SPOILER --
C'est vrai que l'absence de comédiens sur scène pendant que les spectateurs s'installent aurait du me mettre la puce à l'oreille. Qu'est-ce que ce début tout à fait normal, et donc tout a fait inhabituel chez Jean Bellorini, pouvait-il bien cacher ?
Le noir se fait. Apparaissent au premier plan trois personnages (était-ce un premier puis les deux autres ?). On comprend assez vite - c'est la seule chose que je suis certain d'avoir comprise - qu'il s'agit des deux principaux protagonistes, Panurge et Pantagruel, accompagnés de celui qui sera le narrateur de l'histoire (le formidable Camille de la Guillonnière).
Ils sont devant un rideau noir. Dans un balai très Bellorinien, leurs paroles se croisent, s'échangent, se superposent. Le rythme de cette présentation nous emporte illico. C'est d'emblée plein de force, de finesse, d'humour, de justesse - cela ne me dérangerait finalement pas que la pièce que nous allons voir se résume à une série d'échanges, sans décor, sans rien d'autre que le mot sublimé.
Mais ces trois personnages s'écartent et le rideau noir tombe. La troupe apparait éparpillée sur cette scène brillante. Tous sont juchés, qui sur un escabeau, qui sur une chaise. Immobiles, ils débutent la narration, accompagnés par la musique savamment distillée d'un bassiste, d'un percussionniste (caisse claire, charleston et deux timbales) et d'un gars aux synthés, tous trois installés en arrière-plan. Un regard pour détailler les différents éléments qui composent la scénographie, toute en clair(<)obscur bien entendu, mais c'est à la parole des comédiens que s'en remet notre attention - d'autant plus que l'ouvreur avait été clair, il nous faudrait faire un effort pour comprendre.
Je vais être franc : je n'ai pas compris grand chose. Mais je me suis laissé charmé, surprendre, ravir par de superbes moments de théâtre. Le deuxième - l'incroyable dialogue (à trois) de présentation étant le premier - est sans conteste celui où l'un des comédiens présents sur cette scène inaugural se décide à bouger, à descendre de son "support", et pose le pied sur cette scène... qui aussitôt semble se dérober sous lui ! Si Lila et moi avions remarqué qu'elle brillait, nous étions à cent lieues d'imaginer qu'elle était une immense étendue d'eau. Le charme des premiers remous nous enchante, instant de grâce incroyable.
Ce qui me restera en premier lieu de ce spectacle, c'est la musique. Quel bonheur ! Elle donne au moment de la parole une résonance inouïe. Ce n'est évidemment pas la première fois que je relève cet élément majeur des mises en scène de Bellorini, mais je n'avais jamais autant senti sa présence. Peut-être l'attention que je n'accordais plus au récit s'est-elle reportée sur elle ?
Il y a les airs, les chansons qu'on attend presque (avec le Cantique de Jean Racine de Gabriel Fauré, qui m'est intimement cher, moment bouleversant ; avec ce crooner improbable qui sort de nulle part pour un Still loving you surjoué et à moitié faux, mémorable !). Il y a ces moments où, non contents de la parole, les comédiens eux-mêmes s'en emparent. Il y a surtout sa présence - qui tient presque de l'omniprésence -, tout au long de la représentation. Et cette énergie, cette profondeur, cette chaleur, qu'elle seule porte... La musique !
Ce que je ne suis pas prêt d'oublier non plus, c'est la prestation de Karyll Elgrichi. A volé en éclat mon souvenir d'une comédienne parfois un peu dans la démonstration, dans la posture. Bien plus convaincante dans Karamasov que dans Tempête sous un crâne, elle a fini de me mettre totalement dans sa poche. Son dialogue avec Panurge, lorsque tous deux parcourent le corps de Pantagruel, le dialogue de deux enfants, plein de spontanéité et de simplicité... Merveilleux ! Et le charme fou de cette scène où, au centre d'une corolle lumineuse, elle est devenue une femme, portant une robe de mariée qui lui est tombée dessus, et qui semble très lourde, très lourde à porter... Bouleversante !
Évidemment, quand tout ou partie du sens de ce qui se déroule vous échappe, certains moments semblent un peu longs. Le fait d'être un peu perdu largement compensé par la beauté incroyable, la drôlerie, l'émotion de certains instants, par la conviction d'une troupe de comédiens remarquables, par ce tout qui fait la patte Bellorini (on attend avec impatience le programme de la saison prochaine). Par le plaisir de passer un chouette moment avec Lila.
