- 6 septembre 2017
Daniel Harding, Orchestre de Paris
Henry Purcell, Musique pour les funérailles de la Reine Mary - Gustav Mahler, Symphonie No 6 "Tragique"
Philharmonie de Paris
D'accord, notre orchestre local n'est pas le plus grand de son époque - sinon la saison 2017/18 de la Philharmonie de Paris n'aurait pas été ouverte par le Berliner -, il lui manque sans doute un petit quelque chose dans la pâte sonore pour cela. D'accord, la comparaison avec la fabuleuse version livrée par le LSO et Sir Rattle la saison dernière allait être difficile à tenir. Pour autant, c'est une belle soirée de rentrée, énergique, dynamique, moderne aussi, que nous ont offerts l'Orchestre de Paris et son directeur musical, DJ Harding. Public parisien ravi, Fred et moi idem.
Harding, c'est mon nouveau chouchou - incroyable comme il me fait penser à Marius. Je n'ai donc aucun mal à dire que c'est avant tout à son talent que nous devons le plaisir de cette soirée. D'abord, un choix d'oeuvres qui porte clairement sa griffe. La très vibrante et "so british" Musique pour les funérailles de la reine Mary de Purcell en introduction ; une symphonie de Mahler, la merveilleuse No 6 dite Tragique - assurément le choix de celui qui vient d'être nommé chef émérite du Mahler Chamber Orchestra, après en avoir été le directeur musical cinq saisons durant. Un superbe programme.
Ensuite, une interprétation pleine de justesse. Beaucoup de délicatesse, de douceur, pour Purcell - des lèvres, il accompagne le choeur qu'il est en train de diriger. Puis l'énergie, la vitalité, la force pour Mahler - et là, ce n'est plus par un simple mouvement des lèvres qu'il accompagne son équipe, c'est tout son corps qui plonge dans la musique. Totalement habité du début à la fin. Il part vers Mahler, il fonce vers lui. Et il nous emmène. Et il se démène, il n'arrête pas. Pris par l'élan d'un moment fougueux lors du superbe Finale, il envoie sa baguette voler derrière lui. La salle s'en amuse. Lui en saisit une autre aussitôt, et repart vers sa prochaine envolée. Et l'orchestre s'en sort plutôt bien à le suivre.
Il y a encore ce parti-pris au moment d'enchainer les oeuvres, réelle touche de modernité. A la fin de son dernier air, le choeur qui vient d'interpréter la Musique pour les funérailles se retire sur la marche finale. Inhabituel, surprenant, on ne comprend pas trop. Mais DJ Harding nous donne bien vite la raison. A peine un silence entre le moment où s'achève la première oeuvre et celui où débute la suivante ! Pas d'applaudissements, - évidemment - pas d'entracte, pas de perte de rythme, bim ! il enchaine. D'un instant à l'autre, la marche de Purcell a laissé place à la marche de Mahler. Bien sûr que la durée très réduite de l'oeuvre jouée en "introduction" aide à cela. Mais bien plus qu'un effet de circonstances, il y a une vraie fraicheur dans cette façon de défaire les codes - l'expression d'une forme d'humilité aussi.
C'était un beau concert de rentrée pour ce tout jeune cinquantenaire qu'est l'Orchestre de Paris. Souhaitons-lui un heureux jubilé !
DK, le 7 septembre 2017
[Concert] Simon Rattle, Berliner Philharmoniker @ Philharmonie de Paris
- 2 septembre 2017
Simon Rattle, Berliner Philharmoniker
Dmitri Chostakovitch, Symphonies No 1 et No 15
Philharmonie de Paris
Rentrée de prestige à la Philharmonie de Paris. Pour cette première levée de la saison 2017/18, la salle de la Porte de Pantin accueillait le Berliner Philharmoniker, dirigé par son directeur musical, Sir Simon Rattle, gars de Liverpool, pour une soirée consacrée aux symphonies de Dmitri Chostakovitch. La première, la No 1 (évidemment) et la dernière, la No 15. D'un bout à l'autre de l'activité symphonique, pléthorique, du compositeur soviétique, de quoi s'en faire une bonne idée. Une superbe idée.
Je découvrais ces deux oeuvres. La Symphonie No 1, d'abord. Chostakovitch n'a que dix-huit ans, il n'est encore qu'un apprenti musicien, lorsqu'il la compose afin de la présenter lors de son examen de fin d'études. Succès immédiat : elle lui permet d'obtenir son diplôme, mais c'est accessoire. Elle propulse le jeune Dmitri dans le gotha musical de son époque. Deux ans après sa création (en 1926), elle a déjà été jouée à Berlin, Philadelphie, New-York et Vienne ! Pas mal pour un premier jet, hein ?
D'inspiration romantique, laissant néanmoins de subtiles dissonances s'immiscer, c'est une oeuvre éclatante, de mélodies, de force, de vitalité, le tout mêlé à de nombreux traits d'humour. Et si elle n'échappe pas à de fortes tensions, à des moments de violence, jamais elle ne se défait de cette lumière qui l'habite, soulignée par les parties solistes du violon, bien sûr, mais également... du piano. Ajoutez à cela la présence tonique des percussions... Totalement emballé.