PS - T'as manqué, Frédo.
DK, le 3 juin 2018
[Concert] Andras Schiff, David Zinman, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris
- 23 mai 2018
Andras Schiff, David Zinman, Orchestre de Paris
Arthur Honegger, Symphonie N° 2 - Charles Koechlin, Le livre de la jungle (les Bandar-Log) - Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 4
Philharmonie de Paris
La première partie, ne m'en voulez pas mais nous passerons rapidement (même si la Symphonie de Honegger, oeuvre pour les seules cordes à l'exception de quelques mesures de trompette, mérite d'être réécoutée)... C'est pour mon concerto préféré de Ludovic de Bonn que j'étais à la Philhar' l'autre soir. Et c'est comme tapis dans l'ombre que j'étais entré dans la salle. Prêt à pester contre son incapacité à faire quelque chose de qualité avec les oeuvres auxquelles il s'attaque, à rager un "ah, l'Orchestre de l'Opéra, c'est autre chose !" tout en mauvaise foi (bien entendu), à dire les pires horreurs au sujet de l'Orchestre de Paris. Bien vite, le bougon a compris qu'il devrait rester dans l'ombre. Car c'est un très beau concerto que nous ont donnés Andras Schiff et notre régional de l'étape.
Dès les premières mesures, on est dans le ton. La légèreté, surtout. Parfois pataud (comme lors de la première partie, par exemple), l'orchestre semble cette fois touché par la grâce. Les attaques sont justes, les enchainements pleins de douceur, c'est un régal. Même le violon de Philippe Aiche enchante. Une mention toute particulière aux cors, d'une précision redoutable. Les esprits chagrins pourront peut-être lui trouver un manque de fantaisie. Pour ma part, cette interprétation m'a réconciliée avec l'Orchestre de Paris.
A ses côtés, Andras Schiff va faire bien plus que suppléer la défection (assez mystérieuse) de Maria Joao Pires. Parfois un peu lourd dans son exécution (qui ne l'est pas pour celui qui a la version de Pollini pour référence ?), c'est dans son moment seul qu'il va me ravir. S'amusant avec les airs de ce premier mouvement, répétés avec une gravité très Beethovenienne, déclinés dans une succession d'envolées mélodiques aux expressions Mozartiennes, avant de s'évanouir dans une sorte de torpeur toute en intériorité... Superbe ! - franc succès et deux bis à la clé.
Mettez de côté le mouvement de moulinet incessant des bras du chef Zinman... C'était une belle soirée, LvB à l'honneur !
DK, le 28 mai 2018
Andras Schiff, David Zinman, Orchestre de Paris
Arthur Honegger, Symphonie N° 2 - Charles Koechlin, Le livre de la jungle (les Bandar-Log) - Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 4
Philharmonie de Paris
La première partie, ne m'en voulez pas mais nous passerons rapidement (même si la Symphonie de Honegger, oeuvre pour les seules cordes à l'exception de quelques mesures de trompette, mérite d'être réécoutée)... C'est pour mon concerto préféré de Ludovic de Bonn que j'étais à la Philhar' l'autre soir. Et c'est comme tapis dans l'ombre que j'étais entré dans la salle. Prêt à pester contre son incapacité à faire quelque chose de qualité avec les oeuvres auxquelles il s'attaque, à rager un "ah, l'Orchestre de l'Opéra, c'est autre chose !" tout en mauvaise foi (bien entendu), à dire les pires horreurs au sujet de l'Orchestre de Paris. Bien vite, le bougon a compris qu'il devrait rester dans l'ombre. Car c'est un très beau concerto que nous ont donnés Andras Schiff et notre régional de l'étape.
Dès les premières mesures, on est dans le ton. La légèreté, surtout. Parfois pataud (comme lors de la première partie, par exemple), l'orchestre semble cette fois touché par la grâce. Les attaques sont justes, les enchainements pleins de douceur, c'est un régal. Même le violon de Philippe Aiche enchante. Une mention toute particulière aux cors, d'une précision redoutable. Les esprits chagrins pourront peut-être lui trouver un manque de fantaisie. Pour ma part, cette interprétation m'a réconciliée avec l'Orchestre de Paris.
A ses côtés, Andras Schiff va faire bien plus que suppléer la défection (assez mystérieuse) de Maria Joao Pires. Parfois un peu lourd dans son exécution (qui ne l'est pas pour celui qui a la version de Pollini pour référence ?), c'est dans son moment seul qu'il va me ravir. S'amusant avec les airs de ce premier mouvement, répétés avec une gravité très Beethovenienne, déclinés dans une succession d'envolées mélodiques aux expressions Mozartiennes, avant de s'évanouir dans une sorte de torpeur toute en intériorité... Superbe ! - franc succès et deux bis à la clé.
Mettez de côté le mouvement de moulinet incessant des bras du chef Zinman... C'était une belle soirée, LvB à l'honneur !
DK, le 28 mai 2018
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[Concert] Philippe Jordan, Orchestre de l'Opéra national de Paris @ Philharmonie de Paris
- 15 mai 2018
Philippe Jordan, Orchestre de l'Opéra national de Paris
Piotr Ilitch Tchaikovski, Symphonies N° 3 et 6
Philharmonie de Paris
Quelle clarté, quelle précision, quelle énergie, quelle douceur ! Brillant !
Philippe Jordan, Orchestre de l'Opéra national de Paris
Piotr Ilitch Tchaikovski, Symphonies N° 3 et 6
Philharmonie de Paris
Quelle clarté, quelle précision, quelle énergie, quelle douceur ! Brillant !
[Concert] Lars Vogt, Daniel Harding, Orchestre de Paris @ Philharmonie de Paris
- 9 mai 2018
Lars Vogt, Daniel Harding, Orchestre de Paris
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 3 - Johannes Brahms, Symphonie N° 3
Philharmonie de Paris
Madame Maria Joao Pires ayant suspendu sa carrière, c'est à Lars Vogt que revenait la tâche d'accompagner DJ Harding et l'Orchestre de Paris pour une soirée sous le signe du 3 : troisième concerto pour piano de Ludovic de Bonn, troisième symphonie de Johannes (Aimez-vous...) Brahms. Une bien belle soirée, de très beaux moments, d'autres moins emballants, qui, au final, l'emporteraient s'il n'y avait le plaisir inaltérable d'écouter de la musique, et deux superbes oeuvres dans une salle fabuleuse. De ses prémices au romantisme le plus abouti...
Au rayon des (très) belles surprises, le premier mouvement du Concerto. Dès les premières notes se sent la volonté de DJ Harding d'insuffler une vraie énergie à cette oeuvre. La cadence est vive, un brin déstabilisante. Et si Lars Vogt joue le jeu, malgré des premières notes manquant un peu de délié, c'est l'Orchestre de Paris qui a du mal, et qui se traine. Les cordes sont presque fades, les vents roulent au diesel, seuls les cuivres proposent de belles couleurs.
C'est de la partie seule de Lars Vogt que va venir le ravissement. Il se sert de l'énergie impulsée depuis le début pour une attaque très ferme, pleine, chantante. Puis, sans que l'on ne s'en rende compte, s'installe une légèreté sans cesse contrariée, très Debussienne. La surprise est complète, complètement enthousiasmante. Ce sera le moment de grâce de la soirée - avec le Rondo peut-être, auquel Vogt donnera les mêmes accents...
Dans la deuxième partie, on s'ennuierait presque s'il ne s'agissait pas d'une oeuvre exprimant de splendides émotions. Le décalage entre la volonté de DJ Harding et ce que lui rend l'Orchestre est à certains moments quasi palpable. Et l'on ne sait finalement pour qui avoir de la peine : celui qui voudrait nous émerveiller ou ceux qui ne parviennent pas à suivre.
Tout cela ne nous empêchera pas de profiter du plaisir d'un bis, d'encore un peu de DJ Harding...
DK, le 13 mai 2018
Lars Vogt, Daniel Harding, Orchestre de Paris
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 3 - Johannes Brahms, Symphonie N° 3
Philharmonie de Paris
Madame Maria Joao Pires ayant suspendu sa carrière, c'est à Lars Vogt que revenait la tâche d'accompagner DJ Harding et l'Orchestre de Paris pour une soirée sous le signe du 3 : troisième concerto pour piano de Ludovic de Bonn, troisième symphonie de Johannes (Aimez-vous...) Brahms. Une bien belle soirée, de très beaux moments, d'autres moins emballants, qui, au final, l'emporteraient s'il n'y avait le plaisir inaltérable d'écouter de la musique, et deux superbes oeuvres dans une salle fabuleuse. De ses prémices au romantisme le plus abouti...