Il y a presque un demi-siècle entre les deux symphonies jouées hier soir, et cela se sent. Avec la Symphonie No 15, on est dans quelque chose de plus moderne, exigeant, âpre, où l'envie de dissonances laisse la place au dodécaphonique. Le premier mouvement est incroyable. Joyeux, plein d'humour, Chostakovitch fait preuve de beaucoup de délicatesse - dans toute l'oeuvre. Il s'amuse même avec la fameuse ouverture de Guillaume Tell de Rossini (compositeur fétiche du régime soviétique). Mais je dois bien le dire. J'ai eu plus de mal avec cette symphonie - surement quelques préjugés qui ont la dent longue...
La précision, la dynamique, les somptueuses sonorités du Berliner Philharmoniker, quoi de mieux pour, à nouveau, se laisser totalement séduire par l'acoustique incroyable de la Philharmonie de Paris. Quel bonheur d'avoir cette salle ! Quelle absolue nécessité que les classes populaires, celles des environs et d'ailleurs, profitent des tarifs qui y sont pratiqués pour s'approprier ce lieu !
PS : Bien sûr, en l'an 10.000, les musiciens, enfin lucides, c'est-à-dire descendus de toute forme de prétention, auront suivi le chemin des poètes, des comédiens, auront rejoint les peintres là où l'art doit se faire pour que chacun et chacune puisse s'en emparer vraiment : dans la rue !
DK, le 3 septembre 2017
Simon Rattle, Berliner Philharmoniker
Dmitri Chostakovitch, Symphonies No 1 et No 15
Philharmonie de Paris
Rentrée de prestige à la Philharmonie de Paris. Pour cette première levée de la saison 2017/18, la salle de la Porte de Pantin accueillait le Berliner Philharmoniker, dirigé par son directeur musical, Sir Simon Rattle, gars de Liverpool, pour une soirée consacrée aux symphonies de Dmitri Chostakovitch. La première, la No 1 (évidemment) et la dernière, la No 15. D'un bout à l'autre de l'activité symphonique, pléthorique, du compositeur soviétique, de quoi s'en faire une bonne idée. Une superbe idée.
Je découvrais ces deux oeuvres. La Symphonie No 1, d'abord. Chostakovitch n'a que dix-huit ans, il n'est encore qu'un apprenti musicien, lorsqu'il la compose afin de la présenter lors de son examen de fin d'études. Succès immédiat : elle lui permet d'obtenir son diplôme, mais c'est accessoire. Elle propulse le jeune Dmitri dans le gotha musical de son époque. Deux ans après sa création (en 1926), elle a déjà été jouée à Berlin, Philadelphie, New-York et Vienne ! Pas mal pour un premier jet, hein ?
D'inspiration romantique, laissant néanmoins de subtiles dissonances s'immiscer, c'est une oeuvre éclatante, de mélodies, de force, de vitalité, le tout mêlé à de nombreux traits d'humour. Et si elle n'échappe pas à de fortes tensions, à des moments de violence, jamais elle ne se défait de cette lumière qui l'habite, soulignée par les parties solistes du violon, bien sûr, mais également... du piano. Ajoutez à cela la présence tonique des percussions... Totalement emballé.
Il y a presque un demi-siècle entre les deux symphonies jouées hier soir, et cela se sent. Avec la Symphonie No 15, on est dans quelque chose de plus moderne, exigeant, âpre, où l'envie de dissonances laisse la place au dodécaphonique. Le premier mouvement est incroyable. Joyeux, plein d'humour, Chostakovitch fait preuve de beaucoup de délicatesse - dans toute l'oeuvre. Il s'amuse même avec la fameuse ouverture de Guillaume Tell de Rossini (compositeur fétiche du régime soviétique). Mais je dois bien le dire. J'ai eu plus de mal avec cette symphonie - surement quelques préjugés qui ont la dent longue...
La précision, la dynamique, les somptueuses sonorités du Berliner Philharmoniker, quoi de mieux pour, à nouveau, se laisser totalement séduire par l'acoustique incroyable de la Philharmonie de Paris. Quel bonheur d'avoir cette salle ! Quelle absolue nécessité que les classes populaires, celles des environs et d'ailleurs, profitent des tarifs qui y sont pratiqués pour s'approprier ce lieu !
PS : Bien sûr, en l'an 10.000, les musiciens, enfin lucides, c'est-à-dire descendus de toute forme de prétention, auront suivi le chemin des poètes, des comédiens, auront rejoint les peintres là où l'art doit se faire pour que chacun et chacune puisse s'en emparer vraiment : dans la rue !
DK, le 3 septembre 2017
[Concert] Robbie Williams @ Bercy POPB (Accorhotels Arena)
- 1er juillet 2017
Robbie Williams
Palais Omnisport de Paris Bercy (Accorhotels Arena)
Quatorze ans plus tard...