Au rayon des (très) belles surprises, le premier mouvement du Concerto. Dès les premières notes se sent la volonté de DJ Harding d'insuffler une vraie énergie à cette oeuvre. La cadence est vive, un brin déstabilisante. Et si Lars Vogt joue le jeu, malgré des premières notes manquant un peu de délié, c'est l'Orchestre de Paris qui a du mal, et qui se traine. Les cordes sont presque fades, les vents roulent au diesel, seuls les cuivres proposent de belles couleurs.
C'est de la partie seule de Lars Vogt que va venir le ravissement. Il se sert de l'énergie impulsée depuis le début pour une attaque très ferme, pleine, chantante. Puis, sans que l'on ne s'en rende compte, s'installe une légèreté sans cesse contrariée, très Debussienne. La surprise est complète, complètement enthousiasmante. Ce sera le moment de grâce de la soirée - avec le Rondo peut-être, auquel Vogt donnera les mêmes accents...
Dans la deuxième partie, on s'ennuierait presque s'il ne s'agissait pas d'une oeuvre exprimant de splendides émotions. Le décalage entre la volonté de DJ Harding et ce que lui rend l'Orchestre est à certains moments quasi palpable. Et l'on ne sait finalement pour qui avoir de la peine : celui qui voudrait nous émerveiller ou ceux qui ne parviennent pas à suivre.
Tout cela ne nous empêchera pas de profiter du plaisir d'un bis, d'encore un peu de DJ Harding...
DK, le 13 mai 2018
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[Concert] Anti RubBer brAiN fActOrY @ Studio de l'Ermitage
- 17 avril 2018
Anti RubBer brAiN fActOrY
MArOkAït
Studio de l'Ermitage (Paris 20è)
L'élan de vitalité musicale impulsé l'Anti Rubber Brain Factory de mon ami Yoram Rosilio et de ses compagnons de musique a fait vibrer le studio de l'Ermitage, à l'occasion de la présentation du dernier opus du groupe intitulé Marokaït. Une superbe soirée à la clé.
L'occasion de redire cette banalité, mais bel et bien essentielle : la musique est un art vivant. L'écouter grâce à un CD, un MP3, un vinyl, une bonne vieille cassette (normale ou chrome), c'est déjà un kif. Même dématérialisée par tous les bouts, la musique reste une chose délicieuse. Aller voir les musiciens donner vie à cette musique, c'est tout autre chose.
Merci l'ARBF !
Plus d'infos chez Le Fondeur De Son
DK, le 19 avril 2018
Anti RubBer brAiN fActOrY
MArOkAït
Studio de l'Ermitage (Paris 20è)
L'élan de vitalité musicale impulsé l'Anti Rubber Brain Factory de mon ami Yoram Rosilio et de ses compagnons de musique a fait vibrer le studio de l'Ermitage, à l'occasion de la présentation du dernier opus du groupe intitulé Marokaït. Une superbe soirée à la clé.
L'occasion de redire cette banalité, mais bel et bien essentielle : la musique est un art vivant. L'écouter grâce à un CD, un MP3, un vinyl, une bonne vieille cassette (normale ou chrome), c'est déjà un kif. Même dématérialisée par tous les bouts, la musique reste une chose délicieuse. Aller voir les musiciens donner vie à cette musique, c'est tout autre chose.
Merci l'ARBF !
Plus d'infos chez Le Fondeur De Son
DK, le 19 avril 2018
[Concert] Dominique A @ Philharmonie de Paris
- 14 avril 2018
Dominique A
Philharmonie de Paris
Philharmonie de Paris
A(h) ce gArs ! Il n'est pas le patron - bien trop humble dans tout ce qu'il fait, dans tout ce qu'il est, pour prétendre à un titre aussi ridicule. Il n'est l'héritier de personne - fruit de son époque, d'une forme d'intemporalité aussi. Il n'est la copie de rien, et moins encore de lui-même - totalement inimitable. Il ne fait pas beaucoup de bruit - faudrait-il qu'il en fasse davantage pour que ses contemporains perçoivent combien son talent est rare ? Il n'est ni du star-system, ni de la compromission. Il est là, avec nous, simplement. Un des tout grands de la chanson, Dominique A.
Magnifique concert samedi soir à la Philharmonie de Paris. En formation "électrique", accompagné de ceux qui semblent être les mêmes musiciens que lors de sa précédente tournée - deux batteurs, c'est notable et appréciable -, le ton est très vite donné : aucune concession faite au lieu, de la saturation, du gros son, de la sueur, du rock ! Une setlist très équilibrée, parcourant les différentes époques de sa création. La plus récente, la plus "volumineuse" en termes de son, forcément privilégiée du fait de la formation présente sur scène, mais un vrai travail de réorchestration pour les oeuvres plus anciennes, plus minimales (le même travail sur d'autres, plus récentes)... Surprenant ! Ravissant ! Terrible !
Et surtout, un Dominique A bel et bien présent pour nous. Sa voix, précise, semble inaltérable. Sa musique, pour laquelle il semble déborder de passion à chaque instant. Son charme, pas seulement sur ses déhanchés vigoureux (parfois très Morrisseyiens, non ?). Les échanges entre les chansons avec un public qu'il sait fidèle, nous qui sommes présents pour lui, des mots simples et tendres, faits de l'humilité qui le caractérise si bien.
Restera tout de même un mystère : la salle. Pourquoi ici et pas ailleurs ? Pourquoi opter pour un répertoire rock dans la salle Pierre Boulez, alors que son architecture comme son acoustique se seraient peut-être mieux prêtés à un programme plus intime, tel que celui prévu le lendemain à la Cité de la Musique ? Sa taille ? Mais avec une légère sonorisation, c'était parfait. Manière de récital post-punk, si vous voulez... On ne peut pas dire que le rendu acoustique fut une franche réussite - au contraire de celle du Châtelet lors de la précédente tournée. Pas de quoi nous empêcher de kiffer... Méchamment !
[Je dois bien dire que, si j'ai un grand regret, c'est qu'il ne disposât pas encore de cette salle en 2012, lors de la sortie de Vers les lueurs, et de la tournée avec l'orchestre d'instruments à vent et de cuivres qui l'accompagnait alors... Dans ce lieu, cela aurait été parfait.]
Un grand, Dominique A. Un grand merci, Dominique A.
DK, le 17 avril 2018
[Concert] Noel Gallagher's High Flying Birds @ L'Olympia
- 4 avril 2018
Noel Gallagher's High Flying Birds
L'Olympia
Noel, impeccable. Bonne voix, très peu de faussetés, assez d'énergie pour arriver à faire bouger ses deux sourcils en même temps, humeur plutôt cool, bon choix de chansons, très bien. Son band, agrémenté de Gem Archer, ex-Oasis, impeccable - si je mets de côté cette joueuse de ciseaux (oui, oui) qui m'insupporte, et que j'imagine bien plus sur un stand du salon mondial du Quinoa que sur une scène rock. La scénographie toute en projections en arrière-scène, impeccable - même si les derniers rangs, dans lesquels, en bon agoraphobe que je suis, je me réfugie souvent, ne pouvaient profiter pleinement à cause du balcon. La salle, impeccable. La bière un peu chère mais ça va, le merchandising pas trop. Tout bien. Pourtant y a un truc qui ne colle pas.
Le concert est annoncé à 21h, à 20h59'55, le noir se fait. Les chansons s'enchainent dans une excellente restitution de ce qu'elles sont dans l'album, pas plus. Les "reprises" d'Oasis sont forcément l'occasion d'être un peu surpris, rien de transcendantal néanmoins. Pas la moindre réelle envolée flamboyante sur sa guitare. La setlist est jouée en parfaite copie de celle de la veille (elle a tourné sur les réseaux sociaux), rien n'a bougé. Très peu d'interactions avec la salle, les rares paroles à l'adresse du public sont archi-convenues - pas un mot sur le match de Manchester City en cours, son City, notre City, mais on a droit une énième fois au "j'ai écrit Don't look back in anger à Paris". Et puis cette fin sur All you need is love... limite ringard 2000.
Oh ! C'est quoi ce bordel, Noel ?! On parle rock'n'roll là ou quoi ?! On n'a pas payé une blinde pour comparer notre vieillissement au tien, gars. On est là pour le show ! Musique, sueur, cris, passion, la totale !On n'est pas au salon mondial du quinoa, bordel ! On est des lads ou quoi ?! On est des jeunes ou quoi ?! Car oui, la bonne surprise de la soirée, c'est nous, les jeunes dans la salle. Ambiance assez dingue ! Ca chante, ça danse, ça applaudit avec vigueur, ça se manifeste bien entre les chansons... Est-ce vraiment le même public hyper froid du Zenith en mars 2015 ? Probablement. Comme quoi...