Non, c'est pas vrai. On est quatorze ans plus tôt, on n'a pas changé, on n'a pas pris de bide, on a de l'énergie à revendre, on est jeunes, pas un cheveu blanc, impecc'. La preuve, les chansons qu'on reprend tous en coeur sont les mêmes. Certes, le "Monkey" a laissé la place au "Motherfucker", mais ça, c'est un détail. Non, je vous assure, on est en 2003, il y a Robbie, il y a nous, il y a Bercy, et ce soir, c'est entertainment !
Erasure qui fait le warm-up... Attendez, ne me dites pas qu'on est en 1986 quand même ! Trois quarts d'heure d'une première partie pas mauvaise du tout, même si, sorti de "Oh l'amour !", on est tous largués. Andy Bell nous fait des petits speechs dans un français not so bad entre les chansons, cool. Mais on attend Robbie. Il arrive.
La sono entonne "Lose Yourself" d'Eminem. Oui, le titre est sorti l'an dernier, il cartonne depuis. Annonce de speaker à la manière d'un ring announcer de boxe, apparitions des sparring-partneuses, puis, sous son peignoir, voici le champion, prêt à lâcher les coups. Pas de round d'observation, il se jette à corps perdu dans le show. C'est le gars, c'est lui qu'on attendait.
Deux heures d'un show parfaitement rodé, hyper carré, millimétré, au cordeau. Parfois, on hésite un peu. On est en 2003, mais c'est vrai qu'il a un peu forci, notre héros du soir, c'est vrai que la voix déraille de temps en temps. C'est lui, c'est bien lui, on le reconnait, c'est sûr. Généreux, il se dépense sans compter d'un bout à l'autre de l'immense scène, et tout le long de la rampe installée au milieu de la fosse. Fusionnel avec son public, il sait que c'est autant le chanteur que l'homme que nous sommes venus voir. Il donne tout.
Entre deux tubes, il nous raconte un peu sa vie. Ses concerts, ses mômes, les années qui sont passées... Ah oui ? Mais pourtant... A bien y regarder, il passe pas mal de temps sur les sièges, fauteuils, canapés qui apparaissent et disparaissent ici ou là. Tiens, c'est vrai qu'on pourrait s'asseoir un peu... Non ! On est jeune, on est en 2003, on cartonne ! Moment d'émotion particulier, l'arrivée sur scène de "papa" : Monsieur Williams père venu chanter en duo "Sweet Caroline" avec son fiston.
Pas beaucoup d'autres surprises. Le concert se déroule, c'est très bien, c'est très propre... trop. Robbie est là, il fait le boulot, pas davantage - faut dire, les concerts de 4 heures de Damien Saez, ça rend exigeant. Mais on prend. Parce qu'on est content d'être en 2003. Jusqu'à ce "Strong", dont il a adapté les paroles il y a quelques semaines. "I'm strong" devenu "we're strong", en hommage aux victimes de l'attentat commis à la Manchester Arena. C'est à elles, à celles de Londres, à celles de Paris, que la chanson est dédiée.
Oui, nous sommes effectivement en 2017. Et comme il dit : "I'm still on stage, you're still in the audience, the place is still full". Fuck you, Daesh !
Robbie Williams
Palais Omnisport de Paris Bercy (Accorhotels Arena)
Quatorze ans plus tard...
Non, c'est pas vrai. On est quatorze ans plus tôt, on n'a pas changé, on n'a pas pris de bide, on a de l'énergie à revendre, on est jeunes, pas un cheveu blanc, impecc'. La preuve, les chansons qu'on reprend tous en coeur sont les mêmes. Certes, le "Monkey" a laissé la place au "Motherfucker", mais ça, c'est un détail. Non, je vous assure, on est en 2003, il y a Robbie, il y a nous, il y a Bercy, et ce soir, c'est entertainment !
Erasure qui fait le warm-up... Attendez, ne me dites pas qu'on est en 1986 quand même ! Trois quarts d'heure d'une première partie pas mauvaise du tout, même si, sorti de "Oh l'amour !", on est tous largués. Andy Bell nous fait des petits speechs dans un français not so bad entre les chansons, cool. Mais on attend Robbie. Il arrive.
La sono entonne "Lose Yourself" d'Eminem. Oui, le titre est sorti l'an dernier, il cartonne depuis. Annonce de speaker à la manière d'un ring announcer de boxe, apparitions des sparring-partneuses, puis, sous son peignoir, voici le champion, prêt à lâcher les coups. Pas de round d'observation, il se jette à corps perdu dans le show. C'est le gars, c'est lui qu'on attendait.
Deux heures d'un show parfaitement rodé, hyper carré, millimétré, au cordeau. Parfois, on hésite un peu. On est en 2003, mais c'est vrai qu'il a un peu forci, notre héros du soir, c'est vrai que la voix déraille de temps en temps. C'est lui, c'est bien lui, on le reconnait, c'est sûr. Généreux, il se dépense sans compter d'un bout à l'autre de l'immense scène, et tout le long de la rampe installée au milieu de la fosse. Fusionnel avec son public, il sait que c'est autant le chanteur que l'homme que nous sommes venus voir. Il donne tout.