Oui, parce que malgré tout, on a passé un bon moment. Tiens, ne serait-ce que pour avoir chanté tous ensemble Wonderwall, ce fut une très bonne soirée. Pour mon plaisir particulier de l'entendre jouer Half the world away plus encore. Et parce que Manchester est debout aussi quand tu chantes, we love you, Chief.
DK, le 12 avril 2018
Noel Gallagher's High Flying Birds
L'Olympia
Noel, impeccable. Bonne voix, très peu de faussetés, assez d'énergie pour arriver à faire bouger ses deux sourcils en même temps, humeur plutôt cool, bon choix de chansons, très bien. Son band, agrémenté de Gem Archer, ex-Oasis, impeccable - si je mets de côté cette joueuse de ciseaux (oui, oui) qui m'insupporte, et que j'imagine bien plus sur un stand du salon mondial du Quinoa que sur une scène rock. La scénographie toute en projections en arrière-scène, impeccable - même si les derniers rangs, dans lesquels, en bon agoraphobe que je suis, je me réfugie souvent, ne pouvaient profiter pleinement à cause du balcon. La salle, impeccable. La bière un peu chère mais ça va, le merchandising pas trop. Tout bien. Pourtant y a un truc qui ne colle pas.
Le concert est annoncé à 21h, à 20h59'55, le noir se fait. Les chansons s'enchainent dans une excellente restitution de ce qu'elles sont dans l'album, pas plus. Les "reprises" d'Oasis sont forcément l'occasion d'être un peu surpris, rien de transcendantal néanmoins. Pas la moindre réelle envolée flamboyante sur sa guitare. La setlist est jouée en parfaite copie de celle de la veille (elle a tourné sur les réseaux sociaux), rien n'a bougé. Très peu d'interactions avec la salle, les rares paroles à l'adresse du public sont archi-convenues - pas un mot sur le match de Manchester City en cours, son City, notre City, mais on a droit une énième fois au "j'ai écrit Don't look back in anger à Paris". Et puis cette fin sur All you need is love... limite ringard 2000.
Oh ! C'est quoi ce bordel, Noel ?! On parle rock'n'roll là ou quoi ?! On n'a pas payé une blinde pour comparer notre vieillissement au tien, gars. On est là pour le show ! Musique, sueur, cris, passion, la totale !On n'est pas au salon mondial du quinoa, bordel ! On est des lads ou quoi ?! On est des jeunes ou quoi ?! Car oui, la bonne surprise de la soirée, c'est nous, les jeunes dans la salle. Ambiance assez dingue ! Ca chante, ça danse, ça applaudit avec vigueur, ça se manifeste bien entre les chansons... Est-ce vraiment le même public hyper froid du Zenith en mars 2015 ? Probablement. Comme quoi...
Oui, parce que malgré tout, on a passé un bon moment. Tiens, ne serait-ce que pour avoir chanté tous ensemble Wonderwall, ce fut une très bonne soirée. Pour mon plaisir particulier de l'entendre jouer Half the world away plus encore. Et parce que Manchester est debout aussi quand tu chantes, we love you, Chief.
DK, le 12 avril 2018
[Concert] Khatia Buniatishvili @ Philharmonie de Paris
- 6 février 2018
Khatia Buniatishvili
Johannes Brahms, Sonate N° 3 - Piot Ilitch Tchaikovski, Casse noisette - Franz Liszt, Mephisto & Rhapsodie espagnole
Philharmonie de Paris
Parfois, sans que l'on sache vraiment pourquoi, l'industrie musicale - au sens large - propulse au devant de la scène un ou une artiste qu'elle nous présente comme son nouveau joyau. Il ou elle est en général plutôt jeune, sympathique - dans une certaine idée que l'on se fait de la sympathie dans ces milieux -, présente bien, charismatique lors des interviews... Un bon produit, quoi. Si jamais il ou elle est dotée d'un réel talent, ce n'est que mieux. Mais rassurez-vous, dans le cas contraire, cela n'empêchera pas ce monde du marketing d'en faire sa vitrine. Je pourrais citer un ou deux noms dont on entend bien trop parler dans les médias au regard de ce que leur talent donne sur scène, je passe.