Entre deux tubes, il nous raconte un peu sa vie. Ses concerts, ses mômes, les années qui sont passées... Ah oui ? Mais pourtant... A bien y regarder, il passe pas mal de temps sur les sièges, fauteuils, canapés qui apparaissent et disparaissent ici ou là. Tiens, c'est vrai qu'on pourrait s'asseoir un peu... Non ! On est jeune, on est en 2003, on cartonne ! Moment d'émotion particulier, l'arrivée sur scène de "papa" : Monsieur Williams père venu chanter en duo "Sweet Caroline" avec son fiston.Pas beaucoup d'autres surprises. Le concert se déroule, c'est très bien, c'est très propre... trop. Robbie est là, il fait le boulot, pas davantage - faut dire, les concerts de 4 heures de Damien Saez, ça rend exigeant. Mais on prend. Parce qu'on est content d'être en 2003. Jusqu'à ce "Strong", dont il a adapté les paroles il y a quelques semaines. "I'm strong" devenu "we're strong", en hommage aux victimes de l'attentat commis à la Manchester Arena. C'est à elles, à celles de Londres, à celles de Paris, que la chanson est dédiée.
Oui, nous sommes effectivement en 2017. Et comme il dit : "I'm still on stage, you're still in the audience, the place is still full". Fuck you, Daesh !
[Concert] Murray Perahia @ Philharmonie de Paris
- 22 juin 2017
Murray Perahia
Johann Sebastian Bach, Suite française n°6 en mi majeur BWV 817 - Franz Schubert, Impromptus op.142 - Wolfgang Amadeus Mozart, Rondo K.511 - Ludwig van Beethoven, Sonate n°32 op.111
Philharmonie de Paris
Dernier nom au générique : Murray Perahia... Indeed !
Ma saison à la Philharmonie pouvait-elle s'achever autrement qu'avec celui qui en aura tenu le premier rôle ? Premier épisode, ici même en novembre, concertos 1 et 3 de Ludwig, très bien. Deuxième épisode, toujours ici en décembre, concertos 2 et 4 de Ludwig, superbe. Troisième épisode, Barbican London en février, même programme Ludwig que lors du précédent, prodigieux. Quatrième épisode, de retour ici hier soir, un récital de toute beauté qui s'achève sur du Ludwig - saison cohérente jusque dans ses dernières notes.
Une Suite de Bach pour débuter le programme, pleine de lyrisme et de légèreté, collant parfaitement à la saison, au jeu de Murray Perahia. A ce que j'avais envie d'écouter aussi, si j'en juge le mal que j'ai eu à rentrer dans la pièce suivante, plus sombre, des Impromptus de Schubert. Je suis passé totalement à côté du premier, pourtant plein d'une jolie mélancolie. La gravité du deuxième m'a bien rattrapé par l'oreille. Mais c'était peine perdue, j'ai rapidement décroché, pris entre le plaisir Bach et l'impatience Beethoven.
Du coup, mon attention s'est également un peu détournée du Rondo de Mozart. Intuition payante, la sonate de Ludovic de Bonn allait requérir toute mon attention. Découverte d'une oeuvre âpre, poignante, difficile, sur le plan technique pour le pianiste, sur celui de l'émotion pour son auditoire : sombre, sombre, sombre, son premier mouvement ; solennel, énergique, parfois fulgurant - de modernité -, son second.
Dernière sonate composée par Beethoven, la douleur, tant physique que psychique, qui habitait le corps et l'esprit du compositeur durant ses dernières années y est palpable. On y retrouve néanmoins ce processus récurrent dans un bon nombre de ses oeuvres : après la tempête, une forme d'apaisement s'opère. Mais ici, il semble prendre la forme du renoncement. Le tourment et la gravité dont s'est extrait l'orage qui s'est abattu sur nous lors du premier mouvement ayant laissé place au tourment et à la gravité, l'harmonie doit - se - faire avec. C'est l'énergie du désespoir qui nous propulse dans une sorte de transe, qui nous ballote jusqu'à un jazz qui ne peut pas dire son nom. Musique métaphysique, sublimée par l'immense Murray Perahia.
A la saison prochaine, Murray. A la saison prochaine, la Philhar'.
DK
Murray Perahia
Johann Sebastian Bach, Suite française n°6 en mi majeur BWV 817 - Franz Schubert, Impromptus op.142 - Wolfgang Amadeus Mozart, Rondo K.511 - Ludwig van Beethoven, Sonate n°32 op.111
Philharmonie de Paris
Dernier nom au générique : Murray Perahia... Indeed !
Ma saison à la Philharmonie pouvait-elle s'achever autrement qu'avec celui qui en aura tenu le premier rôle ? Premier épisode, ici même en novembre, concertos 1 et 3 de Ludwig, très bien. Deuxième épisode, toujours ici en décembre, concertos 2 et 4 de Ludwig, superbe. Troisième épisode, Barbican London en février, même programme Ludwig que lors du précédent, prodigieux. Quatrième épisode, de retour ici hier soir, un récital de toute beauté qui s'achève sur du Ludwig - saison cohérente jusque dans ses dernières notes.
Une Suite de Bach pour débuter le programme, pleine de lyrisme et de légèreté, collant parfaitement à la saison, au jeu de Murray Perahia. A ce que j'avais envie d'écouter aussi, si j'en juge le mal que j'ai eu à rentrer dans la pièce suivante, plus sombre, des Impromptus de Schubert. Je suis passé totalement à côté du premier, pourtant plein d'une jolie mélancolie. La gravité du deuxième m'a bien rattrapé par l'oreille. Mais c'était peine perdue, j'ai rapidement décroché, pris entre le plaisir Bach et l'impatience Beethoven.
Du coup, mon attention s'est également un peu détournée du Rondo de Mozart. Intuition payante, la sonate de Ludovic de Bonn allait requérir toute mon attention. Découverte d'une oeuvre âpre, poignante, difficile, sur le plan technique pour le pianiste, sur celui de l'émotion pour son auditoire : sombre, sombre, sombre, son premier mouvement ; solennel, énergique, parfois fulgurant - de modernité -, son second.
Dernière sonate composée par Beethoven, la douleur, tant physique que psychique, qui habitait le corps et l'esprit du compositeur durant ses dernières années y est palpable. On y retrouve néanmoins ce processus récurrent dans un bon nombre de ses oeuvres : après la tempête, une forme d'apaisement s'opère. Mais ici, il semble prendre la forme du renoncement. Le tourment et la gravité dont s'est extrait l'orage qui s'est abattu sur nous lors du premier mouvement ayant laissé place au tourment et à la gravité, l'harmonie doit - se - faire avec. C'est l'énergie du désespoir qui nous propulse dans une sorte de transe, qui nous ballote jusqu'à un jazz qui ne peut pas dire son nom. Musique métaphysique, sublimée par l'immense Murray Perahia.
A la saison prochaine, Murray. A la saison prochaine, la Philhar'.
DK
[Concert] Symphonic selections Japanese video game music @ Philharmonie de Paris
London Symphony Orchestra, Eckehard Stier
Jonne Valtonen, Fanfare - In a Roundabout Way - Nobuo Uematsu, Final Fantasy VI - Symphonic Poem, Final Fantasy VII: Symphony (Mvt II - Words Drowned by Fireworks) - Yoko Shimomura, Kingdom Hearts - Rhapsody - Yasunori Mitsuda, Chrono Trigger/Chrono Cross
Philharmonie de Paris
Un vent de fantasy souffle sur la Philharmonie ce soir-là. La moyenne d'âge a considérablement rajeuni et le public porte barbe mal taillée, lunettes, t shirt large et casquette. Et quel enthousiasme! Même le chef, Eckehard Stier, grand échalas à la mèche disciplinée, roule des hanches quand Rony Barrak entame son solo de darbouka. Là aussi, un percussionniste au premier rang de l'orchestre, c'est inhabituel et ça fait plaisir (dit le jeune percussionniste talentueux qui est assis à côté de moi). Grand moment de recueillement lorsque l'orchestre entame, après l'entracte, la symphonie de Final Fantasy VII. Et l'on sent que le public revit les heures de jeu et de jeunesse. Nobuo Uematsu vient saluer à la fin du concert.
On aura entendu aussi le talentueux pianiste Jonne Valtonen qui est aussi l'arrangeur de ces morceaux, un tubiste rebelle qui entame un solo décalé et un duo comique avec le chef d'orchestre, des morceaux bonus qui régalent les geeks et les musicien-nes du LSO qui ont l'air de prendre grand plaisir à jouer.
On retrouve dans les compositions de Uematsu des influences communes à la musique de Joe Hisaishi, entendu la semaine précédente au Palais des Congrès pour un magnifique concert-madeleine de Proust consacré aux thèmes musicaux des films de Hayao Miyazaki. Interprétation de l'orchestre Lamoureux, dirigé par Hisaishi lui-même et en guest, marching band des musicien-nes de l'Orchestre d'Harmonie de Pantin qui a joué trois morceaux du Château dans le ciel.
Sayonara.
Ed & Elie
[Bienvenue dans l'équipe de La Désannonce, Ed & Elie !]
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[Concert] Nicholas Angelich @ Philharmonie de Paris
- 6 juin 2017
Nicholas Angelich
Joseph Haydn, Variations en fa mineur Hob XVII.6 - Ludwig van Beethoven, Sonate n°21 Op.53 "Waldstein" - Johannes Brahms, Variations sur un thème de Paganini, op. 35
Philharmonie de Paris
On avait rencontré Nicholas Angelich un soir de Brahms en mars dernier. Il était alors un peu - beaucoup - dans l'ombre d'un violoniste qui aime bien la lumière. Une position qui semblait lui convenir, un peu en retrait derrière la vitrine. Hier soir, le pianiste était seul sur scène. De quoi nous permettre de prendre la pleine mesure de son talent. Un toucher dynamique, de la virtuosité sans grandiloquence, beaucoup de lyrisme, irréprochable sur le plan technique. Très beau récital de Mister Angelich, salué chaudement par un public moins nombreux qu'à l'accoutumée mais généreux dans ses applaudissements. Il y avait de quoi.
Il faut dire que le programme était absolument top. Trois découvertes emballantes : des variations de Haydn au charme mélodique incroyable, d'autres de Brahms sur le glorieux 24è caprice de Paganini, et cette Sonate Waldstein de Ludovic van B. - le premier mouvement*... Claque magistrale ! Tout ce que j'aime dans la musique de Beethoven y est. Jetez-y une oreille quand vous pourrez.