Il faudra plus que Khatia Buniatishvili pour me convaincre que c'est sur leur musicalité que se font les réputations des musiciens de nos jours. Je dois néanmoins reconnaitre que c'est une prestation pour le moins convaincante qu'a livrée la pianiste "à la mode" ce soir-là.
Son entrée, d'abord. Vu comme elle maitrise l'exercice, on imagine qu'elle n'est pas dupe, et qu'elle sait bien que c'est tout autant la star médiatique que la pianiste qui est attendue - je pourrais vous raconter les bavardages d'avant-concert autour de moi. Elle entre, salue rapidement tout autour d'elle, s'assied et joue. Qu'importe si les applauses ne sont pas finies, qu'importe si elle n'est pas bien installée (elle rectifiera rapidement son assise tout en jouant), elle semble être là pour le piano, le piano et rien d'autre. (D')entrée appréciable.
Et là, c'est parti ! Tout d'abord la sonate de Brahms (Robert Schumann dit de cette oeuvre qu'elle ressemblait à une symphonie cachée), qui lui permet d'emblée d'étaler toutes les facettes de son jeu. Sa haute technicité, sa vigueur dans les moments les plus amples - l'attaque du premier mouvement -, sa délicatesse dans les nuances - un mouvement lent d'une émotion incroyable. Les intentions sont justes, le toucher est clair, tout est limpide, c'est très beau. Avec Tchaïkovski, elle ajoute une dose de virtuose, histoire de bien scotcher tout le monde. Vingt minutes d'entracte, histoire de reprendre nos esprits.
Et on repart avec Liszt ! Son piano danse, virevolte, nous envoute, la magie opère. Evidemment, le répertoire plus virtuose de cette deuxième partie de programme lui permet des envolées incroyables. Mais on la suit, on ne peut faire autrement. Et quel plaisir !
Alors oui, tout au long de la soirée, son expression corporelle nous charme - et je parle ici moins de son physique tout en sensualité que des élans de sa tête ou de son buste, le mouvement de ses cheveux, et bien évidemment le ballet de ses bras et ses mains. Mais c'est par ce jeu plein d'éclat, de douceur, de conviction, que Khatia nous met tous dans sa poche. Franc succès, amplement mérité. Un très beau concert.
DK, le 14 février 2018
Khatia Buniatishvili
Johannes Brahms, Sonate N° 3 - Piot Ilitch Tchaikovski, Casse noisette - Franz Liszt, Mephisto & Rhapsodie espagnole
Philharmonie de Paris
Parfois, sans que l'on sache vraiment pourquoi, l'industrie musicale - au sens large - propulse au devant de la scène un ou une artiste qu'elle nous présente comme son nouveau joyau. Il ou elle est en général plutôt jeune, sympathique - dans une certaine idée que l'on se fait de la sympathie dans ces milieux -, présente bien, charismatique lors des interviews... Un bon produit, quoi. Si jamais il ou elle est dotée d'un réel talent, ce n'est que mieux. Mais rassurez-vous, dans le cas contraire, cela n'empêchera pas ce monde du marketing d'en faire sa vitrine. Je pourrais citer un ou deux noms dont on entend bien trop parler dans les médias au regard de ce que leur talent donne sur scène, je passe.
Il faudra plus que Khatia Buniatishvili pour me convaincre que c'est sur leur musicalité que se font les réputations des musiciens de nos jours. Je dois néanmoins reconnaitre que c'est une prestation pour le moins convaincante qu'a livrée la pianiste "à la mode" ce soir-là.
Son entrée, d'abord. Vu comme elle maitrise l'exercice, on imagine qu'elle n'est pas dupe, et qu'elle sait bien que c'est tout autant la star médiatique que la pianiste qui est attendue - je pourrais vous raconter les bavardages d'avant-concert autour de moi. Elle entre, salue rapidement tout autour d'elle, s'assied et joue. Qu'importe si les applauses ne sont pas finies, qu'importe si elle n'est pas bien installée (elle rectifiera rapidement son assise tout en jouant), elle semble être là pour le piano, le piano et rien d'autre. (D')entrée appréciable.
Et là, c'est parti ! Tout d'abord la sonate de Brahms (Robert Schumann dit de cette oeuvre qu'elle ressemblait à une symphonie cachée), qui lui permet d'emblée d'étaler toutes les facettes de son jeu. Sa haute technicité, sa vigueur dans les moments les plus amples - l'attaque du premier mouvement -, sa délicatesse dans les nuances - un mouvement lent d'une émotion incroyable. Les intentions sont justes, le toucher est clair, tout est limpide, c'est très beau. Avec Tchaïkovski, elle ajoute une dose de virtuose, histoire de bien scotcher tout le monde. Vingt minutes d'entracte, histoire de reprendre nos esprits.