* Sur Wikipédia, c'est très bien dit : Le début de cet Allegro est à cet égard très parlant. Le cycle harmonique parcouru par le premier thème, en croches, est en quelque sorte un cycle de couleurs. De la même façon, le saut dans l'aigu mélodique (mesure 4) est une touche lumineuse qui apparait sur le grommellement de la basse. Lors de la réexposition du thème, celui-ci passe en double croches : il s'agit ici de bien plus qu'une nouvelle présentation harmonique du thème, c'est d'un nouveau matériau sonore, dense et vibratoire. Ce thème réapparaitra plusieurs fois, à chaque fois sous un nouveau visage, plus intense.
DK, le 7 juin 2017
Nicholas Angelich
Joseph Haydn, Variations en fa mineur Hob XVII.6 - Ludwig van Beethoven, Sonate n°21 Op.53 "Waldstein" - Johannes Brahms, Variations sur un thème de Paganini, op. 35
Philharmonie de Paris
On avait rencontré Nicholas Angelich un soir de Brahms en mars dernier. Il était alors un peu - beaucoup - dans l'ombre d'un violoniste qui aime bien la lumière. Une position qui semblait lui convenir, un peu en retrait derrière la vitrine. Hier soir, le pianiste était seul sur scène. De quoi nous permettre de prendre la pleine mesure de son talent. Un toucher dynamique, de la virtuosité sans grandiloquence, beaucoup de lyrisme, irréprochable sur le plan technique. Très beau récital de Mister Angelich, salué chaudement par un public moins nombreux qu'à l'accoutumée mais généreux dans ses applaudissements. Il y avait de quoi.
Il faut dire que le programme était absolument top. Trois découvertes emballantes : des variations de Haydn au charme mélodique incroyable, d'autres de Brahms sur le glorieux 24è caprice de Paganini, et cette Sonate Waldstein de Ludovic van B. - le premier mouvement*... Claque magistrale ! Tout ce que j'aime dans la musique de Beethoven y est. Jetez-y une oreille quand vous pourrez.
* Sur Wikipédia, c'est très bien dit : Le début de cet Allegro est à cet égard très parlant. Le cycle harmonique parcouru par le premier thème, en croches, est en quelque sorte un cycle de couleurs. De la même façon, le saut dans l'aigu mélodique (mesure 4) est une touche lumineuse qui apparait sur le grommellement de la basse. Lors de la réexposition du thème, celui-ci passe en double croches : il s'agit ici de bien plus qu'une nouvelle présentation harmonique du thème, c'est d'un nouveau matériau sonore, dense et vibratoire. Ce thème réapparaitra plusieurs fois, à chaque fois sous un nouveau visage, plus intense.
DK, le 7 juin 2017
[Concert] Mitsuko Uchida, Bernard Haitink / London Symphony Orchestra @ Philharmonie de Paris
- 30 mai 2017
Mitsuko Uchida, Bernard Haitink / London Symphony Orchestra
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 3 - Anton Bruckner, Symphonie N° 9
Philharmonie de Paris
L'un des derniers grands rendez-vous de la saison à la Philharmonie de Paris : Mitsuko Uchida, Bernard Haitink, le London Symphony Orchestra, prestigieuse distribution ! Avec Ludovic de Bonn au programme ! Toutes les conditions étaient réunies pour se taper un grand kif. Sauf que...
Le LSO attaque sur un rythme plutôt lent. Un son chaud, élégant, convaincant (hormis une flûte pas du tout au goût de Julien), mais d'emblée l'impression qu'on est dans quelque chose de très classique. Impression confirmée par les premières mesures de la pianiste. Un toucher plein de grâce, c'est certain - en particulier dans les moments en piano et pianissimo, où chaque note est claire et précise. Mais pas beaucoup d'audace. A peine plus d'émotion.
Il faudra attendre son solo - attaqué par de furieux accords plaqués avec gravité, relancés par une recherche de légèreté et de délicatesse, tourbillon de grâce, le tout conclu quasiment par une marche, superbe - pour que le talent de Uchida nous explose en pleine face. Un mouvement lent très beau, avant un rondo qui retombe dans l'excès de classicisme du premier mouvement - avec même quelques problèmes de rythme dans sa conclusion. L'oeuvre, sublime, et l'émotion de voir ces grands noms compenseront la petite déception. Une belle interprétation malgré tout, pas non plus mémorable.
Et puis la Symphonie N°9 de Bruckner en deuxième partie. Bon sang, que c'est chiant, Bruckner ! D'interminables nappes ronflantes, de la grandiloquence, et toujours cette impression que l'alarme incendie vient de se déclencher, et se déclencher encore, et encore, et encore... Ça ne passe pas : je reste totalement hermétique à sa musique.
Cool de croiser Max et Edmée pendant l'entracte. Mais le kif en plus, c'est quand même bien Madame Uchida qui vient s'asseoir dans la salle pour écouter avec nous la deuxième partie. Classe !
DK
Mitsuko Uchida, Bernard Haitink / London Symphony Orchestra
Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano N° 3 - Anton Bruckner, Symphonie N° 9
Philharmonie de Paris
L'un des derniers grands rendez-vous de la saison à la Philharmonie de Paris : Mitsuko Uchida, Bernard Haitink, le London Symphony Orchestra, prestigieuse distribution ! Avec Ludovic de Bonn au programme ! Toutes les conditions étaient réunies pour se taper un grand kif. Sauf que...
Le LSO attaque sur un rythme plutôt lent. Un son chaud, élégant, convaincant (hormis une flûte pas du tout au goût de Julien), mais d'emblée l'impression qu'on est dans quelque chose de très classique. Impression confirmée par les premières mesures de la pianiste. Un toucher plein de grâce, c'est certain - en particulier dans les moments en piano et pianissimo, où chaque note est claire et précise. Mais pas beaucoup d'audace. A peine plus d'émotion.
Il faudra attendre son solo - attaqué par de furieux accords plaqués avec gravité, relancés par une recherche de légèreté et de délicatesse, tourbillon de grâce, le tout conclu quasiment par une marche, superbe - pour que le talent de Uchida nous explose en pleine face. Un mouvement lent très beau, avant un rondo qui retombe dans l'excès de classicisme du premier mouvement - avec même quelques problèmes de rythme dans sa conclusion. L'oeuvre, sublime, et l'émotion de voir ces grands noms compenseront la petite déception. Une belle interprétation malgré tout, pas non plus mémorable.
Et puis la Symphonie N°9 de Bruckner en deuxième partie. Bon sang, que c'est chiant, Bruckner ! D'interminables nappes ronflantes, de la grandiloquence, et toujours cette impression que l'alarme incendie vient de se déclencher, et se déclencher encore, et encore, et encore... Ça ne passe pas : je reste totalement hermétique à sa musique.
Cool de croiser Max et Edmée pendant l'entracte. Mais le kif en plus, c'est quand même bien Madame Uchida qui vient s'asseoir dans la salle pour écouter avec nous la deuxième partie. Classe !
DK
Orchestra dell'Accademia Nazionale di Santa Cecilia / Antonio Pappano ~~ Philharmonie de Paris
Après le concerto pour piano N° 1 de Tchaïkovski interprété avec élan par Yuja Wang, une découverte: le compositeur italien Respighi. Deux somptueux poèmes symphoniques menés avec énergie, maîtrise et générosité par le chef Pappano, à la baguette d'un orchestre flamboyant aux sonorités chaudes et assurées. Nous en sommes sortis, avec David, tout bouleversés.
- Gioacchino RossiniOuverture du Siège de Corinthe
- Piotr Ilitch TchaïkovskiConcerto pour piano n° 1
- Entracte
- Ottorino RespighiLes Fontaines de RomeLes Pins de Rome
- Orchestra dell'Accademia Nazionale di Santa Cecilia
- Antonio Pappano, direction
- Yuja Wang, piano
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[Concert] Hilary Hahn, Leonard Slatkin, Orchestre National de Lyon @ Philharmonie de Paris
- 9 mai 2017
Hilary Hahn, Leonard Slatkin, Orchestre National de Lyon
John Adams, Chairman dances - Piot Ilitch Tchaïkovski, Concerto pour violon en ré majeur Op. 35 - Hector Berlioz, Symphonie fantastique
Philharmonie de Paris
Bien vrai qu'il est magnifique, ce Concerto pour violon de Piotr Ilitch, hein ? Et alors, quand on a la chance de l'entendre deux fois en très peu de temps, par deux interprètes exceptionnelles, on savoure pleinement. Après Sayaka Shoji en décembre dernier à l'Auditorium de la Maison de la Radio, c'est Hilary Hahn qui venait nous en livrer sa version hier soir à la Philharmonie de Paris. Deux registres totalement différents, avec au moins un point commun, celui de nous amener jusqu'à quelques larmiches, Renaud comme moi... Prodigieux moment de musique. Si je mets la magie Vengerov de côté, c'est sans aucun doute mon plus beau moment de violon depuis Gidon Kremer.
Car oui, ce qu'a fait Hilary hier dépasse ce que firent Sayaka ou Joshua (Bell, vu avec Fredo la saison dernière) en leur temps de la même oeuvre. De la première, elle garde l'impressionnante technique - irréprochable de justesse et de précision d'un bout à l'autre - sans se livrer à la même démonstration de virtuosité absolue. Du second, elle garde la douceur, une volonté de beaucoup de délicatesse - et cela même si, comme le dit Renaud, elle a un son ample, qui occupe pleinement l'espace, un peu à la Perlman en effet. A cela, elle ajoute une sorte de simplicité, de décontraction - qui tiendrait presque de la désinvolture -, alors qu'elle joue l'une des oeuvres pour violons les plus ardues*.