Et on repart avec Liszt ! Son piano danse, virevolte, nous envoute, la magie opère. Evidemment, le répertoire plus virtuose de cette deuxième partie de programme lui permet des envolées incroyables. Mais on la suit, on ne peut faire autrement. Et quel plaisir !
Alors oui, tout au long de la soirée, son expression corporelle nous charme - et je parle ici moins de son physique tout en sensualité que des élans de sa tête ou de son buste, le mouvement de ses cheveux, et bien évidemment le ballet de ses bras et ses mains. Mais c'est par ce jeu plein d'éclat, de douceur, de conviction, que Khatia nous met tous dans sa poche. Franc succès, amplement mérité. Un très beau concert.
DK, le 14 février 2018
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Liszt,
Philharmonie de Paris,
Tchaïkovski
[Concert] David Grimal, Les Dissonances @ Cité de la musique
- 27 janvier 2018
Les Dissonances, David Grimal
Maurice Ravel, Pavane pour une infante défunte & Alborada del gracioso - Edouard Lalo, Symphonie espagnole - Claude Debussy, Iberia
Cité de la musique
La belle découverte du soir, ce ne fut pas la grâce de Les Dissonances, ensemble musical unique, et pas uniquement parce qu'il se passe de chef - quel bonheur, néanmoins. Ce ne fut pas non plus la virtuosité du coup d'archet de David Grimal, très chantant, plein de caractère, de délicatesse aussi. Non, cette belle découverte, ce fut la Symphonie espagnole de Edouard Lalo - étrangement intitulée, car cette oeuvre ressemble davantage à un long concerto pour violon qu'à une symphonie.
Après une Pavane manquant d'un brin de majestueux, voilà le moment du régal. De superbes harmonies, une savante alternance de moments enjoués, très symphoniques, et d'autres plus mélancoliques, hispanisants. Le charme opère tout au long, jusqu'au (bouquet) final, ce Rondo, moment sublime où la virtuosité du violoniste éclate devant nous. Fabuleux ! David Grimal nous enchante, nous transporte, nous élève vers des champs de grâce merveilleux.
Sur sa lancée, il nous délivre un rappel d'une émotion rare, le premier mouvement, intitulé L'Aurore de la Sonate N° 5 de Ysaye.
Conséquence de cette claque totale, je fus bien incapable de suivre quoique ce soit pendant la deuxième partie du concert. Navré Maurice, navré Claude - il me faudra absolument réécouter cette Iberia.
DK, le 5 février 2018
Merci à l'ensemble Les Dissonances.
Les Dissonances, David Grimal
Maurice Ravel, Pavane pour une infante défunte & Alborada del gracioso - Edouard Lalo, Symphonie espagnole - Claude Debussy, Iberia
Cité de la musique
La belle découverte du soir, ce ne fut pas la grâce de Les Dissonances, ensemble musical unique, et pas uniquement parce qu'il se passe de chef - quel bonheur, néanmoins. Ce ne fut pas non plus la virtuosité du coup d'archet de David Grimal, très chantant, plein de caractère, de délicatesse aussi. Non, cette belle découverte, ce fut la Symphonie espagnole de Edouard Lalo - étrangement intitulée, car cette oeuvre ressemble davantage à un long concerto pour violon qu'à une symphonie.
Après une Pavane manquant d'un brin de majestueux, voilà le moment du régal. De superbes harmonies, une savante alternance de moments enjoués, très symphoniques, et d'autres plus mélancoliques, hispanisants. Le charme opère tout au long, jusqu'au (bouquet) final, ce Rondo, moment sublime où la virtuosité du violoniste éclate devant nous. Fabuleux ! David Grimal nous enchante, nous transporte, nous élève vers des champs de grâce merveilleux.
Sur sa lancée, il nous délivre un rappel d'une émotion rare, le premier mouvement, intitulé L'Aurore de la Sonate N° 5 de Ysaye.
Conséquence de cette claque totale, je fus bien incapable de suivre quoique ce soit pendant la deuxième partie du concert. Navré Maurice, navré Claude - il me faudra absolument réécouter cette Iberia.
DK, le 5 février 2018
Merci à l'ensemble Les Dissonances.
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