Et c'est là, à mon sens, le prodige. Quand tu connais un peu l'oeuvre, tu attends les moments particulièrement exigeants, voire périlleux, d'un point de vue technique, ou essentiels sur le plan de l'émotion. Tu les guettes, les espérant ou les redoutant selon le ton qui est donné. Avec Mademoiselle Hahn, tu ne les vois pas vraiment venir - en fait, elle t'a attrapé depuis bien longtemps, depuis ses premiers coups d'archet. Elle passe toutes les difficultés avec une aisance telle que tu ne les reconnais pas d'emblée. Ils te viennent avec le reste, dans un tout. Tu reconnais l'instant qui fait pour toi le sublime, bien sûr. Mais il est apparu dans celui qui le précédait, tout aussi sublime, et s'est fondra dans le suivant, sans qu'aucun d'eux n'ait à envier à aucun autre. C'est l'oeuvre en plein.
Moment de grâce absolue, pour tout un chacun dans cette salle. Il ne s'est trouvé personne pour rabrouer les gens qui ont applaudi en plein - milieu du premier - mouvement. Personne non plus pour ne pas applaudir entre les - premier et deuxième - mouvements. L'émotion se fout bien des codes et convenances, et elle a raison. Succès amplement mérité - également pour l'Orchestre National de Lyon, même si plus inspiré par Tchaïkovski que par Berlioz.
Pas évident de passer après un tel moment, même quand on s'appelle Berlioz. En revanche, pièce sympa en début de programme, Chairman dances de John Adams, oeuvre contemporaine entrainante et enjouée, façon musique de film.
DK, le 10 mai 2017
* Ce n'est pas Leopold Auer qui me contredirait. Originellement écrit pour lui, il refusa de jouer ce concerto, le jugeant trop difficile sur le plan technique. Il sera finalement dédié à Adolf Brodsky.
Hilary Hahn, Leonard Slatkin, Orchestre National de Lyon
John Adams, Chairman dances - Piot Ilitch Tchaïkovski, Concerto pour violon en ré majeur Op. 35 - Hector Berlioz, Symphonie fantastique
Philharmonie de Paris
Bien vrai qu'il est magnifique, ce Concerto pour violon de Piotr Ilitch, hein ? Et alors, quand on a la chance de l'entendre deux fois en très peu de temps, par deux interprètes exceptionnelles, on savoure pleinement. Après Sayaka Shoji en décembre dernier à l'Auditorium de la Maison de la Radio, c'est Hilary Hahn qui venait nous en livrer sa version hier soir à la Philharmonie de Paris. Deux registres totalement différents, avec au moins un point commun, celui de nous amener jusqu'à quelques larmiches, Renaud comme moi... Prodigieux moment de musique. Si je mets la magie Vengerov de côté, c'est sans aucun doute mon plus beau moment de violon depuis Gidon Kremer.
Car oui, ce qu'a fait Hilary hier dépasse ce que firent Sayaka ou Joshua (Bell, vu avec Fredo la saison dernière) en leur temps de la même oeuvre. De la première, elle garde l'impressionnante technique - irréprochable de justesse et de précision d'un bout à l'autre - sans se livrer à la même démonstration de virtuosité absolue. Du second, elle garde la douceur, une volonté de beaucoup de délicatesse - et cela même si, comme le dit Renaud, elle a un son ample, qui occupe pleinement l'espace, un peu à la Perlman en effet. A cela, elle ajoute une sorte de simplicité, de décontraction - qui tiendrait presque de la désinvolture -, alors qu'elle joue l'une des oeuvres pour violons les plus ardues*.
Et c'est là, à mon sens, le prodige. Quand tu connais un peu l'oeuvre, tu attends les moments particulièrement exigeants, voire périlleux, d'un point de vue technique, ou essentiels sur le plan de l'émotion. Tu les guettes, les espérant ou les redoutant selon le ton qui est donné. Avec Mademoiselle Hahn, tu ne les vois pas vraiment venir - en fait, elle t'a attrapé depuis bien longtemps, depuis ses premiers coups d'archet. Elle passe toutes les difficultés avec une aisance telle que tu ne les reconnais pas d'emblée. Ils te viennent avec le reste, dans un tout. Tu reconnais l'instant qui fait pour toi le sublime, bien sûr. Mais il est apparu dans celui qui le précédait, tout aussi sublime, et s'est fondra dans le suivant, sans qu'aucun d'eux n'ait à envier à aucun autre. C'est l'oeuvre en plein.
Moment de grâce absolue, pour tout un chacun dans cette salle. Il ne s'est trouvé personne pour rabrouer les gens qui ont applaudi en plein - milieu du premier - mouvement. Personne non plus pour ne pas applaudir entre les - premier et deuxième - mouvements. L'émotion se fout bien des codes et convenances, et elle a raison. Succès amplement mérité - également pour l'Orchestre National de Lyon, même si plus inspiré par Tchaïkovski que par Berlioz.
Pas évident de passer après un tel moment, même quand on s'appelle Berlioz. En revanche, pièce sympa en début de programme, Chairman dances de John Adams, oeuvre contemporaine entrainante et enjouée, façon musique de film.
DK, le 10 mai 2017
* Ce n'est pas Leopold Auer qui me contredirait. Originellement écrit pour lui, il refusa de jouer ce concerto, le jugeant trop difficile sur le plan technique. Il sera finalement dédié à Adolf Brodsky.







